Storieta
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Plan de cette histoire.--Naissance de Marie Stuart.--Jacques V.--Ses aventures.--Lindsay du Mont.--Buchanan.--Presbytérianisme.--Madeleine de France.--Marie de Lorraine.--Henri VIII.--Guerre entre l'Angleterre et l'Écosse.--Mort de Jacques V.--Sacre de Marie Stuart à Stirling.--Séjour de la petite reine d'Écosse au monastère d'Inch-Mahome.--Persécution contre le protestantisme.--Le cardinal Beatoun.--Supplice de George Wishart.--Assassinat du cardinal Beatoun par Norman Lesly.--Knox au château de Saint-André.--Prise du château.--Knox et les autres prisonniers dans les bagnes de France.--Débarquement de Marie Stuart en Bretagne, au port de Roscoff.--Son arrivée à Saint-Germain en Laye.--Henri II.--Ses favoris.--Diane de Poitiers.--Le comte d'Arran.--Régence de Marie de Lorraine.--Le comte d'Angus.--L'Église presbytérienne.

Je voudrais raconter avec impartialité l'histoire de Marie Stuart, de cette princesse qui, née d'une race de héros par sa mère, et par son père d'une race de rois, fut la femme la plus belle de son siècle, et la plus illustre par ses grâces, par ses malheurs, peut-être par ses crimes, sûrement par ses expiations.

L'occupation ardente de Marie Stuart fut l'amour; la politique ne fut que son écueil. L'amour posséda son âme tout entière, depuis les artifices jusqu'aux attentats. Elle aima et fut aimée dans les palais, dans les camps, dans les prisons. Elle s'abandonna sans frein à ses caprices ou à sa passion, et secoua partout le feu autour d'elle. Ses séductions furent toujours irrésistibles, souvent cruelles, une fois atroces. L'amour l'enivra dans les festins d'Holyrood. La politique la réveilla de son rêve voluptueux, et, la saisissant d'une main rude, elle l'enchaîna et l'immola. Marie avait été l'idole de l'amour; elle fut la victime de la politique.

Sa vie fut orageuse, sa mort tragique, et sa mémoire, l'éternel problème de l'histoire, flotte entre un autel et un pilori: sainte pour les uns, empoisonneuse pour les autres; tantôt la reine chère à l'Église, tantôt l'élève de Locuste, tour à tour adorée et maudite. J'essayerai de tenir la balance droite, et de ne céder ni à la prévention, ni à l'horreur, ni à l'attrait; je m'efforcerai de ne fléchir qu'à la justice. Les ennemis ont accusé, et les amis ont absous. De quel côté est l'erreur? Dieu seul le sait. L'historien le conjecture: s'il le révèle, ce sera en gémissant. L'historien doit être grave, et ne rien hasarder; car toute légèreté de sa plume peut devenir une calomnie ineffaçable. Son rôle est de ne rien omettre, ni du bien, ni du mal: son entraînement serait de plaindre, sa joie d'absoudre, mais son devoir est de raconter.

La maison des Stuarts est l'une des plus anciennes de l'Europe. Son premier ancêtre sur le trône fut ce grand Robert Bruce, le héros de l'Écosse avant d'en être le roi. L'histoire n'a pas une race plus fatale. Des sept princes qui portèrent la couronne avant Marie Stuart, trois périrent par le fer et par le poison, deux furent tués à la guerre. On connaît le sort de ceux qui lui succédèrent: la proscription, la déchéance, le billot et l'exil. Indépendamment des fautes individuelles, ne dirait-on pas d'une destinée collective roulant d'elle-même aux abîmes?

Cette destinée ne fut jamais tracée d'un pinceau plus sévère que sur une toile où Marie Stuart est représentée dans la fleur de sa jeunesse. Au milieu de cette transfiguration que donne le génie, le peintre l'a couronnée d'une auréole sinistre. Jamais nulle image ne refléta une beauté plus tragique. Les traits sont délicats et nobles; un rayon de soleil éclaire des boucles de cheveux blonds, vivants et électriques dans la lumière: seulement, autour de cette lumière, le fond est lugubre, et cette tête charmante semble déjà dévouée au supplice.

Insensiblement on passe de la contemplation de cette jeune femme au souvenir de sa race; on pense à ses aïeux presque tous assassinés à leurs foyers ou tués dans les combats; on pense à ses petits-fils, les précurseurs des échafauds et des proscriptions de la royauté; puis on revient tristement à elle, qui résume et qui épuise tous les prestiges, tous les dons, tous les piéges, toutes les chutes, tous les malheurs, toutes les iniquités et tous les courages de ses deux maisons, marquées d'avance pour combattre, et pour disparaître avant l'idée qu'elles représentent l'une et l'autre: l'absolutisme de l'Église et de l'État.

De tous les personnages historiques, Marie Stuart est certainement le plus problématique. Sous les enchantements de sa beauté, il y a un mystère. Je tâcherai de soulever les voiles qui la couvrent, afin de la montrer telle qu'elle est. Heureux si dans mon livre, cette toile de l'écrivain, je faisais revivre cette princesse si passionnée, si énigmatique et si diverse, qui, par delà les temps, allume encore l'amour ou la haine de la postérité, comme elle alluma l'amour ou la haine de ses contemporains!

Ce livre, d'ailleurs, n'est ni l'histoire d'un siècle, ni peut-être même l'histoire d'un règne: c'est avant tout l'histoire d'une femme dont on n'a guère crayonné que le roman, tantôt sous la forme du panégyrique, tantôt sous la forme du pamphlet. J'aurai du moins recomposé un portrait vrai. J'aurai tenté de retracer consciencieusement une figure perdue dans les brumes de l'Écosse, et comme évanouie dans l'ombre du passé.

Marie Stuart naquit au château de Linlithgow, vers le milieu du XVIe siècle (8 décembre 1542). Elle était fille de Jacques V et de Marie de Lorraine, dont le père, Claude de Lorraine, porta le premier ce beau nom de duc de Guise.

Jacques V n'était pas un prince vulgaire. Il avait des qualités brillantes. Il aimait les femmes, les arts et les combats. C'était un François Ier d'Écosse. Il excellait dans tous les exercices du corps, et surtout dans l'escrime. Il était malheureusement plus chevalier que roi. Si la politique, meilleure qu'une épée sur le trône, eût été le complément de sa grâce et de son courage, il mériterait d'être comparé à Henri IV. Il avait même à un plus haut degré que le Béarnais l'amour du peuple, dont il protégeait le travail et les jeux. Il ne présidait pas aux tournois des nobles avec plus de cœur qu'aux amusements du peuple. Il avait institué des prix pour la course, pour la lutte, pour l'arc; ces prix il les décernait lui-même, et les plus humbles artisans le connaissaient. On l'appelait, à cause de son amour pour les petits, le Roi des communes; Rex plebeiorum, disent les chroniques.

Bien des fois il descendit du château de Stirling ou du palais d'Holyrood sous un déguisement, afin de mieux voir comment la justice était faite à son peuple; souvent aussi pour se trouver à un rendez-vous de chasse ou d'amour. Il partait gaiement sans garde et sans suite, quelquefois, comme un montagnard, en jaquette, en plaid et en toque de tartan; quelquefois, comme un archer, en habit vert de Lincoln, et son cor suspendu à une bandoulière de cuir. Ainsi équipé et toujours bien armé, il courait tous les hasards. Sa vie fut plus d'une fois en péril; mais sa présence d'esprit, et sa merveilleuse adresse ne lui firent jamais défaut.

Les ballades le célébrèrent en strophes libres et naïves; les traditions racontèrent ses voyages dans les montagnes avec l'inépuisable complaisance de l'imagination populaire pour ses héros.

Je citerai quelques traits entre mille. On connaît son aventure au village de Gramond:

Il y avait séduit une jeune et belle paysanne. Un matin, avant l'aube, il revenait de chez sa maîtresse à Édimbourg par un sentier de coudriers, et se félicitait d'avoir échappé aux regards curieux, lorsqu'il fut assailli près du pont de la rivière d'Almond par cinq paysans, jaloux de l'étranger en habit vert, du compagnon de Robin-hood. Jacques, surpris, mais intrépide, tire son épée, et, tout en se battant, parvient à se placer à l'entrée étroite du pont. Tranquille alors sur le danger d'être pris par derrière, il se défend et il attaque tour à tour. Les paysans, furieux, sont décidés à ne pas faire de merci, et poussent des cris de rage. Jacques lutte silencieusement. Il blesse, il est blessé. Les coups et les cris redoublent.

Un pauvre journalier qui battait le blé dans une grange accourt au bruit. Il ne connaît pas le roi, mais il le voit seul contre cinq assaillants, et, sans balancer, il se joint à lui. Jacques reprend l'offensive. «Mon brave ami, suis-moi,» s'écrie-t-il. Et ils s'élancent en même temps, Jacques avec son épée, son compagnon avec un fléau. Ils frappent et dispersent leurs ennemis. Les paysans épouvantés disparaissent et se jettent à travers champs. Jacques alors remercia son libérateur, et, s'apercevant qu'il était lui-même tout en sang, il se laissa conduire à la grange voisine. Le pauvre journalier offrit à Jacques un bassin de cuivre et un sac de blé vide, afin que son hôte inconnu pût se laver et s'essuyer. Ces soins remplis, Jacques causa familièrement avec son libérateur, et désira savoir son nom. «Je m'appelle John Howieson.--Et que souhaiterais-tu le plus au monde?--Le domaine de Brachead, répondit le journalier; il vaut mieux qu'un royaume.--C'est un domaine de la couronne, reprit Jacques. Viens me voir demain à Édimbourg; tu me trouveras au château d'Holyrood. Demande le fermier de Ballanguish. Je te serai peut-être utile auprès du roi, auquel j'ai rendu un service, et qui me veut du bien.»

Jacques remercia de nouveau le journalier en le quittant, et l'imagination de John voyagea toute la nuit dans le pays des fées. Le lendemain, il s'achemina vers la ville. Quand il fut sur la place du palais, en face du portail surmonté des armes d'Écosse, au-dessus desquelles s'élèvent la couronne et le chardon, il regarda le monument majestueux, les gardes étincelants, les panaches, les plumes, les décorations, les riches uniformes, et il retourna en arrière. Il s'en alla, et revint autant de fois que le coq chanta, dit la légende, ainsi que me l'apprit le vieux et savant antiquaire qui me la racontait au pied des tours d'Holyrood. Enfin, s'enhardissant un peu, John s'enquit en balbutiant du fermier de Ballanguish. Un officier le conduisit par le grand escalier, lui fit traverser la salle des gardes, et le remit à un chambellan qui l'introduisit dans un cabinet resplendissant d'or. Plusieurs seigneurs étaient debout et la tête nue; un seul était assis et couvert. C'était le fermier de Ballanguish, en drap vert de Lincoln, comme la veille. Le journalier comprit que c'était Jacques V.

«Voilà celui qui m'a sauvé hier par son courage,» dit le roi. Et, prenant des mains de l'un de ses ministres un acte dressé d'avance, il le remit en souriant à Howieson. «Par cet acte, lui dit-il, tu es désormais propriétaire du domaine de Brachead.» Le pauvre homme ne pouvait en croire ses yeux ni ses oreilles, et il se retira dans l'ivresse de la joie. Jacques avait fait insérer dans l'acte une clause de redevance. Lorsque le roi passerait le pont de la rivière d'Almond, le propriétaire de Brachead ou ses descendants seraient tenus de lui présenter une serviette de fine toile, avec le bassin et l'aiguière. Cette clause était encore exécutée il y a trente ans, et la famille du propriétaire de Brachead s'en faisait un titre de noblesse et un privilége d'honneur.

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