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Le juif errant - Tome I
by Eugène Sue
Language: fr444 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: FR Littérature·Historical Novels·Novels
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #15295.
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by Eugène Sue
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The opening · free to read
Eugène Sue vu par Alexandre Dumas L'enfant. Le jeune homme. L'homme. Prologue Les deux mondes Première partie L'auberge du Faucon blanc I. Morok. II. Le voyageur. III. L'arrivée. IV. Morok et Dagobert. V. Rose et Blanche. VI. Les confidences. VII. Le voyageur. VIII. Fragments du journal du général Simon. IX. Les cages. X. La surprise. XI. Jovial et la Mort. XII. Le bourgmestre. XIII. Le jugement. XIV. La décision. Deuxième partie La rue du Milieu-des-Ursins I. Les messagers. II. Les ordres. Épilogue. Troisième partie Les étrangleurs I. L'ajoupa. II. Le tatouage. III. Le contrebandier. IV. M. Josué Van Daël. V. Les ruines de Tchandi. VI. L'embuscade. Quatrième partie Le château de Cardoville I. M. Rodin. II. La tempête. III. Les naufragés. IV. Le départ pour Paris. Cinquième partie La rue Brise-Miche I. La femme de Dagobert. II. La soeur de la Reine Bacchanal. III. Agricol Baudoin. IV. Le retour. V. Agricol et la Mayeux. VI. Le réveil. Sixième partie L'hôtel Saint-Dizier I. Le pavillon. II. La toilette d'Adrienne. III. L'entretien. IV. Une jésuitesse. V. Le complot. VI. Les ennemis d'Adrienne. VII. L'escarmouche. VIII. La révolte. IX. La trahison. X. Le piège. Septième partie Un Jésuite de robe courte I. Un faux ami. II. Le cabinet du ministre. III. La visite. Huitième partie Le confesseur I. Pressentiments. II. La lettre. III. Le confessionnal. IV. Monsieur et Rabat-joie. V. Les apparences. VI. Le couvent. VII. L'influence d'un confesseur. VIII. L'interrogatoire. Neuvième partie La reine Bacchanal I. La mascarade. II. Les contrastes. III. Le réveille-matin. IV. Les adieux. Dixième partie Le couvent I. Florine. II. La mère Sainte-Perpétue. III. La tentation. IV. La Mayeux et mademoiselle de Cardoville. V. Les rencontres. VI. Le rendez-vous. VII. Découvertes. VIII. Le code pénal. IX. Escalade et effraction. X. La veille d'un grand jour. XI. L'étrangleur. XII. Les deux frères de la bonne oeuvre. Onzième partie Le 13 février I. La maison de la rue Saint-François. II. Doit et avoir. III. L'héritier. IV. Rupture. V. Le retour. VI. Le salon rouge. VII. Le testament. VIII. Le dernier coup de midi. IX. La donation entre vifs. X. Un bon génie. XI. Les premiers sont les derniers, les derniers sont les premiers.
La mort est en fête! Elle frappe à coups redoublés dans nos rangs: après Alfred de Musset, c'était l'auteur de _Frétillon _et du _Dieu des bonnes gens; _après Béranger, c'est l'auteur de _Mathilde _et des Mystères de Paris!
Quel malheur invisible et inconnu pèse donc sur la France, qu'elle laisse tomber de pareilles larmes dans le gouffre de l'éternité?
Ce que nous avons perdu depuis dix ans suffirait à enrichir la littérature d'un peuple: Frédéric Soulié, Chateaubriand, Balzac, Gérard de Nerval, Augustin Thierry, Mme de Girardin, Alfred de Musset, Béranger, Eugène Sue!
Le dernier fut le plus à plaindre de tous; lui mourut deux fois: l'exil est une première mort.
À nous de raconter cette vie de luttes, de jeunesse folle et de sombre âge mur; à nous de montrer l'homme comme il fut aux différentes périodes de sa vie.
Allons, plume et coeur, à l'oeuvre!
Nous diviserons la vie d'Eugène Sue en trois phases, et nous laisserons à chacune d'elles le caractère qu'elle a eu.
L'enfant insoucieux et gai. Le jeune homme inquiet et douteur. L'homme désenchanté et triste.
L'enfant.
À vingt kilomètres de Grasse, existe un petit port de mer qu'on appelle La Calle; c'est le berceau de la famille Sue, célèbre à la fois dans la science et dans les lettres.
La Calle est encore peuplée des membres de cette famille, qui composent à eux seuls, peut-être, la moitié de la population.
C'est de là que, vers la fin du règne de Louis XV, partit un jeune étudiant aventureux qui vint s'établir médecin à Paris.
Ayant réussi, il appela ses neveux dans la capitale, où deux d'entre eux se distinguèrent particulièrement.
C'étaient Pierre Sue, qui devint professeur de médecine légale et bibliothécaire de l'école: celui-là a laissé des oeuvres de haute science; Jean Sue, qui fut chirurgien en chef de la Charité, professeur à l'École de médecine, professeur d'anatomie à l'École des beaux-arts, chirurgien du roi Louis XVI.
Ce dernier eut pour successeur et continuateur Jean-Joseph Sue, qui, outre la place des Beaux-Arts, dont il hérita de son père, devint médecin en chef de la garde impériale, et, plus tard, médecin en chef de la maison militaire du roi.
Ce fut le père d'Eugène Sue.
Et, ici, constatons un fait: c'est que Jean Sue, père d'Eugène Sue, fut celui qui soutint contre Cabanis la fameuse discussion sur la guillotine, lorsque son inventeur, M. Guillotin, affirma à l'Assemblée nationale que les guillotinés en seraient quittes pour une légère fraîcheur sur le cou. Jean-Joseph Sue, au contraire, soutint la persistance de la douleur au-delà de la séparation de la tête, et il défendit son opinion par des arguments qui prouvaient sa science profonde de l'anatomie, et par des exemples pris, les uns chez des médecins allemands, les autres sur la nature.
On a dit dernièrement, à propos de la mort d'Eugène Sue, qu'il était né en 1801.
Il me dit un jour, à moi, qu'il était né le 1er janvier 1803, et nous calculâmes qu'il avait cinq mois de moins que moi, quelques jours de plus que Victor Hugo.
Il eut pour parrain le prince Eugène, pour marraine, l'impératrice Joséphine; de là son prénom d'Eugène.
Il fut nourri par une chèvre et conserva longtemps les allures brusques et sautillantes de sa nourrice.
Il fit, ou plutôt ne fit pas ses études au collège Bourbon; car, ainsi que tous les hommes qui doivent conquérir dans les lettres un nom original et une position éminente, Eugène Sue fut un exécrable écolier.
Son père, médecin de dames surtout, faisait un cours d'histoire naturelle à l'usage des gens du monde; il s'était remarié trois fois, et était riche de deux millions, à peu près.
Il demeurait rue du Rempart, rue qui a disparu depuis, et qui était située alors derrière la Madeleine.
Tout ce quartier était occupé par des chantiers; le terrain n'y valait pas le dixième de ce qu'il vaut aujourd'hui. M. Sue y possédait une belle maison, avec un magnifique jardin.
Dans la même maison que M. Sue, demeurait sa soeur, mère de Ferdinand Langlé, qui, en collaboration avec Villeneuve, a fait, de 1822 à 1830, une cinquantaine de vaudevilles.
En 1817 et 1818, les deux cousins allaient ensemble au collège Bourbon, c'est-à-dire que Ferdinand y allait, et que le futur auteur de _Mathilde _était censé y aller.
Eugène avait un répétiteur à domicile. J'ai encore connu ce brave homme: c'était un digne Auvergnat de cinq pieds de haut, qui, étant entré pour faire répéter Eugène Sue, et tenant à gagner honnêtement son argent, n'hésitait pas à soutenir des luttes corps à corps avec son élève, qui avait la tête de plus que lui.
Ordinairement, lorsqu'une de ces luttes menaçait, Eugène Sue prenait la fuite, mais, comme Horace, pour être poursuivi et vaincre son vainqueur.
Le père Delteil -- c'est ainsi que se nommait le digne répétiteur -- se laissait constamment prendre à cette manoeuvre stratégique, si simple qu'elle fût.
Eugène fuyait au jardin, le répétiteur l'y suivait; mais, arrivé là, l'écolier rebelle se trouvait à la fois au milieu d'un arsenal d'armes offensives et défensives.
Les armes défensives, c'étaient les plates-bandes du jardin botanique, le labyrinthe, dans lequel il se réfugiait, et où le père Delteil n'osait le poursuivre, de peur de fouler aux pieds les plantes rares, que l'écolier fugitif écrasait impitoyablement et à pleine semelle; les armes offensives, c'étaient les échalas portant sur des étiquettes les noms scientifiques des plantes, échalas qu'Eugène Sue, comme le fils de Thésée, convertissait en javelots pour pousser au monstre, et qu'il lui lançait avec une adresse qui eût fait honneur à Castor et à Pollux, les deux plus habiles lanceurs de javelots de l'Antiquité, avant que Racine eût inventé Hippolyte.
Oh! ne nous reprochez pas la gaieté qui s'étendra sur cette première phase de la vie de notre ami, qui fut notre confrère sans être notre rival. C'est le rayon de soleil auquel a droit toute jeunesse qui n'est point maudite du Seigneur. La fin de la vie sera assez triste, allez! assez sombre, assez orageuse!
Suivons donc l'enfant dans son jardin, nous retrouverons l'homme dans son désert.
Quand il fut démontré au père d'Eugène Sue que la vocation de son fils était de lancer le javelot et non d'expliquer Horace et Virgile, il le tira du collège et le fit entrer, comme chirurgien sous-aide, à l'hôpital de la Maison du roi, dont il était chirurgien en chef, et qui était situé rue Blanche.
Eugène Sue y retrouva son cousin Ferdinand Langlé et le futur docteur Louis Véron, qui devait aussi abandonner la médecine, non pour faire, mais pour faire faire de la littérature.
Nous avons dit qu'Eugène Sue avait beaucoup du caractère de sa nourrice la chèvre. C'était, en effet, et nous l'avons encore connu ainsi, un franc gamin de bonne maison, toujours prêt à faire quelque méchant tour, même à son père, et, disons plus, surtout à son père, qui venait de se remarier et le traitait fort rudement.
Mais aussi, comme on se vengeait de cette rudesse!
Le docteur Sue occupait ses élèves à lui préparer son cours d'histoire naturelle; la préparation se faisait dans un magnifique cabinet d'anatomie qu'il a laissé par testament aux Beaux-Arts. Ce cabinet, entre autres curiosités, contenait le cerveau de Mirabeau, conservé dans un bocal.
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