Storieta
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--«Jeannot!» disait la Voix. Qui fut surpris? Dame! ce fut notre homme. Il ne s'était aucunement douté Qu'il cheminait dans le Bois Enchanté. S'il n'avait peur, ma foi! c'était tout comme.

Il demeura tout sot et tout transi.

--«Jeannot, mon bon Jeannot!» redisait-elle.

Il n'était pas, certe, une voix mortelle Charmante assez pour supplier ainsi.

Or, en ce lieu, poussait plus haut qu'un orme Un Rosier d'or aux roses de rubis. Le paysan eût eu mille brebis D'un seul fleuron de ce rosier énorme.

La Voix partait de ces rameaux touffus, Car il y vit une gentille Fée, De diamants et de perles coiffée. Jeannot tira son bonnet, tout confus. --«Jeannot, je veux te conter ma misère,» Dit-elle; «écoute et remets ton bonnet. Je te demande une chose qui n'est Que trop plaisante à tout amant sincère.»

Le jeune gars écarquillait les yeux, Comme en extase, et restait tout oreille. Il n'avait vu jamais beauté pareille, Ni de fichu d'argent aussi soyeux. La Fée était belle en beauté parfaite, Rare, en effet, et mignonne à ravir, Tant, qu'à jamais, pour l'aimer et servir, Je n'en voudrais pour moi qu'une ainsi faite!

--«Mon bon Jeannot, aime-moi seulement,» Reprit la Fée; «il n'est point de tendresses Et de baisers et de bonnes caresses, Que je ne fasse à mon fidèle amant. Aime-moi bien, puisque je suis jolie, Aime-moi bien aussi, pour ma bonté. Je suis liée à cet arbre enchanté: Romps, en m'aimant, le charme qui me lie.»

«Je ne dis non,» fit l'autre, «et je m'en vais Tout droit conter notre cas à ma mère. Conseil ne nuit: l'on cueille pomme amère Sans que pourtant le pommier soit mauvais.»

Il fut conter la chose toute telle, Riant, pleurant, amoureux et dispos. Du coup, sa Mère en laissa choir deux pots Qu'elle tenait.

--«Eh! mon gars,» lui dit-elle, «Fais à ton gré. Ce nous est grand honneur. Va, mon garçon, et pousse l'aventure. Nous aurons gens, malgré notre roture, Pour nous donner bientôt du Monseigneur!»

Elle rêvait déjà vaisselle plate, Non plus salé, mais belle venaison, Vin en tonneaux et le linge à foison, Cotte de soie et robe d'écarlate.

Jeannot courut.

L'aurore jusqu'aux cieux Avait poussé sa lueur roselée; La Fée était bel et bien envolée Et tout le Bois rose et silencieux.

Moralité

Ne tardez pas, quand l'heure heureuse sonne, Gentils amants. Aimez-vous sans façon. Le bel Amour n'a besoin de leçon, Le bel Amour ne consulte personne.

L'Infante avait seize printemps, Dont je vous veux conter la vie. La légende que j'ai suivie Fait régner son père du temps Que l'histoire n'était écrite; Il n'importe. Mais je voudrais Faire aimer ses gentils attraits Selon leur grâce et leur mérite.

Belle-Mignonne était son nom: Ce nom, s'il faut que j'en raisonne, Venait de ce que sa personne N'avait trait qui ne fut mignon. Parmi les plus belles merveilles, Il n'était point telle beauté, Tant que chaque Prince invité N'avait plus que soucis et veilles. Ils amenaient de grands présents En or, joyaux et haquenées, En étoffes bien façonnées, En santal, myrrhe et grains d'encens, Ce qui faisait bien mieux l'affaire Du Roi que les maigres cadeaux Qu'en sonnets, dizains et rondeaux, Les Poètes lui venaient faire.

Parmi tous ces beaux fils de Roi, Etait un pauvre petit page; Il n'avait aucun équipage, Or, ni joyaux, ni palefroi: Le rang ne vaut âme bien faite. Son nom de page était Parfait, De ce que son âme, en effet, Comme sa mine, était parfaite.

L'Infante l'aimait en secret, Bien qu'encore aucune parole, Bouquet parlant ou banderole Eût assuré l'amant discret, Et notre amant, mélancolique, D'autre part, ne pouvait oser A si grande Dame exposer Sa très amoureuse supplique. Ils faisaient pourtant de grands voeux, Ne voulant qu'être unis ensemble. Tout en n'avouant rien, ce semble, Ne peut-on compter pour aveux Rougeur et trouble en l'attitude Qui ne trompe le bien-aimé, Et par coup d'oeil à point nommé Leur bienheureuse inquiétude?

Sachez, sans aller plus avant, Que Mignonne eut à sa naissance, D'une Fée, unique en puissance, En magie et charme savant, Le joli don de faire naître, Sous ses pas, des fleurs à foison, En tout temps et toute saison, Quand Amour se ferait connaître. Notre Marraine avait été Malicieuse autant que bonne, En cela contraire à Sorbonne, Qui n'a malice ni bonté.

Il advint, comme bien on pense, Qu'à son fait, petit à petit, Leur même désir aboutit, Et qu'Amour eut sa récompense: Le page reçut, un beau jour, Un message de sa maîtresse, Qui lui mandait, par lettre expresse, De l'attendre au pied de sa tour, Qu'elle descendrait à sa vue, Et que le soir même elle irait, Avec le Page, où Dieu voudrait. Et de son seul amour pourvue. Dans un pli de satin léger L'Infante enferma son message, Et quelque linot de passage Fut au Page bon messager.

La rencontre eut lieu, j'imagine. Et, cette nuit-là, par les champs Il fut dit bien des mots touchants, Et bien baisé deux mains d'hermine. --Laissons-les, où qu'ils soient allés: Dès l'aube, une route fleurie Vers nos amants, en ma féerie, Nous conduira, si vous voulez; Car le don que de sa Marraine Eut Belle-Mignonne en naissant Fit que ses pieds allaient traçant Un beau chemin de fleurs, sans graine.

Chacun de ses pas amoureux Avait fait naître oeillets, pervenches, Roses roses, rouges et blanches. Pavots divers et lys nombreux, Et naître mauves, pâquerettes, Herbe aux perles, reines des prés, Hyacinthes, glaïeuls pourprés, Folle avoine aux folles aigrettes, Et naître encore serpolets, Muguets, sauges et véroniques, Pivoines aux rouges tuniques, Soleils d'or, iris violets, Et roselettes centaurées, Basilics aux parfums troublants, Menthes, liserons bleus ou blancs Et belles-de-nuit azurées, --Et, s'il fallait dire en tout point Les fleurs qu'elle avait fait éclore, Pas plus que les jardins de Flore, Mon jardin n'y suffirait point.

Quand les servantes éveillées Virent jusqu'aux horizons bleus Ce beau chemin miraculeux, Du haut des tours ensoleillées, En hâte, aux Dames du palais Elles furent conter la chose, Et les Princes, pour même cause, Furent cherchés par leurs valets. Ce fut un grand remue-ménage Dans le château, jusqu'à ce point Qu'ayant mis son plus beau pourpoint, Le Roi fut du pèlerinage. La Cour entière par les prés Marchait en bel ordre à sa suite, Suivant nos amants et leur fuite En tous ses détours diaprés.

La surprise était infinie De ce que ce nouveau printemps Foisonnât de fleurs dans le temps Qu'il n'est aux champs qu'herbe jaunie.

Or cet admirable chemin Menait à la forêt prochaine: Il n'était charme, orme, if ou chêne Qui ne fût tendu de jasmin, De chèvre-feuille, de glycine, De vigne vierge et d'autres fleurs, Mêlant et tramant leurs couleurs, D'une branche à l'autre voisine. Tant et si bien, qu'en ces beaux lieux Ce n'est plus, comme en l'entourage, Forêt d'automne sans ombrage, Mais plutôt palais merveilleux, Aux murs faits de branches taillées, Et bâtis de fleurs en arceaux Où chantaient de rares Oiseaux, Sur des corniches de feuillées.

De leurs cent voix, l'écho chanteur Salua le Roi dès l'entrée, Dont l'âme encor fut pénétrée D'une même et fraiche senteur, Laquelle était si bien formée De tant de parfums différents, Qu'à mon embarras je comprends Qu'aucun auteur ne l'ait nommée. Le Roi, du portail, pas à pas Poussa jusques aux galeries Où figuraient ses armoiries De lys sur ne-m'oubliez-pas. Il fut touché de cet hommage De Fée à Monarque, d'autant Que les Oiseaux allaient chantant Ses hauts faits en humain ramage.

Les Oiseaux avaient leur secret Qui le précédaient par volée, Le menant d'allée en allée, De salon en grotte et retrait. Toute la noble multitude Cueillait des fleurs, chemin faisant, Et l'on parvint, en devisant De solitude en solitude, Jusqu'à l'Antre d'or où, parmi Des fleurs plus blanches que nature, Mignonne, en belle créature, Dormait près du Page endormi.

Le Roi ne contint sa colère Devant ce spectacle nouveau: Tel cas à son royal cerveau Ne pouvait, vraiment, que déplaire. Et tout, dans le premier moment, En voyant ce tableau coupable. Il aurait bien été capable D'ordonner qu'on pendît l'amant. N'était-ce point un pauvre sire, N'ayant sou, ni maille, ni nom, Si mince et petit compagnon Qu'écuyer n'eut daigné l'occire!

Ils étaient pourtant beaux ainsi, Tête contre tête penchée, Chevelure en blonde jonchée, Et bras enlacés à merci. Ils souriaient, et dans leur rêve, Aussi charmant qu'eux et léger, Ils semblaient encor prolonger L'heure aux amants toujours trop brève; Car ils balbutiaient entre eux Des mots si doux de voix si tendre, Qu'aux bois il n'est plus doux d'entendre Ensemble ramiers amoureux. --«Je vous aime, Belle-Mignonne;» --«Je vous aime, Page-Parfait;» Redisaient-ils. Amour de fait Autrement ni plus ne jargonne.

Le bel Amour n'a jamais tort. Le Roi pouvait-il d'aventure Empêcher que, contre nature, Amant aimé fût le plus fort? Contre ouragan, feu, fer et flamme, Contre vent, marée et fureurs, Poisons, serpents, rois, empereurs, Prévaut force aimante de l'âme. Notre Roi donc, bien qu'à regret Et bien qu'il perdit l'assurance Des grands présents qu'en espérance Chaque Prince à sa fille offrait (Ce dont il faisait le décompte), Consentit bien à les unir, Ainsi qu'il devait advenir De la façon que je raconte. Tout bon courtisan approuva, Quoiqu'il en eût de jalousie. Il n'est royale fantaisie Qu'on ne suive comme elle va: Aussi fut-ce chants d'hymenée, Fleurs en bouquets et compliments Autour du réveil des amants Et de leur grand'joie étonnée.

Les noces durèrent trois mois: Il faudrait pour les conter telles Les belles Muses immortelles De Ronsard, le grand Vendomois. Sachez seulement que la Reine Et le Roi n'oublièrent pas De faire prier au repas La malicieuse Marraine.

Moralité

Ce chemin de fleurs peut montrer, Si ma fable vous embarrasse, Qu'Amour laisse après soi sa trace; Et d'où je veux encor tirer Qu'Amour est chose si fleurie. Qu'il ne se peut longtemps cacher, Ni ses belles fleurs empêcher D'être telles qu'on s'en récrie.

Comment Sauce-fleurie Aima Le Fils Du Roi

Alors vivait sans crédit ni richesse Une Fée humble et seule; car il est Des rangs parmi ces Dames, s'il vous plaît, Comme, chez nous, de vilaine à duchesse. Bien qu'elle n'eût ni renom ni pouvoir Et qu'elle fut pauvre en sa confrérie, Pauvre jusqu'au besoin, Sauge-Fleurie --Tel est son nom--était charmante à voir. Au bord d'un lac tout fleuri de jonquilles, Elle habitait le tronc d'un saule creux Et ne quittait son réduit ténébreux Plus que ne font les perles leurs coquilles. Mais un beau jour que, chassant par le bois Avec sa meute un superbe équipage, Le fils du Roi menait à grand tapage Du bois au lac un dix cors aux abois, Pour voir les chiens et la belle poursuite Et les pourpoints brillants des cavaliers, Elle quitta son arbre, et des halliers Voyait passer le Prince avec sa suite. Le Fils du Roi, qui saluait déjà (Car c'est de Fée à Prince assez l'usage) En voyant mieux un si charmant visage, S'arrêta court et la dévisagea. Sauge, sans plus se cacher dans les branches, En le voyant si beau, de son côté Le regardait devant elle arrêté, Droit dans les yeux de ses prunelles franches.

Naïf amour par pudeur s'enhardit: Le Fils du Roi baissa les yeux par contre; Chacun s'en fut méditant la rencontre: --Tous deux s'aimaient et ne s'étaient rien dit.

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