Storieta
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About this book

Dans ce quatrième tome, Alexandre Dumas et Auguste Maquet poursuivent un vaste roman d’aventures historiques où se mêlent vengeance, secrets, amitié et menaces venues du passé. Le lecteur entre dans un monde de salons parisiens, de familles influentes et d’affaires judiciaires, bientôt entraîné vers les routes de Normandie et l’horizon maritime. Monte-Cristo y apparaît au centre d’échanges tendus avec Albert de Morcerf et Beauchamp, tandis qu’une enquête liée à Caderousse, présenté comme un ancien forçat, trouble la tranquillité du comte. Entre projets de mariage, départs précipités, chevaux lancés à toute vitesse et demeures ouvertes sur la mer, le récit associe intrigue sociale, péril criminel et goût du large.

La prose est théâtrale, abondante et pleine de répliques spirituelles, de formules sentencieuses et de contrastes entre élégance mondaine et violence latente. Le dialogue fait avancer l’action tout en révélant les rapports de pouvoir, les loyautés et les zones d’ombre des personnages. Cette œuvre du XIXe siècle séduira les amateurs de feuilleton historique, de grandes scènes romanesques, de mystère, de pirates et de destins façonnés par la vengeance.

Characters in Le comte de Monte-Cristo, Tome IV

  • Monte-CristoElegant dark-haired aristocrat, pale and enigmatic, wearing a black frock coat and immaculate cravat.
  • Albert de MorcerfYoung Parisian nobleman with handsome features, fashionable waistcoat, light trousers, and carefully groomed dark hair.
  • CaderousseWeathered former convict with coarse features, sunken eyes, and a worn laborer's coat.

The opening · free to read

--Ah! je comprends, dit Beauchamp: à cause de notre ami Albert?

--À cause de moi, dit le jeune homme; oh! non, par ma foi! Le comte me rendra la justice d'attester que je l'ai toujours prié, au contraire, de rompre ce projet, qui heureusement est rompu. Le comte prétend que ce n'est pas lui que je dois remercier; soit, j'élèverai, comme les anciens, un autel Deo ignoto.

--Écoutez, dit Monte-Cristo, c'est si peu moi, que je suis en froid avec le beau-père et avec le jeune homme; il n'y a que Mlle Eugénie, laquelle ne me paraît pas avoir une profonde vocation pour le mariage, qui, en voyant à quel point j'étais peu disposé à la faire renoncer à sa chère liberté, m'ait conservé son affection.

--Et vous dites que ce mariage est sur le point de se faire?

--Oh! mon Dieu! oui, malgré tout ce que j'ai pu dire. Moi, je ne connais pas le jeune homme, on le prétend riche et de bonne famille, mais pour moi ces choses sont de simples on dit. J'ai répété tout cela à satiété à M. Danglars; mais il est entiché de son Lucquois. J'ai été jusqu'à lui faire part d'une circonstance qui, pour moi, était plus grave: le jeune homme a été changé en nourrice, enlevé par des Bohémiens ou égaré par son précepteur, je ne sais pas trop. Mais ce que je sais, c'est que son père l'a perdu de vue depuis plus de dix années; ce qu'il a fait pendant ces dix années de vie errante, Dieu seul le sait. Eh bien, rien de tout cela n'y a fait. On m'a chargé d'écrire au major, de lui demander des papiers; ces papiers, les voilà. Je les leur envoie, mais, comme Pilate, en me lavant les mains.

--Et Mlle d'Armilly, demanda Beauchamp, quelle mine vous fait-elle à vous, qui lui enlevez son élève?

--Dame! je ne sais pas trop: mais il paraît qu'elle part pour l'Italie. Mme Danglars m'a parlé d'elle et m'a demandé des lettres de recommandation pour les impresarii; je lui ai donné un mot pour le directeur du théâtre Valle, qui m'a quelques obligations. Mais qu'avez-vous donc, Albert? vous avez l'air tout attristé; est-ce que, sans vous en douter vous êtes amoureux de Mlle Danglars, par exemple?

--Pas que je sache», dit Albert en souriant tristement.

Beauchamp se mit à regarder les tableaux.

«Mais enfin, continua Monte-Cristo, vous n'êtes pas dans votre état ordinaire. Voyons, qu'avez-vous? dites.

--J'ai la migraine, dit Albert.

--Eh bien, mon cher vicomte, dit Monte-Cristo, j'ai en ce cas un remède infaillible à vous proposer, remède qui m'a réussi à moi chaque fois que j'ai éprouvé quelque contrariété.

--Lequel? demanda le jeune homme.

--Le déplacement.

--En vérité? dit Albert.

--Oui; et tenez, comme en ce moment-ci je suis excessivement contrarié, je me déplace. Voulez-vous que nous nous déplacions ensemble?

--Vous, contrarié, comte! dit Beauchamp, et de quoi donc?

--Pardieu! vous en parlez fort à votre aise, vous; je voudrais bien vous voir avec une instruction se poursuivant dans votre maison!

--Une instruction! quelle instruction?

--Eh! celle que M. de Villefort dresse contre mon aimable assassin donc, une espèce de brigand échappé du bagne, à ce qu'il paraît.

--Ah! c'est vrai, dit Beauchamp, j'ai lu le fait dans les journaux. Qu'est-ce que c'est que ce Caderousse?

--Eh bien... mais il paraît que c'est un Provençal. M. de Villefort en a entendu parler quand il était à Marseille, et M. Danglars se rappelle l'avoir vu. Il en résulte que M. le procureur du roi prend l'affaire fort à coeur, qu'elle a, à ce qu'il paraît, intéressé au plus haut degré le préfet de police, et que, grâce à cet intérêt dont je suis on ne peut plus reconnaissant, on m'envoie ici depuis quinze jours tous les bandits qu'on peut se procurer dans Paris et dans la banlieue, sous prétexte que ce sont les assassins de M. Caderousse; d'où il résulte que, dans trois mois, si cela continue, il n'y aura pas un voleur ni un assassin dans ce beau royaume de France qui ne connaisse le plan de ma maison sur le bout de son doigt; aussi je prends le parti de la leur abandonner tout entière, et de m'en aller aussi loin que la terre pourra me porter. Venez avec moi, vicomte, je vous emmène.

--Volontiers.

--Alors, c'est convenu?

--Oui, mais où cela?

--Je vous l'ai dit, où l'air est pur, où le bruit endort, où, si orgueilleux que l'on soit, on se sent humble et l'on se trouve petit. J'aime cet abaissement, moi, que l'on dit maître de l'univers comme Auguste.

--Où allez-vous, enfin?

--À la mer, vicomte, à la mer. Je suis un marin, voyez-vous, tout enfant, j'ai été bercé dans les bras du vieil Océan et sur le sein de la belle Amphitrite; j'ai joué avec le manteau vert de l'un et la robe azurée de l'autre; j'aime la mer comme on aime une maîtresse, et quand il y a longtemps que je ne l'ai vue, je m'ennuie d'elle.

--Allons, comte, allons!

--À la mer?

--Oui.

--Vous acceptez?

--J'accepte.

--Eh bien, vicomte, il y aura ce soir dans ma cour un briska de voyage, dans lequel on peut s'étendre comme dans son lit; ce briska sera attelé de quatre chevaux de poste. Monsieur Beauchamp, on y tient quatre très facilement. Voulez-vous venir avec nous? je vous emmène!

--Merci, je viens de la mer.

--Comment! vous venez de la mer?

--Oui, ou à peu près. Je viens de faire un petit voyage aux îles Borromées.

--Qu'importe! venez toujours, dit Albert.

--Non, cher Morcerf, vous devez comprendre que du moment où je refuse, c'est que la chose est impossible. D'ailleurs, il est important, ajouta-t-il en baissant la voix, que je reste à Paris, ne fût-ce que pour surveiller la boîte du journal.

--Ah! vous êtes un bon et excellent ami, dit Albert; oui, vous avez raison, veillez, surveillez, Beauchamp, et tâchez de découvrir l'ennemi à qui cette révélation a dû le jour.»

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