Storieta
English
Save & sign up

The opening · free to read

In-4.[1]

[Note 1: Cette Mazarinade, faite sous une forme qui fut très employée alors, mais rarement avec une verve aussi soutenue, passe pour être d'un prêtre nommé Jean Duval, à qui l'on attribue aussi le Parlement de Pontoise (1652), et qui mourut le 12 décembre 1680. Il se pourroit pourtant que Jean Duval n'y fût pour rien, et que le véritable auteur fût Marigny. Il est du moins certain que quelques uns de ces triolets, sinon tous, sont de ce dernier. Nous les noterons au passage. Sautereau de Marty, dans son Nouveau siècle de Louis XIV, t. 1, p. 153, etc., a donné cette pièce presque tout entière; M. Moreau, dans son Choix de Mazarinades, t. 1, p. 416, n'en a reproduit que vingt-cinq triolets. Il lui donne la date du 4 mars 1649. Il nous dit aussi, dans son excellente Bibliographie des Mazarinades, t. 3, p. 226, nº 3859, qu'il y en eut une 2e édition, s. l. n. d., in-4 de 8 p.]

Quoy donc! Paris est investy? O cieux! qui l'eût jamais pu croire! Le roy mesmes en est sorty. Quoy donc! Paris est investy? Il me faut donc prendre party Pour sauver mes biens et ma gloire. Quoy donc! Paris est investy? O cieux! qui l'eust jamais pu croire!

Parisiens, ne resvez pas tant, La defense est tousjours permise; En ce malheureux accident, Parisiens, ne resvez pas tant. Çà! çà! viste, il faut de l'argent: Donnons tous jusqu'à la chemise. Parisiens, ne resvez pas tant, La defense est tousjours permise.

Il faut estre icy liberaux; Pour sauver la ville alarmée, Choisissons de bons generaux; Il faut estre icy liberaux: Pour nous garantir de tous maux, Faisons une puissante armée; Il faut estre icy liberaux Pour sauver la ville alarmée.

Qu'on taxe, maison par maison, Les petites et grandes portes; N'importe qu'il en couste bon, Qu'on taxe maison par maison. Il est besoin pour la saison Que nos troupes soient les plus fortes: Qu'on taxe, maison par maison, Les petites et grandes portes[2].

En cette juste occasion, Employons nos corps et nos ames; Travaillons avec passion En cette juste occasion; Il faut tout mettre en faction, Enfans, vieillards, hommes et femmes; En cette juste occasion, Employons nos corps et nos ames.

Suivons nostre illustre pasteur[3], On ne peut après luy mal faire; C'est un maître predicateur; Suivons nostre illustre pasteur, Cet autre Paul, ce grand docteur, Que toute l'Eglise revère; Suivons nostre illustre pasteur, On ne peut après luy mal faire.

François, venez tous prendre employ; Montrez icy vostre vaillance, Vous aurez au moins bien de quoy; François, venez tous prendre employ: C'est pour le service du roy Et pour le salut de la France; François, venez tous prendre employ, Monstrez icy vostre vaillance.

Je veux moy-mesme aller aux coups, Moy qui ne suis qu'homme d'estude; Pour donner bon exemple à tous, Je veux moy-mesme aller aux coups; S'il faut mourir je m'y résous, Encor que la mort soit bien rude; Je veux moy-mesme aller aux coups, Moy qui ne suis qu'homme d'estude.

Dieu sera de nostre costé, Puis que nous avons la justice; Qu'on ne soit pas epouvanté, Dieu sera de nostre costé: Le Parlement nous est resté Pour travailler à la police; Dieu sera de nostre costé, Puis que nous avons la justice.

Qu'ils prient bien, nos ennemis, S'ils ont la pieté dans l'ame, Ce sainct devoir leur est permis, Qu'ils prient bien, nos ennemis, Saint Germain, saint Cloud, saint Denys[4]; Nous avons pour nous Nostre-Dame. Qu'ils prient bien, nos ennemis, S'ils ont la pieté dans l'ame.

Ces cruels nous serrent en vain Tout à l'entour de nos murailles, Nous ne sçaurions mourir de faim; Ces cruels nous serrent en vain. Tout chacun trouvera du pain Pour rassasier ses entrailles; Ces cruels nous serrent en vain Tout à l'entour de nos murailles[5].

Nos greniers sont remplis de blé, Qu'on en fasse de la farine; Le peuple a tort d'estre troublé, Nos greniers sont remplis de blé; On ne sçauroit estre accablé D'un an entier de la famine. Nos greniers sont remplis de blé, Qu'on en fasse de la farine.

L'un s'est pourveu pour six bons mois, En fait-il besoin davantage? L'un pour quatre, l'autre pour trois; L'un s'est pourveu pour six bons mois. On a des fèves et des pois, Du lard, du beurre et du fromage; L'un s'est pourveu pour six bons mois, En fait-il besoin davantage?

On a de tous les bons morceaux: Lièvres, lapins, perdrix, becaces; On a quantité de pourceaux[6], On a de tous les bons morceaux; On a moutons, boeufs, vaches, veaux, On en vend dans toutes les places; On a de tous les bons morceaux: Lièvres, lapins, perdrix, becaces.

Les vivres ne manqueront pas, On peut tousjours faire ripaille; Qu'on n'épargne point un repas, Les vivres ne manqueront pas: On a dindons et chapons gras, Et les chevaux ont foin et paille. Les vivres ne manqueront pas, On peut toujours faire ripaille.

Les cabarets sont tous ouverts; Chacun y boit, chacun y mange, On y trouve des vins divers; Les cabarets sont tous ouverts, Et c'est là que j'ay fait ces vers[7], Qui sentent la saulce à l'orange; Les cabarets sont tous ouverts, Chacun y boit, chacun y mange.

Corbeil sera bien-tost repris, Et tout viendra par la rivière; Qu'on ne craigne point dans Paris, Corbeil sera bien tost repris; On aura de tout à bon prix, Et nous ferons tous chère entière; Corbeil sera bien-tost repris, Et tout viendra par la rivière[8].

Il faut remettre Charenton[9] Pour y refaire le passage, Car autrement qu'en diroit-on? Il faut remettre Charenton, Qu'on y travaille tout de bon Sans crainte d'un second carnage; Il faut remettre Charenton Pour y refaire le passage.

Fourbisseurs, ne vous lassez pas; Armuriers, travaillez sans cesse: C'est pour armer tous nos soldats. Fourbisseurs, ne vous lassez pas; Il faut couper jambes et bras A ceux qui nous tiennent Gonnesse[10]. Fourbisseurs, ne vous lassez pas; Armuriers, travaillez sans cesse.

Mon Dieu, l'admirable bon-heur En ces dissentions nouvelles! L'eusses-tu pu penser, mon coeur? Mon Dieu, l'admirable bonheur! La Bastille a pour gouverneur Le fameux monsieur de Brusselles[11]; Mon Dieu, l'admirable bon-heur En ces dissentions nouvelles!

Parisiens, nous serons des fous Si nos coeurs ne se font connestre, Et si nous n'agissons bien tous, Parisiens, nous serons des fous; Puisque l'Arcenac est à nous, Il n'est pas besoin de Grand-Maistre[12]; Parisiens, nous serons des fous Si nos coeurs ne se font connestre.

Puisque c'est à nous les canons, Avec les boulets et la poudre, Bourgeois, si mes conseils sont bons, Puisque c'est à nous les canons, Pour immortaliser vos noms, Allez partout porter la foudre, Puisque c'est à nous les canons Avec les boulets et la poudre.

Il faut chasser le Mazarin, Qui vole tout l'or de la France; Fût-il plus fort, fût-il plus fin, Il faut chasser le Mazarin; Qu'il retourne de là Thurin Pour estre plus en asseurance: Il faut chasser le Mazarin Qui vole tout l'or de la France.

Vrayment, nos yeux sont éblouis Par un charme bien ridicule: Il a des tresors inouis, Vrayment, nos yeux sont eblouis; Donnerons-nous tous nos Louis A Rome pour un pauvre Jule[13]? Vrayment nos yeux sont éblouis Par un charme bien ridicule.

Cordonniers, tailleurs et marchans, N'allez pas fermer vos boutiques, Quoy que le tambour batte aux champs: Cordonniers, tailleurs et marchans, Vous aurez assez de chalans Pour occuper vos domestiques; Cordonniers, tailleurs et marchans, N'allez pas fermer vos boutiques.

Boulangers, travaillez tousjours; Serrez les escus qu'on vous offre, Ne regardez pas s'ils sont courts; Boulangers, travaillez tousjours: Tant plus vous remplirez vos fours, Tant plus vous remplirez le coffre; Boulangers, travaillez tousjours, Serrez les escus qu'on vous offre.

Je ne plains que les villageois: Leurs maisons sont abandonnées, On leur pille tout à la fois; Je ne plains que les villageois: Ils vont perdre plus en un mois Qu'ils n'ont gaigné dans dix années; Je ne plains que les villageois: Leurs maisons sont abandonnées[14].

Bonnes gens, prenez garde à vous! Les ennemis vont au pillage; Ils sont tous gueux et tous filous: Bonnes gens, prenez garde à vous! Affamez comme de gros loups, Ils cherchent à faire carnage. Bonnes gens, prenez garde à vous! Les ennemis vont au pillage.

Aux armes! ils sont aux faux-bours. Laquais, mon pot et ma cuirace; Qu'on fasse battre les tambours, Aux armes! ils sont aux faux-bourgs. Allons avec un prompt secours Contre cette meschante race; Aux armes! ils sont aux faux-bourgs. Laquais, mon pot et ma cuirace.

Ne vous precipitez pas tant, Cavalier de portes cochères[15]! Vostre cheval est bien pesant, Ne vous precipitez pas tant; Gardez d'un mauvais accident Qui pourroit gaster nos affaires; Ne vous precipitez pas tant, Cavalier de portes cochères.

Allons, puisque j'ay pris mon pot, Allons, qu'on s'avance et qu'on tue; Allons avec ordre au grand trot, Allons, puisque j'ay pris mon pot[16], Allons frapper sans dire mot; Allons la visière abatue, Allons, puisque j'ay pris mon pot, Allons, qu'on s'avance et qu'on tue.

Helas! que de mal-heureux corps Dont la rage a fait un parterre! Que de blessez et que de morts! Helas! que de mal-heureux corps! Les foibles ont souffert des forts. Voilà les beaux fruits de la guerre! Helas! que de mal-heureux corps Dont la rage a fait un parterre!

François qui combattez dehors, Pourquoy causer tant de misères? Songez, en faisant vos efforts, François qui combattez dehors, Que vous avez dans ce grand corps Vos femmes, filles, soeurs et mères. François qui combattez dehors, Pourquoy causer tant de misères?

Si vous avez vos mesmes coeurs En cette funeste avanture, François, cruels persecuteurs, Si vous avez vos mesmes coeurs, Gardez-y parmy vos rigueurs Un sentiment pour la nature, Si vous avez vos mesmes coeurs En cette funeste avanture.

Des François contre des François! O cieux! l'abominable rage! L'Espagnol rit bien cette fois. Des François contre des François! Voilà de barbares emplois, Qui menacent d'un grand orage. Des François contre des François! O cieux! l'abominable rage!

Comediens, c'est un mauvais temps: Prenez les armes sans vergogne, Gardez-vous d'estre faineans. Comediens, c'est un mauvais temps: La tragedie est par les champs[17] Bien plus qu'à l'hostel de Bourgogne. Comediens, c'est un mauvais temps, Prenez les armes sans vergogne.

Violons, on ne fait plus de bal Pour cultiver les amourettes, Encor qu'on soit en carnaval[18]; Violons, on ne fait plus de bal, On aime mieux un bon cheval, Des pistolets et des trompettes; Violons, on ne fait plus de bal Pour cultiver les amourettes.

Tous vos galans sont empeschez, Attendez un accord, coquètes, Pleurez cependant vos pechez; Tous vos galans sont empeschez, C'est en vain que vous les cherchez Pour entendre d'eux des fleurètes; Tous vos galans sont empeschez, Attendez un accord, coquètes.

Mes chères[19], resvez nuit et jour, Sans mettre ny rubans ny mouches: On ne fait plus icy l'amour. Mes chères, resvez nuit et jour: Si l'on ne void bientost la cour, Vous allez devenir des souches. Mes chères, resvez nuit et jour Sans mettre ny rubans ny mouches.

The book keeps going

Keep reading, and see it illustrated

Reading is free forever. Sign up and watch scenes appear while you read.

Illustrated scene from FrankensteinIllustrated scene from The Great GatsbyIllustrated scene from Pride and Prejudice

Scenes Storieta drew for other classics.

New illustrated classics

A new classic, drawn, in your inbox.

Once or twice a month: the latest books to get full character casts, scene art, and free comic editions. No account needed.