Storieta
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About this book

Cette œuvre est la tragédie historique d’Henri V, roi d’Angleterre, qui retrace les intrigues politiques, les négociations diplomatiques et les préparatifs de guerre qui mènent le souverain à affronter la France. Le texte s’ouvre sur un commentaire qui défend la pièce contre les critiques, puis introduit le chœur qui demande au public d’imaginer les vastes champs de bataille et les couronnements royaux dans le cadre restreint d’une scène. Les premiers actes, décrits comme « simples, rapides, animés », mettent en scène le roi, ses ducs et les prélats anglais dans des dialogues où se mêlent questions de légitimité, de loi salique et de stratégies militaires, le tout ponctué de remarques humoristiques sur des personnages comme Fluellen.

Le style est typiquement élisabéthain : une prose riche en métaphores, un usage fréquent du chœur pour commenter l’action, et une langue qui oscille entre le solennel et le comique. Le texte reflète le théâtre du début du XVIIᵉ siècle, avec ses conventions de temps et de lieu compressés. Les amateurs de drames historiques, les passionnés de la période médiévale anglaise et ceux qui apprécient la profondeur morale de Shakespeare y trouveront un mélange d’action politique et de poésie dramatique.

Characters in Henri V

  • Henri VYoung English king, dark hair, regal bearing, crown and embroidered doublet, 15th‑century armor
  • FluellenStout Welsh officer, round face, red beard, Welsh hat, leather jerkin, sword at side

The opening · free to read

Notice Sur Henri V

C'est à tort que la plupart des critiques ont regardé Henri V comme l'un des plus faibles ouvrages de Shakspeare. Le cinquième acte, il est vrai, est vide et froid, et les conversations qui le remplissent ont aussi peu de mérite poétique que d'intérêt dramatique. Mais la marche des quatre premiers actes est simple, rapide, animée; les événements de l'histoire, plans de gouvernement ou de conquête, complots, négociations, guerres, s'y transforment sans effort en scènes de théâtre pleines de vie et d'effet; si les caractères sont peu développés, ils sont bien dessinés et bien soutenus; et le double génie de Shakspeare, moraliste profond et poëte brillant, même dans les formes pénibles et bizarres qu'il donne à sa pensée et à son imagination, y conserve son abondance et son éclat.

On rencontre aussi, dans les paroles du choeur qui remplit les entr'actes, des preuves remarquables du bon sens de Shakspeare et de l'instinct qui lui faisait sentir les inconvénients de son système dramatique: «Permettez, dit-il aux spectateurs dès le début de la pièce, que nous fassions travailler la force de votre imagination.... C'est à votre pensée à créer en ce moment nos rois pour les transporter d'un lieu à l'autre, franchissant les temps et resserrant les événements de plusieurs années dans l'espace d'une heure.» Et ailleurs: «Accordez-nous votre patience et pardonnez l'abus du changement de lieu auquel nous sommes réduits pour resserrer la pièce dans son cadre.»

La partie populaire et comique du drame, bien que la verve originale de Falstaff n'y soit plus, offre des scènes d'une gaieté parfaitement naturelle, et le Gallois Fluellen est un modèle de ce bavardage militaire sérieux, naïf, intarissable, inattendu et moqueur, qui excite en même temps le rire et la sympathie.

Personnages

LE ROI HENRI V. LE DUC DE GLOCESTER, } frères LE DUC DE BEDFORD, } du roi. LE DUC D'EXETER, oncle du roi. LE DUC D'YORK. LE COMTE DE SALISBURY. LE COMTE DE WESTMORELAND. LE COMTE DE WARWICK. L'ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY L'ÉVÊQUE D'ELY.

LE COMTE DE CAMBRIDGE, } conspirateurs LE LORD SCROOP, } contre le roi. SIR THOMAS GREY, }

SIR THOMAS ERPINGHAM, } GOWER, } officiers de FLUELLEN, } l'armée du roi MACMORRIS, } JAMY, } BATES, COURT, WILLIAMS, soldats anglais. PISTOL, NYM, BARDOLPH, anciens serviteurs de Falstaff, et aujourd'hui soldats. CHARLES VI, roi de France. LOUIS, dauphin. LE DUC DE BOURGOGNE, LE DUC D'ORLÉANS, LE DUC DE BOURBON, LE CONNETABLE,

RAMBURES, } seigneurs GRAND PRÉ, } français.

LE GOUVERNEUR d'Harfleur. MONTJOIE, héraut d'armes français. AMBASSADEURS députés vers le roi d'Angleterre. ISABELLE, reine de France. CATHERINE, fille de Charles et d'Isabelle. ALIX, dame française de la suite de la princesse Catherine. QUICKLY, épouse de Pistol, aubergiste.

CHOEUR.

Lords, courriers, soldats français, anglais, etc.

La scène, au commencement de la pièce, est en Angleterre, ensuite toujours en France.

LE CHOEUR.

Oh! si j'avais une muse de feu qui pût s'élever jusqu'au ciel le plus brillant de l'invention! un royaume pour théâtre, des princes pour acteurs, et des monarques pour spectateurs de cette sublime scène, c'est alors qu'on verrait le belliqueux Henri, sous ses traits naturels, avec la majesté du dieu Mars, menant en laisse, comme des limiers, la famine, la guerre et l'incendie qui ramperaient à ses pieds, pour demander de l'emploi. Mais, pardonnez, indulgente assemblée; pardonnez à l'impuissance du talent, qui a osé, sur ces planches indignes, exposer à la vue un objet si grand. Cette arène à combats de coqs peut-elle contenir les vastes plaines de la France? pouvons-nous entasser dans cet O[1] de bois tous les milliers de casques qui épouvantèrent le ciel d'Azincourt? Pardonnez, si un chiffre si minime doit représenter ici, sur un petit espace, un million. Permettez que, remplissant l'office des zéros dans cet énorme calcul, nous fassions travailler la force de votre imagination. Supposez qu'en ce moment, dans l'enceinte de ces murs, sont enfermées deux puissantes monarchies, dont les fronts levés et menaçants, l'un contre l'autre opposés, ne sont séparés que par l'Océan, étroit et périlleux: réparez par vos pensées toutes nos imperfections: divisez un homme en mille parties; et voyez en lui une armée imaginaire: figurez-vous, lorsque nous parlons des coursiers, que vous les voyez imprimer leurs pieds superbes sur le sein foulé de la terre. C'est à votre pensée à orner en ce moment nos rois; qu'elle les transporte d'un lieu dans un autre, qu'elle franchisse les barrières du temps, et resserre les événements de plusieurs années dans la durée d'une heure. Pour suppléer aux lacunes, souffrez qu'un choeur complète les récits de cette histoire: c'est lui qui, dans cet instant, tenant la place du prologue, implore votre attention patiente, et vous prie d'écouter et de juger la pièce avec indulgence.

[Note 1: O, lettre de l'alphabet. Allusion à la forme circulaire de cette lettre.]

CANTORBÉRY.--Milord, je puis vous dire qu'on presse vivement la signature de ce même bill, qui aurait suivant toute apparence, et même infailliblement passé contre nous, la onzième année du règne du feu roi, si l'agitation de ces temps de trouble n'en avait interrompu l'examen.

ÉLY.--Mais, milord, quel obstacle lui opposerons-nous aujourd'hui?

CANTORBÉRY.--C'est à quoi il faut réfléchir. Si ce bill passe contre nous, nous perdons la plus belle moitié de nos domaines: car toutes les terres laïques, que la piété des mourants a données par testament à l'Église, nous seront enlevées. Voici la taxe: d'abord une somme suffisante pour entretenir, à l'honneur du roi, jusqu'à quinze comtes, quinze cents chevaliers et six mille deux cents bons gentilshommes; ensuite, pour le soulagement des pestiférés et des pauvres vieillards infirmes et languissants, dont le grand âge et le corps se refusent aux travaux, cent hôpitaux bien pourvus, bien entretenus; et de plus encore, pour les coffres du roi, mille livres sterling par an: telle est la teneur du bill.

ÉLY.--Ce serait presque épuiser la caisse.

CANTORBÉRY.--Ce serait la mettre à sec.

ÉLY.--Mais quel moyen de l'empêcher?

CANTORBÉRY.--Le roi est généreux et plein d'égards.

ÉLY.--Et ami sincère de la sainte Église.

CANTORBÉRY.--Ce n'était pas là ce que promettaient les écarts de sa jeunesse. Le dernier souffle de la vie n'a pas plutôt abandonné le corps de son père, que sa folie, mortifiée en lui, sembla expirer aussi: oui, au même moment, la raison, comme un ange descendu du ciel, vint et chassa de son sein le coupable Adam. Son âme épurée redevint un paradis, où rentrèrent les esprits célestes. Jamais jeune homme ne devint sitôt homme fait; jamais la réforme ne vint d'un cours plus soudain balayer tous les défauts: jamais le vice, cette hydre aux têtes renaissantes, ne perdit si promptement et son trône et tout à la fois.

ÉLY.--Ce changement est béni pour nous.

CANTORBÉRY.--Entendez-le raisonner en théologie, et tout rempli d'admiration, vous souhaiterez en vous-même, que le roi fût un prélat: écoutez-le discuter les affaires de l'Etat, et vous direz qu'il en a fait sa seule étude: s'il parle guerre, vous croyez assister à une bataille, mise pour vous en musique; mettez-le sur tous les problèmes de la politique, il vous en dénouera le noeud gordien, aussi facilement que sa jarretière; aussi, lorsqu'il parle, l'air, contenu dans sa licence, reste calme, et l'admiration muette veille dans l'oreille de ses auditeurs pour saisir les maximes qui sortent de sa bouche, aussi douces que le miel. Il paraît impossible que l'exercice et la pratique n'aient pas servi de maîtres à sa théorie profonde; et ce qui est merveilleux, c'est comment Son Altesse a pu recueillir cette ample moisson, lui dont la jeunesse était livrée à toutes les vaines folies; lui dont les associés étaient illettrés, grossiers et frivoles; lui dont les heures étaient remplies par les festins, par les jeux et la débauche; lui que jamais on n'a vu appliqué à aucune étude; jamais seul dans la retraite, jamais loin du bruit et de la foule.

ÉLY.--La fraise croît sous l'ombre de l'ortie, et c'est dans le voisinage des fruits les plus communs que les plantes salutaires s'élèvent et mûrissent le mieux; ainsi le prince a caché sa raison sous le voile de la dissipation; c'est ainsi qu'elle a crû, n'en doutez pas, comme le gazon d'été, dont les progrès sont plus rapides la nuit, quoique invisibles.

CANTORBÉRY.--Il faut bien que cela soit; car les miracles ont cessé, et nous sommes obligés de croire aux moyens qui amènent les choses à la perfection.

ÉLY.--Mais, mon bon lord, quel moyen de mitiger ce bill que sollicitent les communes? Sa Majesté penche-t-elle pour ou contre?

CANTORBÉRY.--Le roi paraît indifférent, ou plutôt il semble incliner beaucoup plus de notre côté, que favoriser le parti qui le propose contre nous; car j'ai fait une offre à Sa Majesté, au sujet de la convocation de notre assemblée ecclésiastique, et par rapport aux objets dont on s'occupe actuellement, qui concernent la France, de lui donner une somme plus forte que n'en a jamais accordé le clergé à aucun de ses prédécesseurs.

ÉLY.--Et de quel air a-t-il paru recevoir cette offre?

CANTORBÉRY.--Le roi l'a favorablement accueillie; mais le temps a manqué pour entendre (comme je me suis aperçu que Sa Majesté l'aurait désiré) la filiation claire et suivie de ses titres divers et légitimes à certains duchés, et généralement à la couronne et au trône de France, en remontant à Édouard, son bisaïeul.

ÉLY.--Et quelle cause a donc interrompu cette discussion?

CANTORBÉRY.--A cet instant même, l'ambassadeur de France a demandé audience; et l'heure où on doit l'entendre est, je pense, arrivée. Est-il quatre heures?

ÉLY.--Oui.

CANTORBÉRY.--Entrons donc pour connaître le sujet de son ambassade, que je pourrais, je crois, par une conjecture certaine, déclarer avant même que le Français ait ouvert la bouche.

ÉLY.--Je veux vous suivre, et je suis impatient de l'entendre.

(Ils sortent.)

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