Storieta
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Nous connaissons tous le cèdre du Liban. Les Poètes de la Bible l’ont chanté comme le plus altier et le plus superbe des arbres de l’Asie, et Jussieu, au siècle le moins créateur de légendes, a renouvelé la sienne en le rapportant à travers les flots de la Méditerranée et en le nourrissant de partie de sa ration d’eau.

Nous en savons bien moins long sur le DÉODAR ou DÉODARA, le cèdre de l’Himalaya. Bien qu’on l’ait acclimaté dans la forêt de Fontainebleau, ce conifère aux rameaux flexibles et inclinés, à la feuille glauque et blanchâtre, nous est à peu près inconnu.

Voici Kipling, qui va nous initier aux charmes des Déodars qui couvrent les pentes de l’Himalaya.

N’était-il pas naturel qu’il empruntât, lors de ses débuts, le titre d’un de ses recueils de nouvelles à un arbre aussi abondant au Jakko et aux bords de Simla.

C’est, en effet, à la période de sa vie ou il venait d’écrire les SIMPLES CONTES DES COLLINES, TROIS TROUPIERS et AU BLANC ET NOIR que se rattachent les pages que nous présentons aujourd’hui au public français.

Nos lecteurs y retrouveront Madame Hauksbee en compagnie de son amie Madame Mallowe, le TERTIUM QUID dont Kipling leur a ailleurs promis l’histoire, la Colline de l’Illusion. Ce sont d’anciennes connaissances qu’on revoit volontiers.

A. S.

L’éducation D’otis Yeere

Dans les retraites du charmant verger, «que Dieu bénisse tout nos profits», disons-nous. Mais «que Dieu bénisse nos pertes», voilà un souhait qui convient mieux à notre situation.

(Le Berceau de verdure perdu[A].)

I

Cette histoire est celle d’un insuccès, mais la femme qui échoua disait qu’on en pourrait faire un récit instructif et qui mériterait d’être imprimé pour le plus grand profit de la génération nouvelle.

La génération nouvelle ne demande point à recevoir des leçons, étant tout à fait prête à en donner à quiconque voudra bien lui en demander.

Qu’importe! Voici l’histoire.

Elle commence où doit commencer une histoire qui se respecte, c’est-à-dire à Simla: c’est là que toutes commencent et que quelques-unes finissent d’une façon funeste.

La méprise vint de ce qu’une femme des plus intelligentes commit une maladresse, et ne la répara point.

Les hommes ont le droit reconnu de faire des faux pas; mais qu’une femme intelligente commette une erreur, c’est en dehors des voies régulières de la Nature et de la Providence.

Tous les braves gens savent en effet qu’une femme est la seule chose infaillible qu’il y ait au monde, excepté le titre d’emprunt émis par le gouvernement en 1879, et portant intérêt à quatre et demi pour cent.

Toutefois nous devons nous rappeler que six jours consécutifs passés à répéter le rôle principal de l’Ange Déchu au Nouveau Théâtre de la Gaîté, où les plâtres ne sont pas encore secs, c’était bien suffisant pour produire une certaine rupture d’équilibre intellectuel, capable à son tour de conduire à des excentricités.

Mistress Hauksbee arriva à la «fonderie» pour déjeuner avec mistress Mallowe, son unique amie intime, car elle n’était en aucune façon femme à frayer avec son sexe.

Et ce fut un déjeuner entre femmes, porté interdite à tout le monde.

Et toutes deux se mirent à parler chiffons, ce qui en français est équivalent de «mystères.»

--J’ai joui d’une période de santé parfaite, dit mistress Hauksbee, le déjeuner fini, et quand les deux dames furent confortablement installées dans le petit boudoir qui communiquait avec la chambre à coucher de mistress Mallowe:

--Ma chère petite, qu’est-ce qu’_il_ a fait? dit avec douceur mistress Mallowe.

Il est à remarquer que les dames d’un certain âge se traitent mutuellement de «ma chère petite» tout comme des fonctionnaires qui ont vingt-huit ans de service se disent: «Mon garçon,» entre employés de même grade dans l’Annuaire.

--Il n’y a point de il dans l’affaire. Qui suis-je donc pour qu’on m’impute toujours gratuitement quelque conquête imaginaire? Suis-je un apache?

--Non, ma chère, mais il y a presque toujours un scalp en train de sécher à l’entrée de votre wigwam, et un scalp tout frais.

C’était une allusion au petit Hawley qui avait pris l’habitude de courir tout Simla à cheval, à la saison des pluies, pour aller rendre visite à mistress Hauksbee.

Cette dame se mit à rire.

--Pour mes péchés, l’aide-major de Tyrconnel m’a condamnée, l’autre soir, à me placer auprès du Mussuck. Chut! Ne riez pas. C’est un de mes admirateurs les plus dévoués. Quand on servit les entremets--il faudrait réellement que quelqu’un aille leur apprendre à faire les puddings, à Tyrconnel,--le Mussuck fut enfin libre de se consacrer à mon service.

--La bonne âme! Je connais son appétit, dit mistress Mallowe. Est-ce qu’il s’est mis, oh! est-ce qu’il s’est mis à faire sa cour?

--Grâce à une faveur spéciale de la Providence, non. Il a expliqué l’importance qu’il avait comme une des colonnes de l’Empire. Je n’ai point ri.

--Lucy, je ne vous crois pas.

--Demandez au capitaine Sangar. Il était en face de nous. Je disais donc que le Mussuck poitrinait.

--Il me semble que je le vois faisant la roue, dit d’un air pensif mistress Mallowe, en grattant les oreilles de son fox-terrier.

--Je fus impressionnée comme il convenait, tout à fait comme il convenait. Je bâillai franchement.

--Une surveillance sans trêve et l’art de jouer des uns contre les autres, disait le Mussuck en engloutissant sa glace par pelletées, je vous en réponds, mistress Hauksbee, voilà le secret de notre gouvernement.

Mistress Mallowe rit longtemps et gaîment:

--Et qu’avez-vous dit?

--M’avez-vous jamais vue embarrassée pour répondre? J’ai dit:

--C’est bien ce que j’ai remarqué dans mes relations avec vous.

Le Mussuck se gonfla d’orgueil.

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