
Public-domain ebook
Frankenstein, ou le Prométhée moderne Volume 1 (of 3)
by Mary Wollstonecraft Shelley
French621 downloads on Project GutenbergDownload EPUB
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #62404.

Public-domain ebook
by Mary Wollstonecraft Shelley
French621 downloads on Project GutenbergDownload EPUB
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #62404.
The opening · free to read
«Vous serez bien aise d'apprendre qu'aucun malheur n'a troublé le commencement d'une entreprise que vous avez envisagée avec de funestes pressentiments. Je suis arrivé ici hier, et mon premier devoir est d'informer ma chère sœur que ma santé est bonne, et ma confiance plus grande dans le succès de mon entreprise.
»Je suis déjà loin au nord de Londres; et, quand je me promène dans les rues de Saint-Pétersbourg, je sens se jouer sur mes joues la brise froide du nord qui me resserre les nerfs et me remplit de volupté. Comprenez-vous cette sensation? Cette brise, qui est venue des régions à travers lesquelles je m'avance, me donne un avant-goût de ces climats glacés. Inspiré par ce vent précurseur, je sens que mes idées deviennent plus ardentes et plus vives. Je m'efforce en vain de me persuader que le pôle est le siège de la glace et de la désolation, il se présente toujours à mon imagination comme le pays de la beauté et du plaisir. Là, Marguerite, le soleil est toujours visible; son large disque borde presque l'horizon, et répand un éclat perpétuel. De là (car, avec votre permission, ma sœur, j'aurai quelque confiance dans les navigateurs qui m'ont précédé), de là, dis-je, la neige et la glace sont bannies; et, naviguant sur une mer calme, on peut être transporté dans une terre qui surpasse en prodiges et en beauté tous les pays jusqu'ici découverts sur le monde habitable. Ses productions et ses traits peuvent être sans exemple, comme les phénomènes des corps célestes le sont, sans doute, dans ces solitudes inconnues. Que ne peut-on pas espérer dans un pays où brille une lumière éternelle? J'y découvre la puissance étonnante qui attire l'aiguille; et je puis fixer une foule d'observations célestes qui n'ont besoin que de ce voyage pour rendre invariables leurs excentricités apparentes. Je rassasierai mon ardente curiosité, en voyant une partie du monde qui n'a jamais été visitée avant moi, et je puis fouler une terre qui n'a jamais été pressée par les pieds d'un mortel. Voilà ce qui m'attire, et cela me suffit pour bannir toute crainte du danger ou de la mort, et m'encourager à commencer ce pénible voyage avec la joie qu'éprouve un enfant lorsqu'il s'embarque sur un petit bateau un jour de fête, avec ses camarades, pour l'expédition d'une découverte sur la rivière qui baigne son pays natal. Mais, en supposant que toutes ces conjectures soient fausses, vous ne pouvez contester le service inappréciable que je rendrai à toute l'espèce humaine, jusqu'à la dernière génération, en découvrant, près du pôle, un passage à ces contrées, où, pour arriver, il faut maintenant plusieurs mois; ou bien en constatant le secret du magnétisme, ce qui, à moins que ce ne soit impossible, ne peut avoir lieu que par une entreprise comme la mienne.
»Ces réflexions ont calmé l'agitation avec laquelle j'ai commencé ma lettre, et je sens mon cœur se remplir d'un enthousiasme qui m'élève jusqu'au ciel; car rien ne contribue tant à tranquilliser l'esprit qu'un projet bien ferme, sur lequel on puisse fixer son attention. Cette expédition a été le songe favori de mes premières années. J'ai lu avec ardeur les récits des différents voyages qui ont été faits dans le but d'arriver à l'océan pacifique du nord, à travers les mers qui entourent le pôle. Vous devez vous souvenir, que l'histoire de tous les voyages entrepris dans l'intention de faire des découvertes, composait la bibliothèque entière de notre bon oncle Thomas. Mon éducation fut négligée; cependant j'aimais la lecture avec passion. J'étudiais ces livres nuit et jour; et la connaissance que j'en eus, augmenta le regret que j'avais éprouvé, comme un enfant, en apprenant que mon père, au lit de la mort, avait défendu à mon oncle de me laisser embrasser l'état de marin.
»Ces visions s'affaiblirent lorsque je lus, pour la première fois, ces poètes dont les effusions pénétraient mon âme et l'élevaient jusqu'au ciel. Je devins poète aussi, et pendant une année je vécus dans un paradis de ma propre création. Je pensais pouvoir obtenir aussi une place dans le temple où sont consacrés les noms d'Homère et de Shakespeare. Vous savez combien je me trompai, et quelle peine j'eus à supporter mon malheur. Mais, justement, à cette époque, j'héritai de la fortune de mon cousin, et mes pensées se reportèrent à mes premières inclinations.
»Six ans se sont écoulés depuis que j'ai pris la résolution que j'exécute en ce moment. Je puis, même à présent, me souvenir de l'heure où je me suis dévoué à cette grande entreprise. J'ai commencé par accoutumer mon corps à la fatigue. J'ai accompagné les pêcheurs de baleine dans plusieurs expéditions à la mer du Nord; j'ai enduré volontairement le froid, la faim, la soif et l'insomnie; souvent, pendant le jour, je supportais des travaux plus rudes qu'aucun des matelots, et je passais mes nuits à étudier les mathématiques, la théorie de la médecine, et ces branches de science physique dont un homme ami des entreprises maritimes peut souvent tirer le plus grand avantage. Deux fois même je me suis engagé comme contremaître, pour la pêche du Groenland, et je me suis acquitté à merveille de mes fonctions. Je dois avouer que je sentis un petit mouvement d'orgueil, lorsque le capitaine m'offrit la seconde dignité du vaisseau, et me supplia de rester, avec le plus grand empressement, tant il appréciait mes services.
»Et maintenant, ma chère Marguerite, ne mérité-je pas d'accomplir quelque grand projet. J'aurais pu passer ma vie dans l'aisance et le plaisir; mais j'ai préféré ma gloire à tous les attraits que la richesse plaçait devant moi. Ah! que quelque voix encourageante me réponde du succès! mon courage et ma résolution sont inébranlables; mais mes espérances sont incertaines, et mon esprit est souvent humilié. Je vais entreprendre un voyage long et difficile; les dangers que je courrai demanderont tout mon courage: j'aurai besoin non-seulement de relever les esprits des autres, mais quelquefois de soutenir les miens lorsque les leurs se découragent et s'abattent.
»Cette saison est la plus favorable pour voyager en Russie. On vole sur la neige dans des traîneaux; le mouvement en est doux, et, à mon avis, beaucoup plus agréable que celui d'une diligence anglaise. Le froid n'est pas excessif, lorsqu'on est enveloppé de fourrures; et j'ai déjà adopté ce costume, car il y a une grande différence de se promener sur un pont, ou de rester assis pendant plusieurs heures, sans faire un mouvement et sans qu'aucun exercice n'empêche le sang de se glacer dans les veines. Je n'ai nullement l'ambition de perdre la vie sur la grande route entre Saint-Pétersbourg et Archangel.
»Je partirai pour cette dernière ville dans quinze jours ou trois semaines; et mon intention est d'y louer un vaisseau, ce qui est bien facile en payant caution au propriétaire, et d'engager autant de matelots que je croirai nécessaires parmi ceux qui sont accoutumés à la pêche de la baleine. Je ne compte pas mettre à la voile avant le mois de juin: et quand reviendrai-je? Ah! ma chère sœur comment répondre à cette question? Si je réussis, bien des mois, des années peut-être s'écouleront avant que nous puissions nous voir. Dans le cas contraire, vous me reverrez bientôt, ou jamais.
»Adieu, ma chère, mon excellente Marguerite, que le ciel verse sur vous ses bénédictions, et qu'il me conserve, afin que je puisse vous témoigner sans cesse ma reconnaissance pour toute votre amitié et vos bontés.
«Que le temps passe lentement ici, entouré comme je suis par la glace et la neige! Cependant, j'ai fait un second pas dans mon entreprise; j'ai loué un vaisseau, et je suis occupé à rassembler mes marins, ceux que j'ai déjà engagés paraissent être des hommes sur lesquels je puis compter, et sont doués, sans en pouvoir douter, d'un courage intrépide.
»Mais il est un objet, un seul objet dont je n'ai pu encore jouir, et l'absence de ce bien est pour moi le plus grand des maux. Je n'ai pas d'amis, Marguerite: si je suis animé par l'enthousiasme du succès, je n'aurai personne pour partager ma joie; si je tombe dans le découragement, personne n'essaiera de relever mon courage. Je confierai mes pensées au papier, il est vrai; mais c'est une triste ressource pour l'épanchement de ce qu'on éprouve. Je voudrais avoir pour compagnon un homme capable de sympathiser avec moi, dont les yeux répondissent aux miens. Vous pouvez me croire romantique, ma chère sœur; mais je sens cruellement le manque d'un ami. Que n'ai-je auprès de moi une personne qui soit en même temps douce et courageuse, douée à la fois d'un esprit cultivé et capable, dont les goûts ressemblent aux miens, et qui puisse approuver ou corriger mes plans. Combien un semblable ami réparerait les fautes de votre pauvre frère! Je suis trop ardent dans l'exécution, et trop impatient des difficultés: mais ce qui est pour moi un malheur encore plus grand, c'est que je n'ai reçu qu'une demi-éducation; car pendant les quatorze premières années de ma vie, je courais dans les bois çà et là, et ne lisais que les livres de voyages de notre bon oncle Thomas. À cet âge je devins familier avec les poètes célèbres de notre patrie; je sentis aussi la nécessité d'apprendre d'autres langues que celle de mon pays natal; mais cette conviction fut chez moi trop tardive pour que je pusse en recueillir les plus précieux avantages. J'ai maintenant vingt-huit ans, et suis en vérité plus illettré que bien des écoliers de quinze ans. Il est vrai que j'ai réfléchi davantage, et que mes idées sont plus étendues et plus grandes; mais, comme disent les peintres, elles manquent de fond, et j'ai bien besoin d'un ami qui ait assez de bon sens pour ne pas me regarder comme un romantique, et qui m'affectionne assez pour essayer de régler mon esprit.
»Plaintes inutiles! ce n'est certainement pas sur le vaste Océan que je trouverai un ami, non plus qu'à Archangel au milieu des marchands et des marins. Cependant il y a place, dans ces cœurs, à des sentiments qui semblent ne pouvoir s'allier avec l'écume de la nature humaine. Mon lieutenant, par exemple, est un homme d'un grand courage et d'une audace étonnante. Il aime la gloire avec passion. C'est un Anglais; et au milieu des préjugés de son pays et de son état, qui ne sont pas adoucis par la culture, il conserve quelques-unes des plus nobles qualités de l'humanité. J'ai fait autrefois sa connaissance à bord d'un bâtiment destiné à la pèche de la baleine; je l'ai retrouvé dans cette ville sans occupation, et je l'ai facilement engagé à m'assister dans mon entreprise.
»Le maître est un homme d'un talent très-distingué, et se fait remarquer sur le vaisseau par sa modération et la douceur de sa discipline. Il est vraiment d'un naturel si bon, qu'il ne chassera pas (amusement favori, et presque le seul qu'on trouve ici), parce qu'il ne peut souffrir de verser le sang; en outre, il est d'une générosité héroïque. Il y a quelques années qu'il était amoureux d'une demoiselle Russe, qui n'avait qu'une fortune médiocre. Possesseur d'un capital considérable, amassé dans ses courses maritimes, il obtint sans peine que le père de la jeune fille consentît au mariage. Il la vit une fois avant le jour de la cérémonie: elle était baignée de larmes; elle tomba à ses pieds, le supplia de l'épargner, et lui avoua en même temps qu'elle aimait un jeune Russe, mais qu'il était pauvre, et que son père ne voudrait jamais les unir. Mon généreux ami rassura cette malheureuse personne, s'informa du nom de son amant, et abandonna de suite toute prétention. Il avait déjà acheté, de son argent, une ferme dans laquelle il avait le dessein de passer le reste de sa vie; mais il donna tout à son rival, et pour qu'il pût acheter du bétail, il joignit à son premier don le reste de ses profits dans les prises. Il sollicita lui-même le père de la jeune fille, pour qu'il consentît à l'unir avec celui qu'elle aimait; mais le vieillard se croyant engagé d'honneur avec mon ami, refusa obstinément. Celui-ci, pour fléchir l'inexorable père, quitta son pays, et n'y revint que lorsqu'il apprit que sa maîtresse était mariée suivant son inclination. «Quel noble compagnon»! vous écrierez-vous. Tel est son caractère; mais il a passé sa vie entière à bord d'un vaisseau, et à peine a-t-il une idée hors des cordages et d'un hauban.
The book keeps going
Reading is free forever. Sign up and watch scenes appear while you read.



Scenes Storieta drew for other classics.
New illustrated classics
Once or twice a month: the latest books to get full character casts, scene art, and free comic editions. No account needed.