Public-domain ebook
Les trois hommes en Allemagne
Language: fr297 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: FR Littérature·Humour·Adventure
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #35285.
Public-domain ebook
Language: fr297 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: FR Littérature·Humour·Adventure
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #35285.
The opening · free to read
Trois amis éprouvent le besoin de se distraire. Fâcheux résultat d'une déception. Couardise de George. Harris a des idées. Récit du vieux marin et du yachtman inexpérimenté. Un équipage plein de courage. Du danger de mettre à la voile par vent de terre. De l'impossibilité de naviguer par vent de mer. Les arguments d'Ethelbertha. L'humidité de la rivière. Harris propose un voyage à bicyclette. George craint le vent. Harris suggère la Forêt Noire. George craint les montées. Plan imaginé par Harris pour en triompher. Irruption de Mme Harris.
Ce qu'il nous faudrait, dit Harris, ce serait un peu de distraction.
A ce moment la porte s'ouvrit, et Mme Harris, passant la tête dans l'entre-bâillement, nous dit qu'Ethelbertha l'envoyait me rappeler qu'il ne fallait pas rentrer trop tard à cause de Clarence...
(Je suis enclin à penser qu'Ethelbertha se tourmente trop volontiers sur le compte des enfants. L'état de ce petit n'offre en somme aucune gravité. Il est sorti le matin avec sa tante. S'il a le malheur, étant avec elle, de regarder la devanture d'un pâtissier, elle le fait entrer et le bourre de choux à la crème et de buns jusqu'à ce qu'il se déclare rassasié et refuse avec politesse et fermeté de manger quoi que ce soit de plus. Résultat: il a du mal à avaler un peu de purée à déjeuner: et sa mère craint qu'il ne couve une maladie grave.)
Mme Harris ajouta que nous ferions bien de nous dépêcher de monter pour ne pas manquer la récitation de «The Mad Hatters Tea Party», tiré d'_Alice in Wonderland_. Muriel--c'est la récitante--est la deuxième enfant de Harris. Elle a huit ans, c'est une fille intelligente et gaie, mais, pour ma part, je la préfère dans les pièces sérieuses. Nous répondons que nous finissons nos cigarettes, que nous viendrons tout de suite après, et nous supplions Mme Harris de ne pas laisser Muriel commencer avant notre arrivée. Elle promet de tout faire pour calmer le zèle de l'enfant et s'en va.
Harris, la porte fermée, reprit sa phrase interrompue.
--Vous comprenez ce que je voulais dire,--un changement total.
Comment le réaliser?
George proposa «un voyage d'affaires».
Un jeune ingénieur avait, je m'en souviens, projeté un de ces «voyages d'affaires» pour Vienne. Sa femme lui demanda de préciser ses projets. Il s'agissait de visiter des mines aux alentours de la capitale autrichienne et de rédiger des rapports. Elle désira l'accompagner,--c'était une femme à ça. Il fit l'impossible pour l'en dissuader, alléguant que la place d'une jolie femme n'était pas dans une mine. Elle était bien de cet avis. Aussi n'avait-elle nullement l'intention de l'accompagner dans les puits. Simplement elle le mettrait en voiture chaque matin, puis se distrairait jusqu'à son retour en admirant les boutiques et en y achetant d'aventure ce qui la tenterait. Ayant lancé l'idée, il ne voyait plus maintenant le moyen de se tirer de là. Pendant dix longues journées d'été, il fut condamné à inspecter les mines des environs de Vienne et, le soir, à rédiger des rapports. Il les expédiait à son patron, qui ne savait qu'en faire. Je rappelai ce précédent et en fis l'application à notre cas:
--Je serais navré de croire qu'Ethelbertha et Mme Harris appartiennent à cette catégorie d'épouses. Cependant, ne recourons pas, pour cette fois, au prétexte «affaires»; réservons cette échappatoire pour le cas d'absolue nécessité... Non, allons-y carrément. Voici ce que j'expliquerai à Ethelbertha: «J'ai remarqué, lui dirai-je, que jamais mortel n'estime à sa juste valeur un bonheur qui est constamment à sa portée.» J'ajouterai qu'afin de lui permettre d'apprécier mes qualités personnelles, je jugeais opportun de m'arracher à sa société et à celle des enfants pour trois semaines au moins. Je lui dirai, continuai-je, en m'adressant à Harris, que c'est vous qui m'avez fait comprendre cela, que c'est à vous que nous devons...
Harris posa vivement son verre.
--Si cela ne vous fait rien, mon vieux, je préférerais autre chose. Elle en parlerait à ma femme. Je serais désolé de recevoir des remerciements que je ne mérite pas.
--Mais si, vous les méritez, car c'est bien vous qui...
--Non! c'est de vous que vient l'idée. Vous vous rappelez avoir dit que c'est une erreur de s'enliser dans la béatitude domestique et qu'une félicité ininterrompue alourdit le cerveau...
--Je parlais en général.
--Et précisément, continua Harris, je me proposais de parler à Clara de votre suggestion. Elle apprécie beaucoup votre intelligence, je le sais, et je suis sûr que si...
--Ne courons pas ce risque, interrompis-je à mon tour. Il y a là un problème délicat. J'en entrevois la solution. Nous dirons que le projet nous a été suggéré par George.
Il arrive à George de manquer d'obligeance; c'est une remarque que j'ai eu l'occasion et le regret de faire. Vous auriez cru qu'il allait être enchanté d'aider deux vieux camarades à se tirer d'embarras: non! il devint agressif.
--Essayez! dit-il, et moi je dirai que mon plan, tout au contraire, avait été de partir en bande, avec femmes et enfants; j'aurais emmené ma tante; nous aurions loué un vieux château délicieux, que je connais en Normandie, dans un endroit où le climat convient particulièrement aux enfants délicats, et où le lait est tel qu'on n'en trouve pas de pareil en Angleterre. J'ajouterai que vous avez singulièrement exagéré en avançant que nous serions plus heureux, voyageant seuls.
On n'arrive à rien avec George par la douceur; il faut montrer de la fermeté.
--Dites-leur cela, s'écria Harris, et voici ce que je proposerai à mon tour: Nous louerons ce château. Vous emmènerez votre tante, ça j'y tiens, et vous verrez l'agrément de ce mois de vacances. Les enfants raffolent tous de vous; J... et moi nous disparaîtrons. Vous avez déjà promis à Edgar de l'initier à l'art de la pêche. Ce sera encore vous qui jouerez aux animaux sauvages. Dick et Muriel, depuis dimanche, ne font que parler de votre apparition en hippopotame. Nous ferons des pique-niques dans la forêt: nous ne serons que onze. Le soir, un peu de musique, et on dira des vers. Muriel possède déjà six morceaux, et les autres enfants, tous, apprennent très vite.
Ces menaces rabattirent le caquet de George, et, le petit incident clos, la question se posa derechef: que ferions-nous?
Harris, comme toujours, penchait pour la mer; il nous parla d'un petit yacht, juste ce qu'il nous fallait, un yacht que nous pourrions manoeuvrer nous-mêmes, sans l'aide d'une bande odieuse de fainéants, de ces gens qui ne savent que flâner à votre bord, ajouter aux dépenses et qui enlèvent au voyage son charme et sa poésie. Il se targuait de le faire marcher, son yacht, avec le seul concours d'un mousse débrouillard. Nous connaissions ce genre de yacht et nous le lui dîmes; nous avions déjà passé par là, Harris et moi. A l'exclusion de tout autre parfum ce bateau sent la vase et les herbes pourries, arômes contre lesquels l'air pur de la mer ne saurait lutter. Il n'y a pas d'abri contre la pluie; le salon a dix pieds sur quatre; la moitié en est occupée par un poêle qui s'effondre quand on veut l'allumer. Vous êtes forcé de prendre votre tub sur le pont et le vent emporte votre peignoir au moment même où vous sortez de l'eau.
Harris et le mousse feraient tout le travail intéressant; hisser la voile, gouverner, nager debout au vent, prendre des ris. A eux tous les agréments, tandis que George et moi nous éplucherions les pommes de terre et ferions le ménage.
--Soit, concéda-t-il, prenons un beau yacht avec un capitaine et faisons les choses grandement.
Je m'y opposai encore. Je les connais, ces capitaines et leur manière de naviguer.
Jadis, il y a des années, jeune et sans expérience, je louai un yacht. La coïncidence de trois événements m'avait fait commettre cette folie: Ethelbertha avait le désir de respirer l'air pur de la mer; j'avais eu un coup de chance, et le lendemain matin même, au club, mes yeux étaient tombés sur un numéro du Sportsman, où je lus l'annonce suivante:
L' «ESPIÈGLE», YOLE, 28 TONNES. LE PROPRIÉTAIRE, SUBITEMENT RAPPELÉ POUR AFFAIRES, LOUERAIT CE LÉVRIER DE L'OCÉAN, YACHT SUPERBEMENT AGENCÉ, POUR PÉRIODE COURTE OU LONGUE. DEUX CABINES, SALON, PIANO WOFFENKOFF, CHAUDIÈRE EN CUIVRE NEUF, 10 GUINÉES PAR SEMAINE. S'ADRESSER A PERTWEE ET Cie, 3_a_, BUCKLERSBURY.
Cela m'avait fait l'effet d'une révélation du ciel.
La chaudière en «cuivre neuf» m'importait peu: je pensais qu'on pourrait attendre pour faire notre petite lessive. Mais le «piano Woffenkoff» m'inspirait. Je voyais déjà Ethelbertha jouant, le soir, quelques chansons, dont l'équipage, avec un peu d'entraînement, reprendrait le refrain, tandis que notre demeure mobile bondirait, tel un lévrier agile, à travers les ondes argentées.
Je hélai un cab et me fis conduire directement à Bucklersbury. Mr Pertwee, un quidam d'aspect modeste, avait un bureau sans prétention au troisième étage. Il me montra une image à l'aquarelle de l'_Espiègle_, fuyant sous le vent. Le pont était incliné à quelque 90° sur l'océan. Aucun être humain n'était visible sur ce pont: je suppose qu'ils avaient tous glissé à l'eau,--je ne vois pas en effet comment on aurait pu s'y maintenir à moins d'y avoir été cloué. Je fis remarquer cette circonstance fâcheuse à l'agent. Il m'expliqua que l'_Espiègle_ était représenté au plus près serré, lors de la victoire fameuse qu'il remporta dans la coupe challenge de la Medway. Mr Pertwee me croyait au courant de cet événement et je préférai m'abstenir de le questionner. Deux petites taches près du cadre, que j'avais d'abord prises pour des mouches, représentaient, paraît-il, les deuxième et troisième gagnants de cette course célèbre. Une photographie du yacht ancré près de Gravesend était moins impressionnante, mais éveillait l'idée d'une plus grande stabilité. Toutes les réponses à mes questions ayant été favorables, je louai pour quinze jours. Mr Pertwee dit qu'il se félicitait de ce que je ne retinsse pas son yacht pour plus longtemps (j'arrivai plus tard à être de son avis), car ce laps s'accordait exactement avec une autre location: si j'avais demandé le yacht pour trois semaines, il aurait été dans l'obligation de me le refuser.
L'affaire étant conclue, Mr Pertwee me demanda si j'avais un capitaine en vue. Par chance je n'en avais pas (tout semblait tourner en ma faveur), car Mr Pertwee était certain que je ne pourrais mieux faire que de garder Mr Goyles, actuellement en fonction, homme qui connaissait la mer comme un mari connaît sa femme et n'avait jamais eu à déplorer la perte d'un passager.
Ceci se passait dans la matinée et le yacht se trouva être mouillé près de Harwich. Je pus prendre l'express de 10 h. 45 à Liverpool Street et à une heure je causais avec Mr Goyles à bord de l'_Espiègle_. C'était un gros homme aux manières paternes. Je lui fis part de mon plan: contourner les îles hollandaises et naviguer lentement vers la Norvège. Il fit: «Bien, bien,» et parut enthousiasmé de cette excursion, disant que cela l'amuserait aussi. Nous abordâmes la question de l'approvisionnement; il s'enthousiasma encore davantage. J'avoue que la quantité de victuailles proposée par Mr Goyles me surprit. Si nous avions vécu au temps de Drake et de la piraterie espagnole, j'aurais pu craindre qu'il ne machinât un coup. Cependant il riait avec sa bonhomie paternelle, assurant que nous n'exagérions pas. Les restes, s'il devait y en avoir, l'équipage se les partagerait et les emporterait, selon la coutume. Il me sembla que j'approvisionnais ces hommes pour tout l'hiver, mais, ne voulant pas paraître avare, je ne dis plus rien. La quantité de boisson réclamée m'étonna également.
The book keeps going
Reading is free forever. Sign up and watch scenes appear while you read.



Scenes Storieta drew for other classics.
New illustrated classics
Once or twice a month: the latest books to get full character casts, scene art, and free comic editions. No account needed.