Storieta
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Monsieur,

J'ai rendu compte à ma mère de la note biographique que vous avez eu la bonté de me communiquer hier. Une circonstance assez importante de la vie de mon père, paraît ne pas avoir été portée à votre connaissance. En 1792, le Duc de Brunswick, Généralissime des Armées Prussiennes contre la France, reçut l'ordre de sa cour d'envoyer un Officier à Paris pour tâcher d'obtenir des garanties sur la vie de l'infortuné Louis XVI que les Anarchistes avaient incarcéré. Ce fut le Baron de Nerciat, alors Colonel, qui accepta cette honorable et déjà périlleuse mission. Il ne put arriver qu'auprès du Ministre Lebrun, qui, au bout de très peu de tems, lui donna des sauf-conduits pour retourner auprès de Son Altesse Royale, avec des promesses qui devaient avoir si peu d'effet. Si pour compenser quelques écarts d'imagination aux yeux des bons esprits, vous jugiez à propos de consigner dans la notice qui concerne mon père, cet acte de généreux dévouement; et d'ajouter--que malgré des écrits trop libres, il n'en fut pas moins le meilleur des époux et des pères, le plus solide ami, l'un des esprits les plus sémillans, et l'un des hommes les plus aimables de son tems; et qu'il fut en outre de plusieurs sociétés savantes de l'Europe, de l'Allemagne particulièrement, où plusieurs Princes protecteurs des Lettres l'honoraient de leur amitié; tout en n'ayant été que juste et véridique, vous vous serez acquis, Monsieur, les droits les plus sacrés à la reconnaissance de sa famille. Moins rempli d'estime pour vous, Monsieur, je ne vous aurais peut-être pas soumis ces observations.--Veuillez les considérer comme une humble prière que vous pouvez exaucer, l'article n'étant pas encore imprimé. Les productions qui nous affligent furent d'ailleurs les essais de sa jeunesse.--C'est avec un profond respect que j'ai l'honneur d'être Votre très humble et très obéissant serviteur.

Augte ANDRÉA DE NERCIAT.

On notera l'orthographe du nom de famille Andréa, qui s'écrit indifféremment avec ou sans accent aigu sur l'_e_. Notons encore qu'à cette époque la veuve d'Andrea de Nerciat était veuve en secondes noces de M. de Guiraudet, Préfet de la Côte-d'Or.

On sait que Poulet-Malassis annonça plusieurs fois la publication de la correspondance de Nerciat avec divers gens de lettres comme Beaumarchais, Restif de la Bretonne, Grimod de la Reynière, Pelleport, etc... Ces lettres appartenaient à M. Bégis, le bibliophile célèbre pour ses démêlés avec la Bibliothèque Nationale, et on ne sait ce qu'elles sont devenues. La notice suivante, due à Paul Lacroix (le bibliophile Jacob) et publiée dans le Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire du libraire Techener, 16e série (1863), page 310, concerne un petit roman dont je n'ai pu retrouver aucun exemplaire.

L'auteur semble être au courant des relations entre le marquis de Sade et Andrea de Nerciat. D'ailleurs voici cette Notice qui est curieuse:

JAVOTTE, OU LA JOLIE VIELLEUSE PARVENUE, MANUSCRIT TROUVÉ AU BOIS DE BOULOGNE, CHEZ LAGRANGE, RUE GEOFFROIS-LASNIER, Nº 6250, AN VIII; IN-12 DE 140 PP., FIG. GRAVÉE PAR BONIVET, D'APRÈS CHAILLOU, DEMI V. F., NON ROGNÉ. (ÉLÉG. REL. DE HARDY.)

Voici encore un de ces petits romans érotiques du Directoire, que les bibliographes n'ont pas sauvé du naufrage de tant de livres aujourd'hui disparus. Celui-ci n'est pas même mentionné dans les Bibliographies romancières de Marc et de Pigoreau. On peut donc annoncer, avant tout et à coup sûr, qu'il est fort rare, nous l'avons lu avec plaisir et nous lui délivrons volontiers une lettre de marque, pour qu'il fasse son chemin à travers l'océan des livres et qu'il s'empare, en vrai pirate, des sympathies de l'amateur qui veut être amusé et égayé, sans faire mine de se scandaliser. Nous ignorons quel est l'auteur de ces histoires gaillardes plutôt que galantes. Ce devait être un comédien, car il parle ex professo de la condition des troupes en province. Le titre de l'ouvrage se rapporte seulement à la première anecdote que raconte une belle aventurière nommée Donamour, laquelle habitait, avec son amant le chevalier de S*, un délicieux château situé sur les bords de la Seine. Ce chevalier de S* ne serait-il pas le fameux marquis de Sade? On pourrait le croire en voyant paraître le comte de N* (Nerciat), envoyé de Naples, parmi les héros de l'aventure. Ce comte, auteur de tant de mauvais livres, admire un tableau du célèbre B* (Boucher), représentant Léda et le cygne, et il déclare «qu'on ne pouvait regarder sans jalousie le divin cygne qui la possédait.--Les louanges que vous donnez au pinceau, reprit le peintre, ne sont dues qu'au modèle: ce tableau est d'après une jeune fille qui vient ici tous les jours pour un écu». Cette jeune fille était une petite Savoyarde, qui se fit connaître à Paris en jouant de la vielle et en montrant sa marmotte, avant de faire fortune. Une chanson courut alors, qui se chantait avec accompagnement de guitare et dont le refrain était:

Donnez quelque chose à Javotte Pour sa marmotte en vie!

Il y a des scènes très plaisantes dans ce roman; une d'elles est reproduite avec beaucoup d'esprit dans le dessin de Chaillou, qui avait dans ce temps-là le monopole des vignettes pour l'ornement des nouveautés qu'on vendait aux étalages des galeries du Palais-Royal, entre Justine et Le Portier des Chartreux.

P. L.

«La moins mauvaise édition est celle en deux volumes, chacun de deux parties et divisées en chapitres, qui est sortie en 1778 d'une presse d'Allemagne.

«On la reconnaît au titre gravé et placé dans un ovale de feuillage.»

Allemagne signifie ici Liège, qui était alors dans les Pays-Bas autrichiens, où Nerciat avait été fort bien accueilli par le prince de Ligne, et l'ouvrage fut imprimé très probablement aux dépens de l'imprimeur-libraire F.-J. Desoer, C'est sans doute dans la même officine liégeoise que furent imprimés les Contes Nouveaux (1777), la 1re édition (1792) de Monrose, la 1re édition (1798) des Aphrodites et des Contes saugrenus... (1799).

Andréa de Nerciat, Contes polissons (Contes saugrenus). Ouvrage orné de 6 jolies illustrations (Paris 1891), réimpression conforme comme texte et gravures à l'édition originale de 1799.

Gr. in-4º carré tiré à 300 exemplaires, 88 pages et 6 illustrations hors texte, en couleurs, d'après celles de l'édition originale, couverture rouge imprimée.

J'ai encore trouvé des renseignements concernant L'Urne de Zoroastre ou la Clef de la science des mages, ouvrage inconnu des bibliophiles. D'après les souvenirs de la veuve de Nerciat en 1821, ce livre, qui est un petit traité de l'art cabalistique, a été imprimé à Neuwied, en 1791. Un exemplaire, envoyé par l'auteur à sa famille, fut confié par M. Ducaurroy, ami de la famille, à une personne dont la trace se perdit vers 1813, 1814 ou 1815.

L'auteur: «non pas le Chevalier de Bé...ille, qui n'a pas plus fait Monrose que Félicia, dont il a trouvé bon de se vanter, mais le baron de N..., qui ne s'attribue les écrits de personne, ne signe aucun Roman, attendu que le Public n'a que faire du nom des Auteurs quand leurs productions ne sont pas essentiellement utiles.»

G. A.

Essai touchant les diverses éditions de «Félicia».

Félicia ou mes Fredaines, avec l'épigraphe: La faute en est aux Dieux qui me firent si folle. Londres, 1775.

4 vol. in-18; 12 gravures libres par Borel (non signées)[3]. D'après ce qu'en dit Nerciat dans Monrose, cette édition aurait paru en Belgique.

[3] Félicia a été traduit en anglais et publié dans le tome II de The Exquisite. A collection of tales, histories and fancy essays, London, M. Smith.--S. d. (1842-1844), 3 vol. gr. in-4º, 45 numéros avec figures. Magazine hebdomadaire dont chaque numéro se vendait d'abord 4 pences et plus tard 6 pences. Les figures sont assez libres. La plupart des ouvrages qu'on y trouve sont traduits du français.

Félicia ou mes Fredaines, etc., 1776.

4 vol. in-18; 12 gravures.

Félicia ou mes Fredaines, etc. A Londres, MDCCLXXVL.

4 tomes in-18 souvent reliés en 1 vol.

Félicia ou mes Fredaines, etc., Londres, 1778.

4 vol. in-18, 12 grav. Cette édition est celle que Nerciat donna à la Bibliothèque de Cassel, où il était sous-bibliothécaire. Et dans l'_Extrait_ placé en tête de Monrose, l'auteur dit à propos de Félicia que «la moins mauvaise édition est celle en deux volumes, chacun de deux parties, et divisée en chapitres, qui est sortie en 1778 d'une presse d'Allemagne. On la reconnaît au titre gravé et placé dans un ovale de feuillage». A Liège, qui était alors dans les Pays-Bas autrichiens, et aux dépens du libraire Desoer.

Félicia ou mes Fredaines, etc., Londres, 1782.

4 vol. in-18; 24 fig. par Borel, d'après Eisen (non signées). Onze fig. sont libres.

Félicia ou mes Fredaines, etc., MDCCLXXXIV.

Sans lieu d'impression, Paris, Cazin, 4 vol. in-18 avec 24 fig. par Borel, d'après Eisen (non signées), onze sont libres.

Félicia ou mes Fredaines, etc., MDCCLXXXIV.

4 vol. petit in-18 avec les figures d'après Eisen. Les figures sont retournées, sauf le frontispice, et la huitième (avec le clair de lune) est couverte.

Félicia ou mes Fredaines, ornée de figures en taille-douce, etc., à Londres.--(S. d.)

4 parties reliées souvent en 4 vol. in-18. Vignette sur le titre (panier fleuri) (figures libres).

Félicia ou mes Fredaines, etc. A Amsterdam, 1780.

2 vol. pet. in-8º.

Félicia ou mes Fredaines, etc. Amsterdam.

4 parties en 2 tomes souvent reliés en 1 vol. in-8º, 2 ff. liminaires, 216 pp. et 2 ff. liminaires, 256 pp.

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