Storieta
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About this book

Cette pièce de Shakespeare, tirée de la trilogie sur le roi Henri VI, s’ouvre sur une scène de cour où le souverain accueille la reine Marguerite avec un discours d’amour et de gratitude, avant de passer à la négociation d’un traité de paix avec le roi de France. Le texte mêle les discours du roi, les échanges entre les nobles – Suffolk, Glocester, York, Warwick, Somerset et d’autres – et les commentaires du cardinal, tout en exposant les tensions politiques autour du mariage de Marguerite, des concessions territoriales et des rivalités entre les ducs. Le ton est chargé de solennité et de manœuvres de pouvoir, annonçant les conflits qui agitent l’Angleterre et la France au cœur de la pièce.

Le style est typiquement élisabéthain : vers richement enjambés, rhétorique flamboyante et dialogues en prose et en vers qui reflètent la langue française de l’époque. La langue, bien que traduite, conserve la densité et la complexité des personnages historiques. Les amateurs de drames historiques, de tragédies politiques et de la langue dramatique de Shakespeare, ainsi que les passionnés d’histoire médiévale anglaise, apprécieront la profondeur des intrigues de cour et la puissance oratoire qui caractérisent ce texte.

Characters in Henri VI (2/3)

  • King Henry VIYoung king in early 15th‑century English regalia, golden crown, long hair, solemn face, velvet mantle
  • Queen MargaretElegant queen of Anjou, dark hair braided, jeweled headdress, rich crimson gown, dignified bearing
  • SuffolkDuke of Suffolk, middle‑aged noble, trimmed beard, fur-lined coat, padded hat, authoritative posture

The opening · free to read

LE ROI.--Suffolk, levez-vous,--reine Marguerite, soyez la bienvenue. Je ne puis vous donner de mon amour un gage plus tendre que ce tendre baiser.--O toi, mon Dieu, qui me prêtes la vie, prête-moi aussi un coeur plein de reconnaissance! Car tu as donné à mon âme, dans cet objet plein de charmes, un monde de félicités terrestres, si tu permets que la sympathie unisse nos pensées dans un mutuel amour.

MARGUERITE.--Grand roi d'Angleterre, et mon gracieux seigneur, le jour ou la nuit, éveillée, ou dans mes songes, au milieu de la cour, ou en faisant mes prières, je me suis si souvent entretenue dans ma pensée avec vous, mon souverain chéri, que j'en deviens plus hardie à saluer mon roi dans un langage sans art, tel qu'il se présente à mon esprit, et que me l'inspire la joie dont déborde mon coeur.

LE ROI.--Sa beauté ravit, mais la grâce de ses discours, ses paroles qu'embellit la majesté de la sagesse, me font passer de l'admiration aux larmes de la joie, tant mon coeur est plein de son bonheur!--Lords, que vos joyeuses voix saluent unanimement ma bien-aimée.

TOUS LES PAIRS.--Longue vie à la reine Marguerite, la joie de l'Angleterre!

MARGUERITE.--Nous vous rendons grâces à tous.

(Fanfares.)

SUFFOLK, au duc de Glocester.--Lord protecteur, permettez-moi de présenter à Votre Grâce les articles de la paix contractée entre notre souverain et Charles, roi de France, et conclue, d'un commun accord, pour l'espace de dix-huit mois.

GLOCESTER lit.--«_Imprimis_, il est convenu, entre le roi français Charles[1] et William de la Pole, marquis de Suffolk, ambassadeur de Henri, roi d'Angleterre, que ledit Henri épousera la princesse Marguerite, fille de René, roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem, et la fera couronner reine d'Angleterre, avant le trente de mai prochain.

[Note 1: The French king. Le roi d'Angleterre, dans ce traité, ne reconnaît Charles ni pour roi de France, ni pour roi des Français, mais simplement pour roi français.]

«_Item_. Que le duché d'Anjou et le comté du Maine seront évacués et remis au roi son père.»

LE ROI.--Mon oncle, qu'avez-vous?

GLOCESTER.--Pardonnez, mon gracieux seigneur. Un saisissement soudain a pressé mon coeur et obscurci mes yeux tellement que je ne puis en lire davantage.

LE ROI.--Mon oncle de Winchester, continuez, je vous prie.

LE CARDINAL.--«_Item_. Il est de plus convenu entre eux que les duchés d'Anjou et du Maine seront évacués et remis au roi son père, et que la princesse sera envoyée à Londres, aux frais et dépens du roi d'Angleterre, et sans dot.»

LE ROI.--Je suis satisfait des articles. Lord marquis, mets-toi à genoux. Nous te créons ici premier duc de Suffolk, et te ceignons de l'épée.--Mon cousin d'York, vos fonctions de régent dans nos provinces de France sont suspendues jusqu'à la complète expiration des dix-huit mois.--Je vous remercie, mon oncle de Winchester, Glocester, York, Buckingham, et vous, Somerset, Salisbury et Warwick, des marques d'affection que vous venez de me donner par l'accueil que vous avez fait à ma noble reine. Venez, rentrons et ordonnons avec toute la diligence possible les apprêts de son couronnement.

(Sortent le roi, la reine et Suffolk.)

GLOCESTER.--Braves pairs de l'Angleterre, piliers de l'État, c'est dans votre sein que le duc Humphroy doit déposer le fardeau de sa douleur, de votre douleur, de la douleur commune à toute notre patrie. Eh quoi! mon frère Henri aura donc prodigué, dans les guerres, sa jeunesse, sa valeur, son peuple et ses trésors; il aura si souvent habité en plein champ, en proie, soit au froid de l'hiver, soit aux ardeurs dévorantes de l'été pour conquérir la France, son légitime héritage; et mon frère Bedford aura fatigué son esprit à conserver, par la politique, ce qu'avait conquis Henri; vous-mêmes, Somerset, Buckingham, brave York, Salisbury, et vous, victorieux Warwick, vous aurez reçu de profondes blessures en France et en Normandie; mon oncle Beaufort, et moi-même, avec les sages assemblées du royaume, nous aurons médité si longtemps, tenu conseil durant de longues journées, discutant en tous sens les moyens de tenir dans la soumission la France et les Français; Sa Majesté aura été, dans son enfance, couronnée dans Paris, en dépit de ses ennemis; et tant de travaux, tant d'honneurs vont être perdus! La conquête de Henri, la vigilance de Bedford, vos exploits, tous nos conseils seront perdus! O pairs d'Angleterre, cette alliance est honteuse, ce mariage fatal! Il anéantit votre renommée, efface vos noms du livre de mémoire, détruit les titres de votre gloire, renverse les monuments de la France asservie, et défait tout ce qui a jamais été fait.

LE CARDINAL.--Mon neveu, que signifient ce discours si passionné et les images accumulées dans votre péroraison? La France est à nous, et nous prétendons bien la conserver toujours.

GLOCESTER.--Oui, sans doute, mon oncle, nous la conserverons si nous le pouvons; mais à présent il est impossible que nous le puissions. Suffolk, ce duc de nouvelle fabrique qui fait ici la pluie et le beau temps[2], a donné les duchés du Maine et de l'Anjou à ce pauvre roi René, dont le style boursouflé s'accorde mal avec la maigreur de sa bourse.

[Note 2: That rules the roast, qui gouverne le rôti.]

SALISBURY.--Et par la mort de celui qui mourut pour tous, ces deux comtés étaient les clefs de la Normandie... Mais de quoi pleure Warwick, mon valeureux fils?

WARWICK.--De la douleur de les voir perdus sans retour: car s'il y avait quelque espoir de les reconquérir, mon épée ferait couler un sang fumant et mes yeux ne verseraient point de larmes. Anjou et Maine, c'est moi qui les avais conquis, voilà les bras qui ont assujetti ces provinces; et ces villes que j'ai gagnées par mes blessures, on les rend pour des paroles de paix! Mort-Dieu[3]!

[Note 3: Warwick prononce ce jurement en français.]

YORK.--C'est le duc de Suffolk! Puisse-t-il être étranglé, lui qui ternit l'honneur de cette île belliqueuse! La France eût arraché et déchiré mon coeur, avant qu'on m'eût vu souscrire à ce traité. J'ai vu partout dans l'histoire les rois d'Angleterre recevant avec leurs épouses de fortes sommes d'or, des dots considérables: et notre roi Henri abandonne ce qui lui appartient pour épouser une fille qui n'apporte avec elle aucun avantage.

GLOCESTER.--C'est une vraie plaisanterie, une chose inouïe, que Suffolk demande un quinzième tout entier pour les frais de son transport. Elle eût pu rester en France; elle eût pu mourir de faim en France avant que je....

LE CARDINAL.--Milord Glocester, vous vous échauffez trop; cela s'est fait par le bon plaisir de notre seigneur et roi.

GLOCESTER.--Milord Winchester, je connais vos dispositions: ce ne sont pas mes discours qui vous déplaisent, c'est ma présence qui vous gêne.--Ta haine se fait jour, prélat superbe; je vois ta fureur sur ton visage. Si je restais plus longtemps, nous recommencerions nos anciens démêlés. Adieu, lords; et, quand je ne serai plus, dites que j'ai été prophète: avant peu, la France sera perdue pour nous.

(Il sort.)

LE CARDINAL.--Voilà le protecteur qui nous quitte plein de rage. Vous savez qu'il est mon ennemi; je dirai plus, il est votre ennemi à tous, et je le crois fort peu ami du roi. Faites-y attention, milords, il est le plus proche du trône par le sang et l'héritier présomptif de la couronne d'Angleterre. Quand Henri, par son mariage, aurait acquis un empire et toutes les riches monarchies de l'Occident, Glocester eût encore eu des raisons pour en être mécontent. Prenez-y garde, milords; ne laissez pas séduire vos coeurs par ses paroles insidieuses: soyez prudents et circonspects; car bien qu'il ait la faveur du peuple, qui l'appelle Humphroy, le bon duc de Glocester! frappe des mains et crie à haute voix: Que Jésus conserve Votre Altesse Royale! que Dieu garde le bon duc Humphroy! je crains, milords, qu'avec tout cet éclat flatteur il ne devienne un protecteur dangereux.

BUCKINGHAM.--Pourquoi serait-il le protecteur de notre souverain, maintenant d'âge à se gouverner par lui-même? Mon cousin de Somerset, joignez-vous à moi, et unissons-nous tous deux avec le duc de Suffolk, et nous aurons bientôt fait sauter de son poste le duc Humphroy.

LE CARDINAL.--Cette importante affaire ne souffrira point de délais: je me rends à l'instant chez le duc de Suffolk.

(Il sort.)

SOMERSET.--Cousin de Buckingham, quoique l'orgueil d'Humphroy et l'éclat de sa place ne laissent pas de nous être pénibles, crois-moi, surveillons avec soin ce hautain cardinal: son insolence est plus insupportable que ne le serait celle de tous les autres princes de l'Angleterre. Si Glocester est renversé, c'est lui qui sera protecteur.

BUCKINGHAM.--Toi, Somerset, ou moi, nous devons l'être, en dépit du duc Humphroy et du cardinal.

(Sortent Buckingham et Somerset.)

SALISBURY.--L'orgueil s'est mis le premier en mouvement, l'ambition le suit. Tandis qu'ils vont travailler pour leur fortune, il nous convient de travailler pour le pays. Je n'ai jamais vu Humphroy, duc de Glocester, se conduire autrement qu'il n'appartient à un digne gentilhomme; mais j'ai vu souvent cet orgueilleux cardinal, plus semblable à un soldat qu'à un homme d'église, et aussi fier, aussi hautain que s'il eût été maître de tout, je l'ai vu blasphémer comme un brigand, et se comporter d'une manière bien peu convenable au régulateur d'un empire. Warwick, mon fils, l'appui de ma vieillesse, tes actions, ta franchise, ton hospitalité, t'ont placé dans le coeur de la nation plus haut qu'aucun autre, si ce n'est le bon duc Humphroy. Et vous, mon frère York, vos soins en Irlande, pour soumettre ses habitants au joug régulier des lois[4], et vos derniers exploits dans le coeur de la France, tandis que vous y exerciez la régence au nom de notre souverain, vous ont fait craindre et respecter des peuples. Unissons-nous ensemble, dans la vue du bien public, pour réprimer et contenir, autant qu'il nous sera possible, l'orgueil de Suffolk et du cardinal, ainsi que l'ambition de Somerset et de Buckingham; et soutenons de tout notre pouvoir la marche du duc Humphroy, puisqu'elle tend à l'avantage du pays.

WARWICK.--Que Dieu seconde Warwick, comme il aime la patrie et le bien général de son pays!

YORK.--York en dit autant, car il a plus que personne sujet de le désirer.

SALISBURY.--Ne perdons pas un instant; et voyons où ceci nous mène[5].

[Note 4: Le duc d'York avait épousé une soeur consanguine du comte de Salisbury. Il ne fut vice-roi d'Irlande que quelques années plus tard, comme on le verra dans la suite de cette pièce.]

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