Public-domain ebook
Maman Léo Les Habits Noirs Tome V
by Paul Féval
Language: fr11,962 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: FR Littérature·Crime, Thrillers and Mystery·Novels
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #19919.
Public-domain ebook
by Paul Féval
Language: fr11,962 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: FR Littérature·Crime, Thrillers and Mystery·Novels
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #19919.
Ce premier volume de la série Maman Léo de Paul Féval s’inscrit dans la tradition du roman d’aventures du XIXᵉ siècle, mêlant intrigue policière et spectacle de foire. L’histoire débute en novembre 1838, sous le ciel gris de Paris, où la mort mystérieuse du juge Remy d’Arx vient d’ébranler la ville. Le narrateur nous entraîne immédiatement dans l’effervescence d’un chantier de théâtre itinérant, le « Théâtre Universel et National », où se côtoient artistes peintres, dompteurs de lions et personnages hauts en couleur. Dès les premiers chapitres, le texte décrit avec précision les rues de la capitale, les transformations urbaines sous Louis‑Philippe et les préparatifs d’une représentation grandiose, tout en plantant les bases d’une intrigue où se mêlent secrets, complots et ambitions.
Le style de Féval est typique de la littérature populaire de son époque : un récit dense, ponctué de dialogues vivants, de descriptions détaillées et d’un ton parfois satirique. La langue, riche en références historiques et en vocabulaire de la foire, reflète le goût du XIXᵉ siècle pour le réalisme social et le spectacle. Les lecteurs qui apprécient les romans d’enquête à l’atmosphère parisienne, les intrigues mêlant art et criminalité, ainsi que les amateurs de la prose flamboyante de l’époque, trouveront ici une lecture captivante et pleine de rebondissements.
The opening · free to read
Paris avait son manteau d'hiver; les toits blancs éclataient sous le ciel brumeux, tandis que, dans la rue, piétons et voitures écrasaient la neige grisâtre.
C'était un des premiers jours de novembre, en 1838, un mois après la catastrophe qui termine notre récit, intitulé L'Arme invisible. La mort étrange du juge d'instruction Remy d'Arx, avait jeté un étonnement dans la ville, mais à Paris les étonnements durent peu, et la ville pensait déjà à autre chose.
Ce temps est si près de nous qu'on hésite, en vérité, à dire qu'il ne ressemblait pas tout à fait au temps présent, et pourtant il est bien certain que les changements opérés dans Paris par ces trente dernières années valent pour le moins l'oeuvre d'un siècle.
La publicité des journaux existait; on la trouvait même énorme, presque scandaleuse: elle n'était rien absolument auprès de ce qu'elle est aujourd'hui.
On peut affirmer, sans crainte de se tromper, que nous avons, en 1869, cent carrés de papier imprimés quotidiennement contre dix publiés en 1838.
Ainsi en est-il pour le mouvement prodigieux des démolitions et des constructions.
Sous le règne de Louis-Philippe, Paris tout entier s'irritait ou se réjouissait, selon les goûts de chacun, à la vue de cette humble percée, la rue de Rambuteau, qui passerait maintenant inaperçue.
Les uns s'extasiaient sur la hardiesse de cette oeuvre municipale, les autres prophétisaient la banqueroute prochaine de la ville: c'était la grande bataille d'aujourd'hui qui commençait par une toute petite escarmouche.
Je ne sais pas au juste combien d'années on mit à parfaire cette malheureuse rue de Rambuteau, qui devait être droite et qui eut un coude, célèbre dans les annales judiciaires, mais cela dura terriblement longtemps, et pendant plusieurs hivers, l'espace compris entre l'église Saint-Eustache et le Marais fut complètement impraticable.
On n'allait pas vite alors en fait de bâtisse; ceux qui ont le tort et le chagrin d'être assez vieux pour avoir vu ces choses, peuvent se rappeler quatre ou cinq baraques de saltimbanques, établies à demeure dans un grand terrain, vers l'endroit où la rue Quincampoix coupe la rue de Rambuteau, et qui formèrent là, pendant deux ans au moins et peut-être plus, une petite foire permanente.
Le matin du 5 novembre 1838, par le temps noir et froid qu'il faisait, on achevait la construction de la plus grande de ces baraques, située en avant des autres et qui avait sa façade tournée vers le chemin boueux conduisant à la rue Saint-Denis.
Les gens du quartier qui allaient à leurs affaires ne donnaient pas beaucoup d'attention à l'érection de ce monument, mais trois ou quatre gamins, renonçant aux billes pour réchauffer leurs mains dans leurs poches, rôdaient au-devant du perron en planches qui montait à la galerie, et s'entretenaient avec intérêt de l'ouverture prochaine du Grand Théâtre Universel et National, dirigé par Mme Samayoux, première dompteuse des capitales de l'Europe.
On parlait surtout de son lion, qui était arrivé, la veille, dans une caisse énorme, percée de petits trous, et qui avait rugi pendant qu'on le déballait.
La porte de la baraque était, bien entendu, fermée pour cause d'installation et d'aménagements intérieurs. Un large écriteau disait même sur la devanture: «Le public n'entre pas ici.»
Mais comme nous avons l'honneur d'être parmi les amis de la célèbre dompteuse, nous prendrons la liberté de soulever le lambeau de toile goudronnée qui servait de portière, et nous entrerons chez elle sans façon.
C'était un carré long, très vaste, et qu'on achevait de couvrir en clouant les planches de la toiture. Il n'y avait point encore de banquettes dans la salle, mais le théâtre était déjà installé en partie, et des ouvriers, juchés tout en haut de leurs échelles, peignaient les frises et le manteau d'Arlequin.
D'autres barbouilleurs s'occupaient du rideau étendu sur le plancher même de la scène.
Au centre de la salle, un poêle de fonte ronflait, chauffé au rouge; auprès du poêle, une petite table supportait trois ou quatre verres, des chopes et un album de dimension assez volumineuse, dont la couverture en carton était abondamment souillée.
L'un des verres restait plein; les deux autres, à moitié bus, appartenaient à Mme veuve Samayoux, maîtresse de céans, et à un homme de haute taille, portant la moustache en brosse et la redingote boutonnée jusqu'au menton, qui se nommait M. Gondrequin.
Le troisième verre, celui qui était plein, attendait M. Baruque, collègue de M. Gondrequin, qui travaillait en ce moment au haut de l'échelle.
M. Gondrequin et M. Baruque étaient deux artistes peintres bien connus, on pourrait même dire célèbres parmi les directeurs des théâtres forains. Ils appartenaient au fameux atelier Coeur d'Acier, d'où sont sortis presque tous les chefs-d'oeuvre destinés à tirer l'oeil au-devant des baraques de la foire.
M. Baruque, petit homme de cinquante ans, maigre, sec et froid, abattait la besogne; son surnom d'atelier était Rudaupoil.
M. Gondrequin, dit Militaire, quoiqu'il n'eût jamais servi, à cause de sa tournure et de ses prédilections pour les choses martiales, donnait le coup du maître au tableau, «le fion», et se chargeait surtout d'embêter la pratique.
Il mettait son foulard en coton rouge dans la poche de côté de sa redingote, et en laissait passer un petit bout à sa boutonnière--par mégarde-, ce qui le décorait de la Légion d'honneur.
Il avait du brillant et de l'agrément dans l'esprit, malgré sa manie de jouer à l'ancien sous-officier, et se vantait volontiers d'avoir attiré bien des kilomètres de commande à l'atelier par la rondeur aimable de son caractère.
En ce moment, il venait d'ouvrir l'album graisseux et montrait à Mme Samayoux, dont la bonne grosse figure avait une expression de mélancolie, des sujets de tableaux à choisir pour orner le devant de son théâtre.
Dans tout le reste de la baraque, c'était une activité confuse et singulièrement bruyante; on faisait tout à la fois; les principaux sujets de la troupe, transformés en tapissiers, clouaient des guenilles autour des murailles ou disposaient en faisceaux des gerbes d'étendards, non conquis sur l'étranger.
Jupiter, dit Fleur-de-Lys, jeune Noir qui avait été fils de roi dans son pays et décrotteur auprès de la Porte-Saint-Martin, exerçait un talent naissant qu'il avait sur le tambour; Mlle Colombe cassait les reins de sa petite soeur et lui désossait proprement les rotules. L'enfant avait de l'avenir.
Elle pouvait déjà rester trois minutes la tête contre-passée en arrière entre ses deux jambes, et jouer ainsi un petit air de trompette.
Pendant la fanfare, Mlle Colombe essayait quelques coups de sabre avec un pauvre diable à laideur prétentieuse, que coiffait un chapeau gris planté de côté sur ses cheveux jaunes et plats.
Celui-là se tenait assez bien sous les armes. Quand Mlle Colombe reprenait sa petite soeur, il allait à deux grosses filles rougeaudes qui déjeunaient avec deux énormes tranches de pain beurrées de raisiné, et leur donnait des leçons de danse américaine.
--Plus tard, disait-il aux deux rougeaudes, qui suivaient ses indications avec une paresse maussade, quand le succès aura récompensé vos efforts, vous pourrez vous vanter d'avoir eu les leçons d'un jeune homme qui en possède tous les brevets de pointe, contre-pointe, entrechats, respect aux dames, honneur et patrie, et vous pourrez passer partout rien qu'en disant: Nous sommes les élèves du seul Amédée Similor!
Le lecteur se souvient peut-être des deux postulants qui s'étaient présentés à Léocadie Samayoux, dans son ancienne baraque de la place Valhubert, le soir même de l'arrivée de Maurice Pagès revenant d'Afrique.
Léocadie, tout entière à la joie de revoir son lieutenant, avait renvoyé les deux candidats avec l'enfant que le pauvre Échalot portait dans sa gibecière, mais l'offre de ce brave garçon, consentant à jouer le rôle de phoque pour nourrir son petit, avait touché le coeur sensible de la dompteuse.
Au moment de se lancer dans les grandes affaires et de monter «une mécanique» comme on n'en avait jamais vu en foire, Léocadie, qui se réfugiait dans l'ambition pour fuir ses peines de coeur, s'était souvenue de ses protégés.
La famille entière, composée des deux pères et de l'enfant, était engagée, et nous n'avons vu encore qu'une faible portion des services qu'on attendait de Similor, artiste à tout faire.
Quant à Échalot, malgré sa modestie, ses talents s'étaient affirmés déjà.
En sa qualité d'ancien apothicaire, il avait entrepris à forfait la guérison du lion rhumatisant et podagre, qui arrivait, non point de Londres, mais de l'infirmerie des chiens à Clignancourt.
Le lion était là comme tout le monde. Il n'avait plus de cage, une simple ficelle attachait sa vieillesse caduque à un clou fiché dans les planches.
Il avait dû être magnifique autrefois, ce seigneur des déserts africains; c'était un mâle de la plus grande taille, mais on aurait pu le prendre maintenant pour un monstrueux amas d'étoupes, jetées pêle-mêle sur un lit de paille.
The book keeps going
Reading is free forever. Sign up and watch scenes appear while you read.



Scenes Storieta drew for other classics.
New illustrated classics
Once or twice a month: the latest books to get full character casts, scene art, and free comic editions. No account needed.