Storieta
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About this book

Ce roman de fiction historique, destiné aux jeunes lecteurs, s’ouvre sur la petite colonie d’Alfred Haverland, pionnier installé dans la forêt reculée du comté de New‑York. Le texte décrit avec minutie le quotidien d’un bûcheron robuste, sa maison modeste, et l’arrivée d’un étranger du New‑Hampshire, Seth Jones, dont le dialogue introduit immédiatement les tensions entre colons blancs et Indiens Mohawks. La narration expose le cadre frontier‑pioneer, les inquiétudes liées à l’expansion vers l’Ouest et les premières interactions entre les personnages, tout en laissant entrevoir les dangers qui guettent la communauté isolée.

Le style reflète la prose du XIXᵉ siècle, riche en détails descriptifs et en dialogues longs, typique des récits d’aventures et de captivités amérindiennes de l’époque. La langue, légèrement archaïque, plaira aux amateurs de littérature jeunesse historique qui apprécient une immersion dans le monde des pionniers, des rencontres culturelles et des conflits frontaliers, sans toutefois chercher une lecture ultra‑moderne.

Characters in La captive des Mohawks

  • Alfred HaverlandRobust mid‑30s pioneer, weathered beard, flannel shirt, leather suspenders, wide‑brimmed hat, rugged hands
  • Seth JonesYoung New‑Hampshire traveler, tidy waistcoat, crisp shirt, dark hair, clean‑shaven, modest boots, earnest expression

The opening · free to read

Alfred était Américain; il avait émigré quelques années auparavant des provinces plus civilisées de l’Est, et s’était retiré dans cet endroit reculé de l’ouest du comté de New-York. Il avait élevé une modeste demeure au milieu de cette solitude, et, avec sa tendre compagne et une sœur, il avait posé les fondements d’une colonie. Cet établissement, il est vrai, était encore bien faible; il ne se composait que des trois personnes que nous venons de mentionner, et de la fille d’Haverland, jeune beauté aux yeux bleus. Toutefois, le hardi colon avait compris que le courant de l’émigration se dirigeait rapidement vers l’Ouest, et qu’avant peu d’années des villages et des villes s’élèveraient sur l’emplacement de cette forêt inhabitée, tandis que les Indiens seraient refoulés vers le couchant.

Notre bûcheron était un type magnifique de cette espèce d’hommes qu’on appelle les rois de la nature. Sa lourde casaque reposait sur une bûche à quelques pas plus loin, et sa poitrine bombée n’était recouverte que d’un gilet de dessous qui collait sur ses membres et sur son torse comme un justaucorps. Le col de ce vêtement était ouvert et laissait voir le cou bruni et la poitrine haletante du bûcheron: un pantalon épais retombait sur les grossiers mocassins qu’il avait aux pieds. Une petite casquette en peau de loutre, rejetée sur le derrière de sa tête, laissait son front à découvert, tandis que ses cheveux noirs tombaient en boucles soyeuses sur ses larges épaules. Ses traits étaient réguliers, et fortement accentués, son front élevé, son nez aquilin, et ses yeux d’un noir étincelant. Tel était Haverland au milieu de la forêt. Il se tenait le pied gauche en avant, et ses muscles, qui semblaient toujours tendus, trahissaient une force herculéenne.

Sa hache brillante s’enfonça dans le cœur, pour ainsi dire saignant, du chêne qu’elle avait attaqué, jusqu’à ce qu’elle l’eût traversé entièrement et qu’elle eût rencontré l’entaille pratiquée du côté opposé. Alors le majestueux monarque de la forêt commença à chanceler. Haverland se recula en jetant un regard vers le sommet du chêne qui cédait à ses efforts et qui s’inclinait lentement. Enfin, le colosse tomba, et, en touchant la terre, il fit entendre un craquement et un bruit semblables à ceux du tonnerre. Le bûcheron resta un moment immobile; sa respiration ardente sortait de sa poitrine comme un jet de vapeur; enfin il se dirigea vers l’arbre qu’il venait d’abattre. Au même instant, son oreille exercée crut entendre un bruit suspect; il laissa tomber sa hache, prit sa carabine, et se tint sur la défensive.

«Comment vous portez-vous?... Comment vous portez-vous?... Vous n’avez pas peur, je suppose; ce n’est personne autre que Seth Jones, du New-Hampshire,» dit le nouveau venu avec un accent particulier.

Le bûcheron leva la tête et vit un curieux spécimen de la race humaine. Cet homme du New-Hampshire était ce que l’on appelle un Yankee, espèce que l’on rencontre rarement, et dont on parle beaucoup de nos jours. Il possédait un grand nez aquilin tout mince, deux petits yeux gris clignotants, et un corps frêle, mais nerveux, orné de longues extrémités; ses pieds étaient enfermés dans de beaux souliers, et le reste de son costume était conforme à celui que l’on portait sur les frontières au temps dont nous parlons. Sa voix avait ce timbre particulier et incertain qui appartient à cet organe quand il est en mue, et lorsqu’il était un peu agité, elle avait des sons étranges et inimaginables.

Le bûcheron, avec une pénétration caractéristique, vit au premier coup d’œil à quel genre d’hommes appartenait son interlocuteur. Il prit sa carabine de la main gauche et lui tendit l’autre en lui disant:

«Eh! non, mon ami, je n’ai certainement pas peur; mais, vous le savez, dans ces temps-ci, il faut agir avec prudence et circonspection; quand on se trouve dans un endroit aussi isolé que celui-ci, ce serait un crime d’être négligent, surtout lorsque l’on est l’aide et le soutien de plusieurs personnes.

--Cela est très-vrai.... très-vrai; vous avez raison, monsieur.... Ah! au fait, je suis forcé d’avouer que je ne sais pas votre nom.

--Haverland.

--Bien.... merci.... Haverland.... ou comme vous voudrez. Nous vivons dans un temps dangereux.... il n’y a pas à disputer là-dessus, et j’ai été étrangement surpris lorsque j’ai entendu le bruit d’une hache dans ces contrées.

--Moi aussi j’ai été surpris de rencontrer votre visage quand j’ai levé la tête. Jones, je crois, m’avez-vous dit, est votre nom?

--Oui.... oui.... Seth Jones, du New-Hampshire; les Jones forment là-haut une nombreuse famille--peut-être trop nombreuse pour que chacun de ses membres s’y trouve à l’aise--aussi j’ai émigré. Vous connaissez peut-être ce nom-là?

--Non, je ne connais personne de ce nom dans cette contrée.

--Ah! vous ne le connaissez pas? Cependant les Jones sont bien connus dans le pays.... Quelques hommes remarquables sont sortis de cette famille.... Mais qui diable vous retient dans ce pays de païens?... Pour quelle raison vous y trouvez-vous, et qu’est-ce qui a pu vous y porter.

--L’esprit d’entreprise, monsieur. J’étais fatigué des façons soi-disant civilisées de notre pays; et lorsqu’on offre à celui qui veut émigrer des champs aussi beaux que ceux qui sont devant nous, je considère que c’est un devoir d’en profiter, et je l’ai fait. Maintenant, monsieur, à votre tour d’être franc avec moi. Apprenez-moi qui vous a poussé à visiter un pays aussi dangereux, lorsque vous n’aviez aucune raison de supposer que des blancs y avaient déjà commencé un établissement: vous avez tout l’air d’un chasseur indien ou d’un coureur des bois.

--Eh! peut-être! En tout cas, je l’ai été. J’ai été coureur avec les gars de la Montagne-Verte, sous le colonel Allen, et je suis resté avec eux jusqu’à la fin de la révolution. Alors je suis descendu à la ferme où j’ai travaillé avec le père; puis il est arrivé dans le voisinage une affaire qui m’a fait croire qu’il valait mieux pour moi de m’en aller; je vous en tairai les motifs, mais je puis vous déclarer que tout acte criminel y est étranger. Je m’arrêtai à l’établissement situé près du fleuve pendant quelques jours, et enfin je me décidai à faire un tour par ici.

--Je suis bien aise que vous soyez venu, car je ne vois pas souvent de visage blanc. J’espère que vous accepterez l’hospitalité d’un bûcheron, et que vous resterez avec nous aussi longtemps que vous le pourrez; mais, surtout, vous n’oublierez pas que plus vous resterez ici, plus nous vous en témoignerons de joie.

--Je resterai jusqu’à ce que vous soyez fatigué de ma personne, dit en riant l’excentrique Seth Jones.

--Comme vous venez de l’Est, vous pourrez sans doute me donner des renseignements sur l’état des esprits et sur les dispositions des Indiens qui habitent votre contrée et la mienne. D’après vos remarques, je supposerais volontiers cependant que rien de très-sérieux ne nous menace.

--Je ne sais pas, mais.... répondit Seth en secouant la tête et en regardant la terre.

--Quoi donc, mon ami?

--Je vais vous le dire; j’ai entendu raconter de terribles histoires tout le long de mon chemin. On dit que les damnés habits rouges ont mis les Indiens en mouvement. Du moins, ils l’ont essayé: c’est certain.

--En êtes-vous sûr? demanda l’homme de la forêt en trahissant ses inquiétudes par cette parole.

--J’en suis presque certain; il y a un petit établissement là en bas.... j’en ai même oublié le nom.... qui a été attaqué par ces démons et qui a été entièrement brûlé.

--Est-ce possible?... Pendant ces trois ou quatre derniers mois, j’ai entendu parler de la terrible hostilité qui existe entre les blancs et les Peaux-Rouges, mais je préférais ne pas y croire. Quelquefois, cependant, je sentais que j’avais tort.

--Voilà l’état des choses: si vous tenez à la femme de votre cœur et à vos petits chérubins--car je suppose que vous en avez--vous ferez bien de vous diriger vers des parages plus sûrs; je ne sais même pas comment vous avez pu rester si longtemps ici sans être inquiétés.

--Ma conduite à l’égard des Indiens a toujours été dictée par l’honnêteté et la bienveillance, et ils m’ont toujours témoigné des sentiments d’amitié, à moi comme aux miens, qui sont sans défense. Voilà l’unique motif de ma confiance, et, dans le fait, ma seule espérance.

--C’est très-bien; mais, permettez-moi de vous le dire, il ne faut jamais se fier à un Indien: cette race est trop turbulente; vous croyez mettre le doigt sur eux, et ils sont déjà bien loin; c’est comme cela, fort malheureusement.

--Je crains bien que vos soupçons ne soient trop fondés, répondit Haverland d’un ton triste.

--Je suis bien aise de vous avoir rencontré; car je commençais à devenir misanthrope. J’aime rendre service à mon semblable, et je m’attacherais à vous, puisque c’est vous que le hasard m’a fait rencontrer.

--Merci, ami; et maintenant, allons à la maison. J’avais l’intention de passer la journée à travailler, mais vos paroles m’en ont ôté le courage.

--C’est malheureux; mais je ne devais pas vous cacher la vérité, n’est-il pas vrai?

--Certainement, et c’eût été mal à vous de ne pas m’avertir des dangers qui me menacent. Allons à la maison.»

En disant ces mots, Alfred remettait sa casaque, jetait sa carabine et sa hache sur son épaule, et s’enfonçait dans un sentier qu’il avait tracé lui-même à travers la forêt. Il se dirigea d’un pas pensif vers sa demeure, tandis que son nouvel ami marchait derrière lui et le suivait de près.

En retournant ainsi vers sa demeure, Haverland ne prononça que quelques paroles, quoique son loquace ami causât sans cesse et toujours. Le bûcheron avait le cœur trop gros pour donner la réplique à Jones et à ses inoffensives plaisanteries; de sombres et terribles soupçons s’étaient déjà dressés bien des fois devant lui, et il avait fermé les yeux pour ne pas les voir; mais, maintenant, il était impossible de s’y méprendre: ils apparaissaient à chaque pas, et ils se changeaient en une effrayante certitude.

La lutte révolutionnaire des colonies était terminée à l’époque dont nous parlons, et leur liberté était fondée sur une base solide: toutefois, la paix ne régnait pas partout. On voyait chaque jour de sombres, de cruelles et de sanglantes tragédies se passer sur les frontières, et elles devaient encore durer pendant une génération. La mère patrie, qui avait échoué dans son œuvre de despotisme et d’asservissement, excitait les Indiens et leur faisait commettre des atrocités révoltantes sur des hommes inoffensifs. Elle trouva en eux des instruments trop dociles, et elle suscita une guerre terrible qui dura fort longtemps; et, même lorsque la cause qui l’avait fait naître eut disparu, les sauvages continuèrent encore ce combat inégal. Tous ceux qui connaissent l’histoire des États-Unis doivent le savoir: la guerre, sur les frontières, a été pour ainsi dire interminable. Le courant de l’émigration, en se dirigeant vers l’Ouest, rencontra toujours ses vagues fougueuses, qu’il ne surmonta qu’après des combats et des efforts incessants. Aujourd’hui même, qu’on a presque atteint le rivage lointain du Pacifique, cette race entêtée fait encore briller de temps à autre les tristes lueurs des combats.

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