Storieta
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About this book

Ce traité, signé Marguerite Du Parquet, se présente comme un recueil méthodique de jeux et d’exercices destinés aux jeunes filles. Dès l’introduction, l’auteure explique que même les divertissements les plus simples recèlent une tradition ou une leçon historique, et elle invite les mères à les accompagner afin d’en faire des instruments d’éducation physique et intellectuelle. Le texte se divise en quatre parties : jeux d’action, jeux avec jouets, rondes chantées et jeux d’esprit, chacune illustrée de descriptions détaillées – du « Loup ou Queue leuleu » aux variantes de cache‑cache, en passant par le « Furet » et le « Petit bonhomme vit encore ». L’auteur expose également un appendice sur la danse, soulignant la continuité des pratiques ludiques depuis le Moyen Âge jusqu’à son époque.

Le style est à la fois didactique et empreint de la politesse du XIXᵉ siècle, mêlant références à des auteurs comme Mme Necker de Saussure et des citations de traités moraux. La langue est claire, ponctuée de notes explicatives et d’exemples concrets, ce qui rend le texte accessible aux lectrices curieuses de l’histoire des jeux ou aux éducateurs cherchant des activités traditionnelles. Les amateurs de culture matérielle, les historiens du jeu et les parents désireux d’enrichir le répertoire ludique de leurs filles y trouveront un guide à la fois instructif et charmant.

The opening · free to read

Ajoutons que les jeux qui paraissent dénués d'intérêt, si on les juge à première vue, renferment souvent une idée ou une tradition, et souvent se rattachent à une coutume ancienne ou à un fait historique. Nous avons cherché, à l'aide de la science d'autrui, les origines des jeux dont la naissance n'était pas enveloppée d'obscurité, ce qui arrive pour ceux que la fantaisie seule a produits. Puisque les jeunes filles deviennent sérieuses, on le prétend du moins, nous espérons, par ces courtes digressions, leur faire accueillir nos jeux avec plus d'intérêt. Si nous avons réussi, nous nous applaudirons d'avoir perpétué le goût de ces honnêtes passe-temps qui ont amusé tant de générations et traversé des siècles pour venir jusqu'à nous.

Avant de mettre ce petit traité entre les mains des jeunes filles, nous supplions les mères d'accepter pour elles-mêmes un conseil que nous nous permettons de leur adresser avec la hardiesse que donnent les bonnes intentions.

On ne peut se dissimuler que des liens étroits rattachent toutes les parties de l'éducation, et, en examinant ce sujet, bien sérieux au fond, il est nécessaire d'admettre l'influence des jeux et des amusements, soit comme une sorte de gymnastique agissant sur le corps seulement, soit comme un exercice de l'intelligence. De ceux-là, une femme d'un esprit supérieur[1] a dit: «S'ils sont en général peu propres à instruire, ils peuvent l'être à développer. Quelques-uns demandent de la présence d'esprit et de la rapidité de repartie; d'autres, une analyse des idées pareille à celle qu'on emploie dans les sciences d'investigation, d'autres des efforts de mémoire.»

[Note 1: Mme Necker de Saussure, Éducation progressive, t. II, p. 288.]

Sans donner aux jeux une trop grande place dans l'éducation, nous ne pouvons donc leur refuser d'en faire partie, et nous conseillons à la mère attentive de s'en servir quelquefois comme d'auxiliaires pour la grande et difficile mission qu'elle a reçue de la Providence. Considérés sous ce rapport, les jeux n'ont plus rien d'inutile ou de trop puéril. C'est pourquoi nous engageons les mères à y assister et même à les diriger le plus souvent qu'elles le pourront. Nous nous servirons, pour appuyer notre sentiment, de l'autorité d'un pieux écrivain[2]: «Jouez et chantez avec vos enfants, dit-il, ou du moins voyez leurs jeux avec complaisance, et écoutez leurs chants d'un air satisfait, pourvu que rien n'y blesse la modestie.»

[Note 2: Le P. Antoine de Lombez, Traité de la joie de l'âme chrétienne.]

Cette complaisance de la mère n'ôtera rien à la gaieté des jeux; peut-être même que sa présence les rendra encore plus agréables, si elle les dirige de manière à prévenir les contestations et les froissements d'amour-propre qui ont lieu si souvent dans les réunions d'enfants. De leur côté les enfants doivent être touchés et reconnaissants de voir un père ou une mère s'associer à ces jeux par pur dévouement.

Voici la division que nous avons donnée à notre recueil:

Première partie: Jeux d'action, utiles surtout dans les récréations, pour délasser d'un travail sédentaire par le mouvement et l'exercice.

Deuxième partie: Jeux avec jouets. Nous décrivons la forme et l'usage des jouets le plus fréquemment employés par les jeunes filles.

Troisième partie: Les Rondes, qui, comme jeux d'action, ont un rapport marqué avec les jeux de la première partie, mais qui en diffèrent parce qu'elles sont accompagnées de chants dont nous donnons les airs notés.

Quatrième partie: Jeux que l'on appelle Jeux d'esprit, qui se jouent entre plusieurs personnes sans employer d'objets matériels. Ils ont lieu ordinairement par demandes et par réponses. Il s'en trouve parmi ceux-là un certain nombre qui paraîtront peut-être trop simples, mais ils auront leur emploi quand il s'agira d'amuser les tout petits enfants, que leur âge exclut des jeux plus compliqués.

Un appendice placé à la fin de l'ouvrage expliquera les principes et les figures de la danse.

JEUX ET EXERCICES DES JEUNES FILLES.

PREMIÈRE PARTIE.

JEUX D'ACTION.

LE LOUP OU LA QUEUE LEULEU[3].

[Note 3: Nous n'avons pas placé ce jeu parmi les rondes, parce qu'il n'est accompagné que d'une très-courte phrase de chant qui se rattache à l'action, mais sans la diriger, tandis que les rondes dont se compose la troisième partie de notre livre sont pour la plupart de petites scènes qui se jouent et se dansent à l'aide d'un chant presque continuel, qui en détermine les différentes parties.]

Plusieurs enfants, en se tenant par la robe, figurent un troupeau de moutons, ayant la bergère à leur tête. Celle-ci chante, et les autres répètent après elle ces vers dont la rime n'est pas riche:

Promenons-nous dans les bois, Pendant que le loup n'y est pas.

Une de leurs compagnes, qui est cachée, figure le loup. Quand elles ont fait plusieurs tours, elles s'écrient: Loup, y es-tu? Le loup ne répond rien, et la promenade recommence aussi longtemps qu'il plaît au loup de ne pas accourir. Quand approche le dénoûment, l'émotion augmente, parce qu'il vient un moment où le loup s'écrie à son tour: Oui! en s'élançant hors de sa retraite. Alors les moutons fuient dans toutes les directions, et la bergère, qui ne peut pas être prise, se met autant qu'elle le peut devant le loup, afin de protéger son troupeau. Quand le loup s'empare enfin d'un des moutons, le jeu recommence, car le mouton devient loup à son tour; ou bien on peut convenir que le loup se saisira successivement de tous les moutons, et que ce ne sera que le dernier mouton qui prendra sa place[4].

[Note 4: Souvent, pour indiquer la personne qui dirigera le jeu, ou qui y remplira un certain rôle, on tire au sort, par le doigt mouillé, par pile ou face, ou par la courte paille. On sait assez ce que signifient ces différentes manières de tirer au sort, pour qu'il soit superflu d'en donner ici l'explication.]

Ce jeu, si simple en lui-même, peut être varié par l'imagination des enfants. A la place du mouton poursuivi par le loup, quelquefois ils supposent une biche, si l'action se passe dans les bois, et aux différentes interpellations de l'animal féroce, la victime répond selon son courage ou sa frayeur.--_Le loup_: Je te mangerai! La Biche: Je me défendrai, ou, je me sauverai; etc.

Ce jeu, assez ancien, ainsi que nous le verrons plus tard, s'appelle Queue leuleu, parce que les enfants marchent à la suite les uns des autres, comme marchent les loups, qu'en vieux français on nommait leux. Cette terreur du loup date du temps où les forêts étaient plus nombreuses et peuplées d'un grand nombre de ces féroces animaux. Aujourd'hui, à l'exception de quelques départements très-boisés ou montagneux qui servent encore de retraite aux loups, les enfants sont rarement exposés à en rencontrer ailleurs qu'au Jardin des plantes; cependant leur imagination, qui se figure si facilement les objets, agit quelquefois d'une manière très-vive dans ce jeu, et va jusqu'à la terreur au moment où le loup s'élance avec des hurlements à la poursuite des brebis fugitives.

Les enfants ne savent pas que des jeux qu'ils répètent, par imitation, leur viennent des temps les plus reculés, presque sans altération. Bien avant eux, bien avant leurs grands-pères, en remontant les siècles, on retrouve dans de vieux livres les mêmes jeux, sous les mêmes noms, ou sous des noms plus modernes qui n'en ont pas changé le caractère. Le chroniqueur Froissart, vers la première moitié du quatorzième siècle, racontant son enfance, nous dit naïvement qu'il jouait à la Queue leleu, à Prime-Mérine, sorte de Main Chaude, aux Pierrettes, au Pince-Sans-Rire, au Cheval de bois, aux Barres, à l'Avoine, à Cache-Cache, au Deviner, à Saute-Mulet, à la Cligne-Musette, à la Toupie, etc. Nous donnons cette nomenclature pour montrer avec quelle fidélité se conservent les traditions enfantines.

CACHE-CACHE OU CLIGNE-MUSETTE.

Ce jeu est un des exercices les plus usités parmi les jeunes filles. Pendant que l'une d'elles se cache, toutes les autres ferment les yeux. Si la première est trop longtemps à chercher sa cachette, on a le droit de dire: Est-ce fait? et il n'est permis de se mettre à sa recherche que quand elle dit: Oui, ou bien: C'est fait. On peut aussi convenir à l'avance que quand celle qui se cache ne répondra pas, cela indiquera que l'on peut la chercher. Cet arrangement est préférable, parce que le son de la voix, quand on répond, peut faire facilement découvrir la jeune fille cachée.

On joue également à cache cache d'une autre manière. Une seule jeune fille cherche toutes les autres qui sont cachées, et c'est la première que l'on découvre qui aura la peine de chercher les autres, à moins qu'elle ne puisse échapper à celle qui l'a trouvée en touchant un but qu'elle atteint en courant.

CACHE-TAMPON.

Une des jeunes filles sort de la chambre ou se tient à l'écart, et ferme consciencieusement les yeux, tandis que les autres cachent un petit objet, par exemple un mouchoir plié en boule, d'où vient le nom de tampon. Lorsque celle qui doit le trouver est rappelée, elle cherche dans tous les endroits où peut être l'objet caché, et selon qu'elle s'en rapproche ou qu'elle s'en éloigne, les autres lui disent: Tu brûles ou: Tu as froid. Souvent on prend une pincette sur laquelle on frappe avec une clef, lentement, lorsque la chercheuse s'écarte du lieu où est l'objet caché, très vite quand elle en est près, et ainsi graduellement. On peut également indiquer cette direction en agitant une sonnette à main, ou en frappant une note sur le piano.

Le même moyen d'indication est encore employé dans un autre jeu, où il faut que la personne qui a été désignée pour deviner fasse une action que l'on a décidée en son absence, comme de souffler la bougie, de se regarder dans une glace, de balayer la chambre avec le petit balai du foyer, enfin quelque chose qui soit facile à exécuter et à deviner. Quand elle revient, elle fait successivement tout ce qui lui vient à l'esprit, et, si elle est sur le point de rencontrer juste, la pincette ou le piano l'en avertit par un son continu et de plus en plus animé.

LE CHAT ET LA SOURIS.

Il y a deux manières de jouer à ce jeu:

On choisit deux personnes pour représenter deux chats, et une pour faire la souris. On place la souris au milieu du cercle des défenseurs, et les deux chats font un assaut pour essayer de l'attraper. C'est une véritable lutte de chats contre toute la masse des défenseurs. Ce jeu, à cause des dangers qu'il présente, est plutôt fait pour les garçons que pour les jeunes filles.

Une autre manière, mais qui n'est praticable que dans un jardin, consiste à choisir un but, asile inviolable contre le chat. Dès qu'on a touché le but, on est hors des atteintes du chat, qui partout ailleurs a le droit de vous saisir. Joué dans un jardin, en nombreuse société, le soir, quand il ne fait plus bien clair, ce jeu est animé et amusant. Il est bon que le chat s'attache quelque signe pour se faire reconnaître.

LE CHAT PERCHÉ.

Un des enfants, désigné par le sort, doit poursuivre les autres; mais ceux-ci peuvent se mettre hors de ses atteintes, en se plaçant sur un tabouret ou sur une chaise, n'importe où, pourvu que les pieds ne touchent pas la terre. Si c'est dans un jardin que se fait le jeu, on désigne les objets sur lesquels il sera permis de monter. Lorsqu'un des joueurs est saisi avant d'avoir pris sa place, il doit à son tour poursuivre les autres.

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