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Nouveaux Contes des Collines
Language: fr491 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: Short Stories·British Literature·Nobel Prizes in Literature
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #63341.

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The opening · free to read
Voyez, vous avez proscrit l'Amour! Quels sont ces Dieux auxquels vous voulez que je plaise? Trois Dieux en Un, ou un Dieu en Trois? Ah! que non pas! Moi je retourne à mes Dieux. Peut-être me donneront-ils plus de bonheur que votre Christ froid et ses trinités embrouillées!
(LE CONVERTI.)
C'était la fille de Sonoo, un homme des Collines, et de Jadeh, sa femme.
Une année, leur récolte de maïs manqua, et deux ours passèrent la nuit dans leur unique champ de pavots, juste au-dessus de la vallée du Sutlej, sur le versant de Kotgarh.
Aussi, la saison qui suivit, se firent-ils chrétiens et portèrent-ils leur petit enfant à la mission pour le faire baptiser.
Le chapelain de Kotgarh lui donna le nom d'Elisabeth, qui se prononce «Lispeth» dans le pahari, dialecte des Collines.
Plus tard, le choléra sévit dans la vallée de Kotgarh. Il emporta Sonoo et Jadeh.
Lispeth devint, près de la femme de celui qui était alors chapelain de Kotgarh, à demi une servante, à demi une compagne.
Ceci se passait après le règne des missionnaires moraves, mais avant que Kotgarh eût tout à fait oublié son titre de «Maîtresse des Collines du Nord».
Le christianisme porta-t-il chance à Lispeth? Ou bien les dieux de son peuple auraient-ils fait autant pour elle en toute circonstance? Je l'ignore.
Le fait est qu'elle devint très jolie.
Quand une fille des Collines se mêle d'être jolie, elle vaut la peine qu'on fasse cinquante milles en terrain difficile pour la contempler.
Lispeth avait le visage d'une Grecque, un de ces visages comme on en peint si souvent et comme il est si rare d'en rencontrer.
Elle avait un teint pâle, couleur d'ivoire.
Pour sa race, elle était extrêmement grande.
Elle avait aussi des yeux admirables et, si elle n'avait porté ces abominables robes d'étoffe de couleur qu'affectionnent les missions, à la rencontrer à l'improviste sur le versant des Collines on l'eût prise pour la Diane romaine partant en chasse.
Lispeth devint très sérieusement chrétienne. Elle n'abandonna pas cette religion quand elle fut femme, comme le font tant de jeunes filles des Collines.
Ses compatriotes la détestaient parce que, disaient-ils, elle était devenue une _memsahib_[1] et qu'elle se lavait tous les jours.
[1] Abréviation de «Madam Sahib»: une Européenne.
La femme du chapelain ne savait comment l'employer. De quelque manière que l'on s'y prenne on ne peut pas demander à une majestueuse déesse, qui mesure cinq pieds dix pouces, avec ses chaussures, de nettoyer des assiettes et des plats.
Elle jouait avec les enfants du chapelain et suivait les cours de l'école du dimanche. Elle lisait tous les livres que possédait le chapelain, et devenait de jour en jour plus belle, comme les princesses des contes de fées.
La femme du chapelain estimait que la jeune fille devait se placer à Simla comme bonne d'enfants ou dans quelque poste «distingué». Mais Lispeth ne jugea pas utile d'entrer en place. Elle était heureuse comme elle était.
Quand des voyageurs,--il n'y en avait pas beaucoup à cette époque,--venaient à Kotgarh, Lispeth avait l'habitude de s'enfermer dans sa chambre, de peur qu'ils ne l'emmenassent à Simla, ou quelque part dans le monde inconnu.
Un jour, quelques mois après avoir atteint sa dix-septième année, Lispeth sortit pour aller se promener.
Elle ne se promenait pas à la manière des dames anglaises qui s'en vont à un mille et demi de distance et se font ramener en voiture. Elle couvrait entre vingt et trente milles dans ses petites excursions hygiéniques, de droite et de gauche, entre Kotgarh et Narkunda.
Ce jour-là, elle revint à la nuit tombée, descendant la pente en casse-cou de Kotgarh, un lourd fardeau dans les bras.
La femme du chapelain somnolait dans le salon quand Lispeth entra toute haletante et exténuée sous le faix.
Elle déposa sa charge sur le canapé et dit simplement:
--Voilà mon mari! Je l'ai trouvé sur la route de Bagi. Il s'est blessé. Nous allons le soigner, et, quand il sera rétabli, votre mari nous unira.
C'était la première fois que Lispeth faisait allusion à ses intentions matrimoniales.
La femme du chapelain poussa un cri d'horreur.
Cependant, il fallait avant tout s'occuper de l'homme qui était étendu sur le canapé.
C'était un jeune Anglais, et sa tête avait été entamée jusqu'à l'os par quelque chose qui l'avait déchiquetée.
Lispeth raconta qu'elle l'avait trouvé en bas du _Khud_[2]. C'est pour cela qu'elle l'avait apporté à la maison. Il respirait difficilement et était sans connaissance.
[2] Échancrure, creux.
Il fut mis au lit et soigné par le chapelain qui avait quelques connaissances en médecine, et Lispeth attendit derrière la porte, pour le cas où l'on aurait besoin d'elle.
Elle exposa au chapelain que c'était là l'homme qu'elle voulait épouser.
Le chapelain et sa femme la sermonnèrent sévèrement sur l'inconvenance de sa conduite.
Lispeth les écouta paisiblement et répéta ce qu'elle avait dit tout d'abord.
Il faut une forte dose de christianisme pour effacer les instincts incivilisés de l'Oriental, et, en particulier, celui de tomber amoureux à première vue.
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