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Création et rédemption, deuxième partie: La fille du marquis
Language: fr9,189 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: FR Littérature·Historical Novels·Novels
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #26476.
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Ce roman d’Alexandre Dumas, inscrit sous la rubrique « France – Histoire – Révolution, 1789‑1799 – Fiction », s’ouvre sur une scène militaire à Châlons‑en‑Champagne. Le sergent Jacques Mérey, à la fois officier et volontaire, se trouve au cœur d’un rassemblement de volontaires qui, après un repas bruyant et chargé de toasts à la République, partent en marche vers la frontière pour affronter les Prussiens. Le texte décrit avec précision les préparatifs, les discours, les toasts à Danton, Robespierre et Marat, ainsi que les premières étapes du périple, ponctuées de rencontres avec des paysans et de moments de camaraderie. Cette introduction pose les bases d’une aventure où la guerre, la politique révolutionnaire et les sentiments personnels du protagoniste se mêlent dès les premiers chapitres.
Le style de Dumas, riche en dialogues et en digressions, reflète le langage et les conventions du XIXᵉ siècle, tout en conservant une vivacité qui rend la scène presque théâtrale. Les lecteurs attirés par les récits historiques, les drames de la Révolution française et les personnages à la fois héroïques et humains apprécieront la combinaison d’action militaire, de satire politique et de description pittoresque du paysage. Ceux qui aiment les romans où l’intrigue se déploie à travers des discours enflammés et des périples militaires trouveront ici une lecture captivante.
The opening · free to read
Le lendemain, vers midi, les deux voitures entraient à Châlons.
Là toutes relations finissaient entre Jacques Mérey et M. de Paris. M. de Paris l'exigea, et donna le conseil à Jacques Mérey de se présenter immédiatement à la municipalité pour s'informer s'il y avait à Châlons et dans les environs des volontaires à destination de Sarrelouis.
Il y en avait onze à Châlons, sept ou huit dans les environs, et l'on devait en rejoindre cinq ou six encore avant d'arriver à Sarrelouis.
Jacques Mérey était trop au-dessus des préjugés, et en outre il devait trop à M. de Paris pour ne pas lui faire, en le quittant, les remerciements les plus sincères et les plus reconnaissants.
Le départ des volontaires fut fixé au surlendemain, et ordre fut donné à ceux qui habitaient les environs de la ville de se trouver à neuf heures du matin sur la grande place. Après avoir fraternisé par un repas lacédémonien avec la garde nationale, nos dix-huit ou vingt volontaires se mettraient en route.
Bien entendu que Jacques Mérey fut le premier sous les armes. Son grade de sergent d'ailleurs lui imposait l'obligation d'être exact.
La garde nationale, de son côté, composée d'une soixantaine d'hommes, avait veillé aux préparatifs du repas. Une longue table, pouvant réunir cent convives, était dressée sur la place de la Liberté. Les couverts en plus étaient pour les membres de la municipalité qui feraient à la garde nationale et aux volontaires l'honneur de partager leur repas.
À dix heures tout le monde était à table.
Le repas fut gai et bruyant. À Châlons, c'est-à-dire dans la capitale de la Champagne, les repas, lorsqu'ils tirent à leur fin surtout, ressemblent à un feu de peloton à volonté; seulement les bouteilles de sillery, d'aï, de moët, remplacent les fusils. Ce qui fait que les morts et les blessés qui restent sur le champ de bataille en sont quittes pour y dormir une heure ou deux. Après quoi ils vont à leurs affaires comme s'il ne leur était arrivé aucun accident.
Au milieu du feu de la mousqueterie champenoise, beaucoup de toasts furent portés, auxquels il fut fait honneur, même par Léon Milcent. D'abord les toasts à la nation, à la république, à la Convention, passèrent avec un formidable cortége de bravos; puis vinrent les toasts à Danton, à Robespierre, à Saint-Just.
Ces trois toasts furent acclamés par tous, même par notre sergent de volontaires. Jacques Mérey était trop intelligent pour ne pas voir à travers les nuages que les haines politiques jettent sur les réputations, quels grands citoyens et quels profonds patriotes c'étaient que Robespierre et que Saint-Just.
Quant à Danton, si l'on n'avait pas porté un toast à son honneur, Jacques Mérey l'eût porté lui-même.
Un enthousiaste porta un toast à Marat; les applaudissements furent modérés, mais tout le monde se leva.
Jacques Mérey se leva comme les autres, mais ne tendit pas son verre, mais ne but pas.
Un fanatique remarqua cette froideur du sergent; il but à la mort des girondins.
Un frisson courut parmi les convives. Ils se levèrent, mais sans applaudir.
Jacques Mérey resta assis.
--Eh! sergent, cria celui qui avait porté le toast, êtes-vous cloué à votre place, par hasard?
Jacques Mérey se leva.
--Citoyen, dit-il, combattant pour la liberté depuis cinq ans, je croyais avoir conquis au moins celle de rester sur ma chaise quand cela me plaisait.
--Mais pourquoi restes-tu sur ta chaise? pourquoi ne bois-tu pas à la mort des traîtres?
--Parce que je quitte Paris, las de voir des concitoyens s'égorger les uns les autres, et que je vais à la frontière pour y tuer le plus de Prussiens que je pourrai. À la place du toast proposé, je porterai donc celui-ci:
«À la vie et à la fraternité de tous les hommes de grand coeur et de bonne volonté, et à la mort de tout ennemi français ou étranger portant les armes contre la France!»
Le toast du sergent fut accueilli par des bravos unanimes, et Jacques Mérey profita de l'enthousiasme qu'il avait excité, il fit signe qu'il voulait parler encore.
Tout le monde se tut.
--Après le toast que j'ai porté, dit-il, après la façon dont il a été accueilli, je ne puis maintenant en proposer qu'un seul:
«À notre départ immédiat et à notre rapide et victorieuse rencontre avec l'ennemi. Battez, tambour!»
On a dû remarquer une chose, c'est qu'en temps de révolution, il n'y a si petit rassemblement d'hommes armés ou même désarmés, qui n'ait son tambour.
Nos volontaires avaient le leur, il se mit à battre la marche, volontaires et gardes nationaux s'embrassèrent, et la petite troupe se mit en marche en chantant la Marseillaise et au cri de Vive la nation!
En quittant Châlons, le sergent Léon Milcent eut encore la joie de faire un dernier signe d'adieu et de remerciement à un homme qui se tenait seul à la fenêtre d'une petite maison isolée.
C'était son hôte de la rue des Marais.
Comme la journée était déjà avancée, on ne fit que cinq lieues ce jour-là, et l'on s'arrêta à Somme-Vesle, c'est-à-dire à la première station après Châlons.
Là le sergent Milcent reçut les félicitations bien sincères de tous ses hommes sur le toast qu'il avait porté au déjeuner. En général les volontaires n'étaient ni des fanatiques ni des énergumènes: c'étaient de vrais patriotes, qui prouvaient leur patriotisme autrement que par de vaines déclamations.
Léon Milcent leur avait été présenté, nous l'avons dit, comme ayant déjà fait la campagne de 92. Aussi les soldats qui allaient pour la première fois rejoindre leur drapeau le prièrent de s'arrêter à l'endroit d'où l'on pourrait le mieux découvrir le champ de bataille de Valmy.
Le faux sergent le leur promit, et la chose lui était facile.
La campagne commença en réalité à Pont-Somme-Vesle, car, le village se composant de deux ou trois maisons seulement, il fallut organiser un bivac.
Heureusement les gardes nationaux avaient bourré les sacs des volontaires de toutes sortes de provisions. Les uns tirèrent un poulet, les autres un pâté; celui-ci une bouteille de vin, celui-là un saucisson, de sorte que le dîner se ressentit de la prodigalité du déjeuner.
Quant à la nuit (on était au 5 juin) le temps était doux; on la passa à la belle étoile, sous les arbres magnifiques qui sont à la gauche de la route en allant à Sainte-Menehould.
Les volontaires qui étaient du pays racontèrent aux autres comment c'était là, c'est-à-dire à Pont-Somme-Vesle, que le roi, lors de sa fuite, avait eu sa première déception, c'est-à-dire n'avait point trouvé les hussards qui devaient l'attendre et qui avaient été dispersés par les paysans.
Au reste, toute la légende de Louis XVI à Varennes est encore vivante dans le pays.
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