
Public-domain ebook
Lettres d'un innocent
Language: fr319 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: FR Biographie, Mémoires, Journal intime, Correspondance·FR Nouveautés·Biographies
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #61965.

Public-domain ebook
Language: fr319 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: FR Biographie, Mémoires, Journal intime, Correspondance·FR Nouveautés·Biographies
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #61965.
The opening · free to read
Il y a six mois à peine, on n’aurait pas trouvé cent personnes, en France, qui eussent osé élever la voix en faveur du capitaine Dreyfus. Aujourd’hui, c’est par centaines de mille que se comptent les partisans de la revision du procès de 1894 et, malgré vents et marées, leur nombre augmente en une progression rapide.
D’où vient pourtant qu’une idée, qui a déjà vaincu tant de résistances, rencontre encore tant d’adversaires acharnés?
La raison en est simple. Les premiers ont connaissance des faits; les seconds ne paraissent pas les soupçonner. Quand ces derniers seront édifiés à leur tour, c’est le pays tout entier qui sera conquis à la vérité.
Cette pénétration de la lumière est malheureusement ralentie par la conspiration du mensonge ou du silence, qui semble avoir été organisée par une grande partie de la presse.
La plupart des journaux laissent leurs lecteurs dans l’ignorance absolue de ce qui pourrait les éclairer ou, s’ils leurs fournissent quelques renseignements, ils les tronquent et les dénaturent. Que la force de l’évidence les contraigne à donner à leurs informations plus d’exactitude, et tous les malentendus qui nous divisent auront bientôt cessé.
C’est à hâter ce résultat que nous espérons travailler en leur enseignant ce qu’ils auront à raconter le jour où ils voudront bien devenir sincères.
=Dreyfus a été IRRÉGULIÈREMENT condamné sur la production, après débat clos, de pièces secrètes.=
Un premier fait est indéniable: c’est que Dreyfus a été condamné sur la production de pièces secrètes communiquées au Conseil de guerre après la clôture des débats.
Il suffit, pour l’établir, du silence gardé par le général Mercier, par le Ministre de la guerre, par les membres du Gouvernement, toutes les fois qu’ils ont été appelés à s’expliquer sur ce point. Une négation de leur part eût suffi pour que la question ne leur fût plus posée; mais ils n’ont pas voulu faire un aussi gros mensonge, ils se sont tus! Le refus de s’expliquer, quand ils pouvaient parler, équivaut à un aveu formel.
Et comment, en effet, n’ayant pas le courage de reconnaître ouvertement l’illégalité commise, auraient-ils eu l’audace de la nier? On ne s’expose pas à se faire donner les éclatants démentis qui se seraient élevés contre leur parole s’ils eussent essayé de répondre «non» quand c’est un «oui» que la vérité commande.
Les témoins de ce «oui», désormais indiscutable sont déjà nombreux.
C’est Mᵉ Demange, avocat, qui a raconté, sous la foi du serment, comment son confrère, M. Salle, en a un jour reçu la déclaration expresse d’un membre du Conseil de guerre de 1894.
C’est le secrétaire de Mᵉ Demange qui confirme les souvenirs de ce dernier.
C’est l’éditeur Stock qui a recueilli, lui aussi, comme M. Salle, semblable aveu d’un autre membre du même Conseil de guerre et qui a, en outre, pu spécifier, sans recevoir un démenti, le nombre et la nature des pièces secrètes abusivement communiquées.
C’est le lieutenant-colonel Picquart qui a fait connaître comment cette communication avait été préparée, par la remise aux mains du commandant du Paty de Clam, en décembre 1894, du dossier secret.
C’est le récit de l’Éclair, dans son numéro du 15 septembre 1896.
Ce seront, enfin, tous les membres du Conseil de guerre, le jour où leur langue voudra bien se délier en dehors des confidences particulières.
La preuve fournie sur ce point suffit à faire crouler tout entier le procès de 1894, car le premier droit d’un accusé est de savoir ce dont on l’accuse et d’être mis en état de se justifier, ainsi que M. le Procureur général de la Cour de cassation l’a proclamé dans l’intérêt de la loi.
Pour rassurer les esprits, M. le Ministre de la guerre n’avait pas craint de dire à la Chambre que Dreyfus avait été régulièrement et légalement condamné.
C’est le contraire qui se trouve constaté. Le capitaine Dreyfus a été IRRÉGULIÈREMENT et ILLÉGALEMENT condamné.
Un jour, en 1894, un espion a apporté au Ministère de la guerre une lettre qu’il a dit avoir été surprise à l’ambassade d’Allemagne et qui tendait à démontrer qu’un de nos officiers livrait les secrets de la défense nationale à M. de Schwartzkoppen, attaché militaire auprès de cette ambassade.
C’est cette lettre qui a été appelée le BORDEREAU, parce qu’elle contenait l’énumération de documents qui venaient d’être communiqués à l’attaché militaire.
Trouver l’auteur du bordereau, c’était mettre la main sur le traître. Malheureusement, on partit de cet a priori que la trahison devait avoir été commise dans les bureaux mêmes de la Guerre. On prit, en conséquence, des spécimens d’écriture de tous les employés du Ministère; après comparaison, on en retint quelques-uns qui offraient des traits plus ou moins éloignés de ressemblance avec la pièce dénonciatrice. Bientôt on n’en conserva qu’un seul: celui qui émanait du seul juif de la maison, le capitaine Dreyfus, qui, dès qu’il se trouva directement accusé, apparut comme devant être forcément coupable.
L’expert habituel du ministère, l’honorable M. Gobert, également expert du Parquet et de la Banque de France, fut appelé à donner son avis. Il émit l’opinion qu’on devait faire fausse route, mais on ne s’arrêta pas à un aussi gênant conseil; on fit de même pour M. Pelletier qui montra les mêmes scrupules, et l’on ne se tint pour satisfait que lorsqu’on put enfin fortifier l’accusation des conclusions de MM. Bertillon, Teyssonnières et Charavay. Que la bonne foi de ces trois derniers experts ait été entière, il n’y a aucun intérêt à le contester; mais leur appréciation choquait les plus claires vraisemblances: c’est ce qui ressortait avec évidence des termes mêmes de leur rapport.
Ils avaient été les premiers à constater, en effet, des dissemblances entre l’écriture de Dreyfus et celle du bordereau, tout en les déclarant de même origine, et ces dissemblances avaient dû être expliquées par eux. Or, ils n’avaient rien trouvé de plus simple que de les déclarer a priori volontaires. D’après eux, Dreyfus avait sans doute voulu détourner de lui les soupçons et il avait dû s’appliquer à changer, dans une certaine mesure, la forme de ses lettres et ses habitudes de main.
La supposition était d’autant plus téméraire qu’elle était grosse d’absurdité. Comment, si Dreyfus, écrivant le bordereau, eût craint d’être dénoncé par son écriture, n’en eût-il pas complètement dénaturé le caractère et se fût-il contenté de quelques changements insuffisants pour se mettre à l’abri de toutes suspicions? Il n’était pas permis de lui prêter une pareille sottise et toute l’expertise ne reposait ainsi que sur un faux raisonnement. Les dissemblances d’écriture constatées, ne pouvant être volontaires, prouvaient que Dreyfus n’était pas l’auteur du bordereau. Voilà ce que disait le bon sens. C’est, sans doute, la fragilité d’une expertise aussi peu concluante qui fit juger nécessaire, une fois le débat clos, la communication des pièces secrètes. Mais si cette expertise ne pouvait être une base sérieuse pour la condamnation et si, d’autre part, on ne pouvait juger Dreyfus sur des pièces qui ne lui avaient pas été communiquées, sur quoi donc pourrait-on se fonder pour accepter comme exacte la sentence du Conseil de guerre?
La justice peut se tromper, nous dit-on; mais il ne suffit pas d’une possibilité d’erreur pour revenir sur la chose jugée. Soit; nous ne l’ignorons pas. Mais il ne s’agit pas seulement de possibilité d’erreur: l’évènement en a prouvé la certitude, lorsque sont venus de nouveaux éléments d’appréciation devant lesquels il n’est plus permis d’invoquer les fictions juridiques et de fermer les yeux.
Le Conseil de guerre de 1894 ne savait pas tout, lorsqu’il a cru devoir déclarer Dreyfus auteur du bordereau que lui attribuaient MM. Bertillon et Teyssonnières. Il ignorait ce qui a été découvert en 1896 par le lieutenant-colonel Picquart, à savoir que ce bordereau était de l’écriture du commandant Esterhazy.
A partir de ce moment, il n’y a plus eu à interpréter le défaut de similitude constaté avec l’écriture de Dreyfus et à supposer qu’il puisse être le résultat d’un calcul et d’une dissimulation. L’écriture de Dreyfus est dissemblable, dans son ensemble, de celle du bordereau, par cette raison toute naturelle que ces deux écritures n’ont pas été tracées par la même main. Il n’y a plus de doute possible. Il ne saurait s’agir de l’écriture de Dreyfus là où l’on retrouve, sans différence aucune, trait pour trait, celle d’Esterhazy.
Qui nie le fait?
Personne. Trois experts, MM. Couard, Varinard et Belhomme ont bien prétendu que ce n’était pas le commandant qui avait dû lui-même écrire le bordereau; mais ils ont si bien reconnu le cachet propre de son écriture qu’ils ont admis que cette écriture avait dû être décalquée sur des correspondances émanées de lui.
C’est complaisamment accepter l’hypothèse imaginée par Esterhazy lorsque, frappé lui-même par une similitude écrasante, il avait essayé de prétendre que quelqu’un avait dû le décalquer; mais non seulement cette histoire de décalque n’a pas le sens commun: il faut ajouter que, fût-elle vraie, elle suffirait encore à disculper Dreyfus. Où serait, en effet, la preuve, s’il y avait eu décalque de l’écriture d’Esterhazy, que ce fût Dreyfus qui en eût été l’auteur?
Non seulement il ne serait pas plus plausible de le lui imputer qu’à tout autre, mais il y aurait même, à son égard, une circonstance particulière qui devrait écarter de lui tout soupçon. S’il eût fabriqué le bordereau en simulant l’écriture d’Esterhazy, il faudrait, en effet, supposer qu’il aurait eu la pensée de détourner sur ce dernier l’accusation, si la trahison venait à être découverte. Or, comment expliquerait-on alors qu’il se fût laissé condamner en 1894 sans chercher à profiter de sa manœuvre; qu’il eût souffert trois ans à l’île du Diable sans prononcer le nom d’Esterhazy, et que la découverte du fait qui devait le sauver appartînt, tout à fait en dehors de lui, au chef du bureau des renseignements de la Guerre?
Dreyfus a donc été victime d’une erreur matérielle dont les preuves sont tangibles.
De deux choses l’une: ou le bordereau est l’œuvre personnelle d’Esterhazy (ce qui paraît l’évidence), ou il a été décalqué sur l’écriture d’Esterhazy (ce qui est l’invraisemblable version des experts); mais, quelle que soit l’hypothèse à choisir, elles excluent également l’une et l’autre l’idée qu’on soit en présence de l’écriture même du capitaine Dreyfus.
Le bordereau échappant à l’accusation, on a cru devoir se rattraper sur les pièces secrètes et on a répandu le bruit dans certains journaux, à grand renfort d’insinuations mensongères, qu’il existait des preuves de la culpabilité de Dreyfus qu’on ne pouvait faire passer sous les yeux du public.
Il est bien entendu, tout d’abord, que les prétendues preuves sont sans valeur contre lui, tant qu’elles ne lui ont pas été communiquées pour lui permettre de les discuter; mais examinons-les à sa place, puisque nous avons, nous, l’avantage d’en connaître la teneur. Elles n’ont aucune portée.
Parmi les documents qu’on a secrètement communiqués au Conseil de guerre, aucun, en fait, ne visait personnellement le capitaine Dreyfus. Ils ne lui étaient donc pas plus applicables qu’au premier venu de ses camarades. Un seul pouvait prêter à l’équivoque: c’est le fameux passage d’une lettre où un attaché d’ambassade écrivait à un autre attaché de ses amis: «Ce canaille de D..., etc.»
The book keeps going
Reading is free forever. Sign up and watch scenes appear while you read.



Scenes Storieta drew for other classics.
New illustrated classics
Once or twice a month: the latest books to get full character casts, scene art, and free comic editions. No account needed.