Storieta
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Le débutant Ouvrage enrichi de nombreux dessins de Busnel, de deux dessins... et d'un portrait de l'auteur par St-Charles Roman de moeurs du journalisme et de la politique dans la province de Québec

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Le débutant Ouvrage enrichi de nombreux dessins de Busnel, de deux dessins... et d'un portrait de l'auteur par St-Charles Roman de moeurs du journalisme et de la politique dans la province de Québec

by Arsène Bessette

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In: FR Littérature·Novels·French Literature

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Aux Champs

A douze ans, Paul Mirot aimait mademoiselle Georgette Jobin, l'institutrice. Il l'aimait parce qu'elle avait de grands yeux noirs et la peau blanche, la taille souple et le geste gracieux, bref, parce que c'était une belle fille. Il est vrai qu'elle était bonne pour lui, qu'elle le traitait en favori, parce que l'admiration de cet enfant pour sa beauté, la touchait comme un hommage sincère, sans l'ombre d'une mauvaise pensée. Souvent elle le gardait après la classe, l'amenait chez-elle, le prenait sur ses genoux et le faisait causer. Le petit homme appuyait sa tête blonde sur cette poitrine aux contours provocants, respirait avec délices le parfum de cette chair de femme et tâchait de dire des choses jolies pour qu'on lui permit de rester plus longtemps, comme cela, à la même place. Et c'était toujours avec peine qu'il voyait approcher le moment où sa grande amie le remettait debout en lui disant: "Maintenant, mon petit, file vite, on pourrait être inquiet chez-vous." Elle lui donnait un bon baiser de ses lèvres chaudes et il s'en allait avec l'impression de cette caresse, qui durait jusqu'au lendemain.

Cet amour était toute sa vie, du reste, car chez l'oncle Batèche, qui l'avait recueilli orphelin, à quatre ans, l'existence n'était pas gaie. L'oncle n'était pas méchant, mais il avait ses "opinions", des opinions que lui seul comprenait et qu'il s'efforçait d'imposer, chez-lui pour se venger des rebuffades essuyées au conseil municipal de la paroisse, dont il était l'un des plus beaux ornements. A cet enfant de douze ans, il voulait inculquer des principes sévères de vertu chrétienne en même temps que le goût de la culture de la betterave, dont il aurait fait la grande industrie du pays, si on avait voulu l'écouter au conseil. Paul préférait les amusements de son âge, à ces discours sans suite; mais, il lui était impossible de s'échapper avant l'heure où le bonhomme partait pour son champ, ou bien s'en allait autre part. La tante Zoé ne valait guère mieux, comme intelligence, cependant, elle avait plus de bonté de coeur. A sa façon, elle aimait bien le petit qui lui était arrivé tout fait, elle qui n'avait jamais pu rien concevoir, pas plus physiquement que moralement. Quant il était sage, elle lui donnait un morceau de sucre, et la fessée s'il avait sali sa culotte en jouant avec ses camarades d'école.

Tout de même, le ménage Batèche avait une certaine considération pour le neveu, à qui les parents avaient laissé une ferme en mourant, et trois mille dollars d'argent prêté destiné, d'après le testament, aux soins de son enfance et à son éducation. En recueillant l'orphelin, l'oncle avait été chargé de l'administration de ses biens. Il les administrait le plus honnêtement possible, tout en s'appropriant la presque totalité des revenus de la ferme, en compensation de sa mise en valeur. Il y avait aussi la dîme au curé, les taxes municipales, la rente du seigneur à payer. L'argent file si vite.

Un jour Paul confia à sa tante un gros secret: il voulait épouser l'institutrice. La brave femme s'en boucha les oreilles: "C'était-y-possible, à son âge!" Elle se promit de l'envoyer à confesse au plus tôt et ne dit rien. L'enfant, prenant ce silence pour une approbation, crut son projet de mariage parfaitement réalisable, et, déjà, presque réalisé. Ce fut une joie innocente et profonde.

Hélas! au moment où il croyait que ce beau rêve de toujours rester, désormais, dans les bras de sa bien-aimée, allait s'accomplir, il fit la découverte [Illustration] d'une chose affreuse: l'institutrice avait un amoureux, un grand. Il le connaissait bien, c'était Pierre Bluteau, le beau Pierre, comme on l'appelait. Il avait la spécialité des institutrices, ayant fait la cour à toutes celles qui étaient passées par l'école. Il avait même été la cause d'un scandale dont on s'abstenait de parler devant les enfants. Quand il passait sur la route, à la tombée de la nuit, plus d'une honnête femme de cultivateur se disait: "Ben sûr qu'y s'en va voir la maîtresse." Et l'on goûtait, dans cette expression, toute la saveur perverse d'une mauvaise pensée. On s'en confessait pour faire ses Pâques. Il savait tout cela, le petit Mirot, sans trop comprendre de quoi il s'agissait.

Mais c'en était assez pour lui faire pressentir le danger que courait sa séduisante amie. Il aurait voulu la défendre contre ce danger en défendant en même temps son amour. Mais comment faire? Il ne savait pas. Ce qu'il avait sur le coeur, il ne savait pas, non plus, comment l'exprimer. D'ailleurs, depuis quelque temps, l'institutrice le négligeait beaucoup. Il n'allait plus chez-elle après la classe et il ne pouvait lui parler que devant ses petits camarades. Un soir, il voulut la suivre, comme autrefois, elle le renvoya brusquement.

Il en fut malade huit jours.

Quand il revint à l'école, l'institutrice parut à peine avoir remarqué son absence et s'informa distraitement de sa santé. Il en fut profondément blessé, et à partir de ce jour il se livra, avec acharnement au jeu, pendant les récréations. Ses camarades ne lui plaisaient guère, pourtant. Ils étaient, pour la plupart, malpropres, d'une brutalité révoltante et d'intelligence médiocre. Tous le haïssaient, [Illustration] du reste, parce qu'il était aimé de l'institutrice. Il ne se passait pas de jour sans que l'un d'entre eux ne fit un mauvais coup. Tous étaient menteurs, sournois, cherchaient à mettre leurs fautes sur le dos d'autrui, maltraitaient les faibles: une vraie humanité en raccourci. Un jour que le petit Dumas, le plus fort de l'école et le plus redouté, voulut jeter dans la boue un de ses compagnons, enfant chétif et déguenillé, parce qu'il refusait de porter son sac, au retour, après la classe. Paul Mirot prit la défense de l'opprimé et fut battu. Le lendemain, le vaincu de la veille arriva à l'école tenant un bâton dont le bout était armé d'une pointe de fer menaçante. Comme il s'y attendait, tous ses camarades se moquèrent de lui, et le petit Dumas, voulant prouver une seconde fois sa vaillance, s'avança, arrogant, pour lui arracher son bâton.

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