Storieta
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About this book

Ce volume est le récit autobiographique de Paul de La Gironière, médecin de marine et colon français, qui consigne ses souvenirs de voyages, notamment ses années passées aux Philippines, où il a fondé la colonie de Jala‑Jala. L’ouvrage débute par une dédicace émouvante à sa nièce, suivie d’une préface où l’auteur explique son désir de prouver son existence après avoir été mentionné dans un feuilleton d’Alexandre Dumas. Il précise qu’il veut offrir des faits vérifiables sur les coutumes des peuples qu’il a côtoyés, tout en présentant les témoignages d’un ami américain, G.–R. Russel, qui confirme la véracité de ses aventures. Le premier chapitre retrace son enfance en Bretagne, la perte de la fortune familiale, son entrée à la médecine et son premier départ en mer à bord du trois‑mâts Victorine, où il affronte le mal de mer et les moqueries des marins.

Le style est typique du milieu du XIXᵉ siècle : une prose riche, parfois digressive, mêlant détails personnels, réflexions morales et descriptions ethnographiques. La voix narrative, à la fois fière et humble, reflète la formation militaire et médicale de l’auteur, ainsi que son sens du devoir envers sa famille et ses compagnons. Les lecteurs qui apprécient les voyages d’exploration, les chroniques coloniales et les témoignages historiques empreints de sincérité trouveront dans ce texte une immersion authentique dans une époque où la France étendait son influence lointaine. Ceux qui s’intéressent à la rencontre entre cultures européennes et philippines, ou aux récits de vie d’un aventurier‑médecin, seront particulièrement captivés.

Who appears in Aventures d'un Gentilhomme Breton aux îles Philippines

  • Paul de La GironièreMid‑30s Breton gentleman, dark hair, moustache, navy coat with epaulettes, tricorne hat
  • G.–R. RusselAmerican explorer, late 30s, beard, waistcoat, cravat, high‑collared shirt, pocket watch

The opening · free to read

Au récit de quelques aventures qui m'étaient arrivées dans mes longs voyages, plusieurs de mes amis m'avaient souvent engagé à en publier la relation peut-être intéressante.

Rien ne vous sera plus facile, me disaient-ils, puisque vous avez toujours tenu un journal depuis votre départ de France.

Cependant j'hésitais à suivre leurs conseils et à céder à leurs instances, lorsqu'un jour je fus surpris de lire mon nom dans un des feuilletons du Constitutionnel.

M. Alexandre Dumas publiait, sous le titre de Mille-et-un Fantômes, un roman dans lequel un des principaux personnages, en voyageant aux îles Philippines, m'aurait connu lorsque j'habitais, à Jala-Jala, la colonie que j'y ai fondée.

Je dus croire que le spirituel romancier m'avait rangé dans la catégorie de ses Mille-et-un Fantômes; et, pour prouver au public que j'existe bien réellement, je me suis décidé à prendre la plume, pensant que des faits de la plus exacte vérité qui pourraient être attestés par quelques centaines de personnes présenteraient quelque intérêt, et seraient lus sans trop d'ennui par celui surtout qui désirera connaître les usages des peuplades sauvages parmi lesquelles j'ai séjourné.

NOTE DE L'ÉDITEUR.

Nous croyons devoir faire précéder ce volume d'un article inséré dans un journal américain, article signé par M. G.-R. Russel, qui a longtemps été témoin de la vie de M. de la Gironière aux îles Philippines.

Les Iles Philippines, Par M. de la Gironière.

A L'ÉDITEUR DE LA TRADUCTION.

Votre journal de lundi dernier contient une notice sur un ouvrage intitulé Vingt années aux Philippines, traduit du français, et qui a été dernièrement publié par MM. Hasper et frères.

L'auteur, M. de la Gironière, m'a envoyé le volume français avec une lettre lorsque son livre a paru. La lettre me fit un vif plaisir, non-seulement parce qu'elle venait de lui, mais à cause d'une foule de souvenirs qui se sont représentés à mon esprit, souvenirs bien doux et bien agréables d'années passées.

Le livre de M. de la Gironière a été bien accueilli en Angleterre, et je crois qu'il a été en partie publié dans l'_Evening Post_ de New-York. Bien des personnes qui l'ont lu m'ont demandé avec intérêt des renseignements sur les incidents racontés par M. de la Gironière. Je considère qu'il est de mon devoir et de toute justice de vous offrir mon témoignage et de dire quelques mots en faveur d'un vieil et estimable ami...

A l'époque dont parle M. de la Gironière, j'habitais les îles Philippines: il était déjà ancien colon à Jala-Jala. Quand j'arrivai à Manille, sa maison devint la mienne; pendant plusieurs années je me suis toujours empressé d'aller passer mes moments de loisir dans cette belle et sauvage habitation. Son hospitalité était bien plus grande qu'il ne le dit. Toutes les personnes qui sont allées a Jala-Jala, et elles étaient nombreuses, ont été accueillies avec une rare bonté, non-seulement par M. de la Gironière, mais aussi par sa femme, qui était la meilleure des femmes, et par son frère, autre lui-même. Je les ai connus, et je les ai beaucoup aimés. Comme personne n'a été mieux placé que moi pour juger leurs rapports de famille, on peut me consulter sur n'importe quel point qui pourrait nuire à la véracité de Don Pablo, ainsi qu'il était nommé.

En lisant ses aventures, bien des personnes pourraient avoir des doutes sur la véracité des incidents, ou supposer qu'il y a de l'exagération ou de la fiction; on pourrait croire qu'un homme qui parle avec tant de sans-gêne est pétri d'amour-propre, défaut qui transforme souvent des événements ordinaires en périls et dangers imaginaires. Si M. de la Gironière eût été pour moi un étranger, j'avoue que j'aurais eu des doutes: la lecture de son livre m'eût peut-être laissé une impression d'incrédulité; mais, connaissant son caractère et sa position et ce dont il est capable, je suis prêt à constater les événements. Je suis sûr qu'il donne une histoire fidèle de sa vie à Luçon; même personnellement je puis dire plusieurs choses qui me sont connues. Tout ce qu'il a raconté des moeurs des habitants est peint avec vérité et précision. Ces détails m'ont fait une impression bien vive, à cause du souvenir de mes jours passés au milieu des montagnes et des broussailles de Jala-Jala.

Don Pablo était un homme remarquable dans cette petite principauté. On dit que la monarchie pure serait la perfection d'un gouvernement, si l'on était sûr que les rois sont les plus intelligents et les plus sages; les sujets placés sous la domination de M. de la Gironière avaient raison d'être satisfaits de son pouvoir despotique, qu'il eut le bon sens d'exercer avec une bienveillance et une justice qui lui attiraient le respect et la confiance d'un peuple qui sait distinguer le mal du bien, et qui craignait plus les reproches que les punitions. Il exerçait un pouvoir qui lui était indispensable pour vivre parmi ces hommes à demi barbares; il était très-courageux, toujours prêt à braver le danger. Son courage n'était pas bouillant, mais calme. Il ne perdait jamais ce calme ni son sang-froid, même en face de la mort... Il ne parle pas assez de ses mérites, mais il parle souvent de son courage, croyant que tout autre en ferait autant. Les environs de sa demeure étaient peuplés par les hommes les plus féroces, et il s'en inquiétait peu. Quand ils devaient l'attaquer, il allait à leur rencontre, et même dans leurs repaires. Pourtant sa maison ne fut jamais envahie pendant son séjour par les brigands. On le connaissait et l'estimait trop bien pour l'attaquer: mais à peine l'eut-il quittée, que son successeur fut attaqué et pillé. Malgré son grand courage, il était modeste; il avait des manières distinguées et très-bienveillantes; il était bon pour tous ceux qui l'entouraient, et les Indiens qui dépendaient de lui lui étaient très-attachés. Son départ fut un triste jour pour eux.

Dans sa manière de vivre il y avait un charme inouï. On ne peut comprendre comment il a pu quitter un pays où il était libre de ses actions, pour revenir au milieu de la société. Il avait vaincu ce désert et ses sauvages habitants. Quand il a jeté un dernier regard sur le bien-être et les riches cultures qu'il avait créées autour de lui à Jala-Jala, son coeur a dû faiblir. Mais hélas! il était seul, rien ne lui restait de ce qui lui était cher; tous ceux qui l'avaient soutenu au milieu de ses rudes travaux n'étaient plus. Son frère, qu'il aimait tant, succomba le premier; ensuite sa femme et son enfant! Il ne pouvait rester au milieu d'objets qui à chaque instant lui rappelaient tant de douleur. La description des événements extraordinaires de sa vie dans un pays si peu connu et en même temps si ravissant est exacte; et, en attestant que ce sont des faits réels et non des fables, je ne fais que rendre hommage à un digne ami.

G.-R. Russel.

Juin 1854.

Jamaïca-Plaine, près Boston (États-Unis).

CHAPITRE PREMIER.

Naissance de l'auteur.--Premier départ pour l'Inde.--Deuxième, troisième et quatrième voyage.

Mon père, né à Nantes d'une maison noble, était capitaine dans le régiment d'Auvergne. La révolution lui fit perdre son grade et sa fortune; il ne lui resta pour toute ressource que la Planche, petite propriété appartenant à ma mère, et située à deux lieues de Nantes, dans la commune de Vertoux.

Au commencement de l'empire il voulut reprendre du service; mais, à cette époque, son nom et ses sentiments étaient un obstacle, et il échoua dans toutes les tentatives qu'il fit pour obtenir le simple grade de lieutenant.

Sans ressources et presque sans moyens d'existence, il se retira à la Planche avec toute sa famille.

Il y vécut quelques années, dans les ennuis et les chagrins que lui causaient le passage subit de l'opulence à la gêne et l'impossibilité de pourvoir à tous les besoins de sa nombreuse famille. Une maladie de courte durée termina sa triste existence, et ses restes mortels furent déposés dans le cimetière de Vertoux.

Ma mère, modèle de courage et de dévouement, resta veuve avec six enfants, deux filles et quatre garçons; elle continua à habiter la campagne, et nous donna elle-même les premiers éléments d'instruction.

La vie libre des champs, les exercices violents auxquels nous nous livrions, mes frères aînés et moi, contribuèrent à m'endurcir le corps, et à me rendre capable de résister à toute espèce de fatigues et de privations.

Cette vie de campagne, de liberté, et je puis dire de bonheur, pendant mes jeunes années, passa bien vite; et bientôt arriva l'époque où les besoins de mon éducation m'obligèrent à aller tous les jours étudier dans un collége de Nantes: c'étaient quatre lieues que j'avais à faire journellement.

Mais ces quatre lieues je les faisais gaiement, et le soir, quand je rentrais à la maison, j'y retrouvais les caresses de notre bonne mère et les petits soins de deux soeurs, que j'aimais tendrement.

On me destina à la médecine.

J'étudiai quelques années à l'Hôtel-Dieu de Nantes, et je fus reçu chirurgien de marine à un âge où un jeune homme est encore ordinairement renfermé entre les quatre murs d'un collége pour y terminer ses études.

Il serait difficile de se faire une idée de ma joie lorsque je me vis possesseur de mon diplôme de chirurgien.

Dès lors je me considérai comme un être important qui allait tenir sa place parmi des hommes raisonnables et laborieux; et ce qui peut-être me rendait encore plus joyeux, c'est que je pourrais alors pourvoir à mon existence et venir en aide à ma mère et à mes soeurs.

J'étais aussi travaillé par la maladie de la locomotion et le désir de voir des contrées lointaines et un nouveau monde.

Vingt-quatre heures après ma nomination de chirurgien, j'allai offrir mes services à un armateur qui expédiait un navire aux Grandes-Indes. Nous tombâmes bientôt d'accord sur les conditions. Pour quarante francs par mois, je m'engageai à faire le voyage.

La Victorine, joli trois-mâts, était prête à mettre à la voile pour les îles Maurice et Bourbon.

J'eus bientôt fait mes préparatifs de voyage; mais il n'en fut pas de même de mes adieux.

Ce premier départ de la terre natale, cette première séparation d'une mère chérie, de frères et de soeurs que j'aimais avec toute la force de mon jeune coeur, me firent éprouver toutes les angoisses et l'agitation que ressent celui qui sort de l'atmosphère d'affection et de tendresse où se sont écoulées ses premières années.

Les dangers d'une longue navigation et toutes les privations que j'allais supporter ne me préoccupaient pas.

J'étais entièrement absorbé par la pensée de mes parents: une année s'écoulerait sans les voir, et peut-être sans avoir de leurs nouvelles! Une année, pour moi qui à peine entrais dans la vie, me paraissait un siècle. Que de malheurs et que d'accidents pouvaient arriver dans ma nombreuse famille pendant ce long laps de temps! La crainte de ne pas les retrouver tous à mon retour bouleversait mon être; et j'avoue qu'il me fallut plus que du courage pour comprimer ma douleur, dévorer mes larmes, et, le coeur tout gonflé d'angoisses, de craintes et d'espérances, m'arracher des bras de ma mère et de mes soeurs.

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