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Pelléastres. Le poison de la littérature. Crimes de Montmartre et d'ailleurs. Une aventure.
by Jean Lorrain
Language: fr535 downloads on Project Gutenberg
Subjects
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #63726.

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by Jean Lorrain
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The opening · free to read
Les Lépillier. (Giraud, 1885 et P.-V. Stock, 1908). Très Russe. (Giraud, 1886). Sonyeuse. (Fasquelle, 1891). Buveurs d'âmes. (Fasq. 1893). Un démoniaque. (Dentu, 1895). La Petite Classe, préface de Maurice Barrès. (Ollendorff, 1895). La Princesse sous verre. (Taillandier, 1896). Une femme par jour. (Borel, 1896). Loreley. (Borel, 1897). Contes pour lire à la chandelle. (Mercure de France, 1897). M. de Bougrelon. (Borel, 1897 et Ollendorff). Ames d'automne. (Fasq. 1897). Princesse d'Italie. (Borel, 1898). La Dame Turque. (Per Lamm, 1898). Ma Petite Ville. (L. Henry May, 1898). Madame Baringhel. (A. Fayard, 1899). Histoires de Masques, (préface de G. Coquiot). (Ollendorff, 1900). 20 femmes. (Per Lamm, 1900). M. de Phocas. (Ollendorff, 1901). Sensualité amoureuse. (Per Lamm, 1900). Le Vice Errant. (Ollendorff 1901). Princesses d'Ivoire et d'Ivresse. (Ollendorff, 1902). Quelques hommes. (Per Lamm, 1903). La Mandragore. (Pelletan, 1903). Fards et Poisons. (Ollendorff, 1904). La Maison Philibert. (Librairie Universelle, 1904). Propos d'âmes simples. (Ollendorff, 1904). L'Ecole des Vieilles femmes. (Ollendorff, 1905). Madame Monpalou. (Ollendorff, 1906). Ellen. (Douville, 1906). Le Crime des Riches. (Douville, 1906). Le Tréteau. (Bosc et Cie, 1906). L'Aryenne. (Ollendorff, 1907). Hélie, garçon d'hôtel. (Ollendorff, 1908). Maison pour Dames. (Ollendorff, 1908). Pelléastres, (Introduction de Georges Normandy). (Méricant 1910). Narkiss. (Edition du Monument, 1909).
Ellen, édition illustrée. (Pierre Lafitte). Histoires de Masques, édition illustrée. (Fayard). Madame Baringhel, édition illustrée. (Fayard). La Jonque dorée, conte. Portraits littéraires et mondains. Eros vainqueur, (musique de Pierre de Bréville). (Rouart). Correspondance de Jean Lorrain.
Droits de traduction et de reproduction littéraires et artistiques réservés pour tous pays. S'adresser pour traiter à M. A. MÉRICANT, éditeur.
A mesure que les années s'ajoutent aux années, les belles illusions s'éparpillent au vent du siècle, comme les pétales d'une fleur flétrie s'envolant dans la brise d'automne. Et la jeunesse est bien une fleur, une fleur unique qui se fane d'heure en heure... Oh! les allégresses et les enthousiasmes de l'adolescence! Tout est splendeur, charme, bonheur pour les yeux qui s'ouvrent sur l'extériorité mensongère de la vie. On pleure devant les couchants, on poétise la misère des gueux, on veut mourir d'amour avant d'avoir souffert de vivre, on se campe devant la Fortune ou devant la Gloire pour leur crier: «A nous deux!» Toutes les nuances, tous les sentiments, tous les gestes de l'élégance ou du labeur ravissent par la nouveauté qu'on leur découvre. On fait joujou avec la douleur qui apparaît surtout comme un prétexte à attitudes; on fait joujou avec la douleur que l'on dompte de toute la puissance des forces neuves--s'élançant vers la Vie.--Vers la Mort.
Tout passe...
A force de voir souffrir, à force d'aller aux nécropoles derrière le char où dort, sous de vaines couronnes, l'être cher qui vient d'expirer, à force de constater le leurre des façades qui abusait notre jeunesse ardente, nous parvenons à apprécier plus justement l'existence. La détresse humaine se dévoile de plus en plus.
Tout passe. Illusions, amitiés, espérances...
Tout meurt. Et ces trépas sont peut-être la traduction mentale de la désagrégation incessante de notre organisme. Car depuis notre naissance nous mourons un peu à chaque instant. Obéissant aux lois de la nature comme les animaux, les fleurs et les pierres, nous voulons inutilement l'oublier. L'homme ne disserte guère sur le Vanitas vanitatum et omnia vanitas de l'Ecclésiaste, que toutes les fois qu'un malheur lui arrache l'insouciance qui l'aidait à vivre, toutes les fois qu'il mesure le vide et l'inutilité de nos efforts égoïstes. Alors, parfois, une ambition plus noble que toutes les autres le métamorphose: celle de se survivre. Mais tout le monde ne peut pas annihiler partiellement ainsi l'oeuvre de la Mort. Les artistes, les écrivains d'élite sont parmi les demi-dieux à qui cela est possible. Et Jean Lorrain, entre tous, se survit et se survivra.
Voici son quatrième livre posthume. Jamais il n'a paru plus vivant, ce tendre barbare, que depuis qu'il nous a quittés. Il laisse dans notre littérature une place vide qui restera vide longtemps. On se rendra compte par ces _Pelléastres_--tout ce qu'il eut le temps d'écrire du _Poison de la Littérature_--que jamais la verve de l'auteur de Maison pour Dames ne fut plus étincelante et plus terriblement révélatrice du dégoût profond en lequel Jean Lorrain tenait Paris et la foule très vaguement définie qu'on appelle le monde. Il a suffisamment souffert de tout cela, ce fils des conquérants qui essuyèrent sur les marches d'un trône, leurs pieds souillés des boues de la Neustrie conquise, il a suffisamment souffert de tout cela pour qu'on lui pardonne quelques outrances et même quelques injustices. Déjà, bien des gens, qui dansèrent autour de son cercueil pour marquer leur joie de ne plus entendre son impitoyable rire, déjà, bien des consciences épouvantées par la franchise courageuse--il en a pâti--d'un des rares écrivains qui surent conserver leur indépendance complète dans notre journalisme d'affaires (qui, par ailleurs, suit servilement l'opinion, sous prétexte de la diriger)--déjà, bien des consciences se rassuraient. Or, voici que par quatre fois, depuis sa disparition, sa terrible raillerie éclate, mieux armée et plus féroce que jamais! Quelles paniques va déchaîner bientôt la publication de la _Correspondance_--choisie--de Jean Lorrain! Jean Lorrain n'est pas de ceux qu'on oublie. Il appartient à la grande lignée normande qui commence à d'Aurevilly et se continue par le grand «Flau» puis par Maupassant. Si ceux qui nous succéderont au milieu des platitudes, des intrigues et des bluffs de la capitale ne se souviennent plus, un jour, de la personne de Lorrain, de ces yeux pesants d'avoir trop regardé, de ce menton brutal et volontaire, de ces lèvres d'une sensualité violente démentie par l'impertinence du nez, accroché au front bref, sur l'avancée des cheveux teints au henné,--ce front terrible, à l'ossature rude, vallonnée, ce front crispé, raviné, obstiné, effrayant un peu, sillonné de veines turgescentes et contenant dans l'énorme caverne des arcades sourcilières, des prunelles glauques, caressantes, exténuées et comme défaillantes en une interminable agonie--; si ceux qui viendront après nous ignorent son élégance exceptionnelle et recherchée (mais, malgré tant d'étude, ne bannissant pas de sa démarche un léger roulement d'épaules, héritage d'une ascendance de marins), son chef vissé dans le faux-col ouvert, ses mains voltigeantes en gestes simples, ses mains longues mais grosses, un peu peuple, bossuées de bagues étranges, ses mains fuyantes mais solides, plus capables d'étrangler un agresseur que de serrer les doigts d'un flagorneur,--si nos descendants ignorent cette silhouette caractéristique de temps déjà révolus, ils sauront retrouver dans leurs bibliothèques l'oeuvre de Jean Lorrain entre celui de Claude Crébillon et celui de Charles Baudelaire.
L'oeuvre de Lorrain! Poète, dramaturge, romancier, chroniqueur: ce sont les principaux aspects du talent du visionnaire de La Mandragore. On déplorera sans doute que les exigences du journalisme aient pu nuire à beaucoup de pages trop hâtivement publiées, on regrettera peut-être que Lorrain, improvisateur unique, n'ait pas daigné travailler toujours son style suffisamment, car M. de Bougrelon, Ellen, Heures de Corse et La Dame Turque, entre autres, prouvent qu'il savait se souvenir, lorsqu'il le pouvait et lorsqu'il le voulait, de Gustave Flaubert autant que des Goncourt. Soit. Le recul nous manque un peu pour un jugement définitif. Il est pourtant des choses que l'on peut et que l'on doit dire.
Depuis toujours--oh! ses lettres et ses essais d'enfant!--et jusqu'à la fin, Jean Lorrain fut un poète. L'auteur du Sang des Dieux et de La forêt bleue n'est devenu le romancier des Lépillier, de Sonyeuse et des _Soirs de Province_--où l'on découvre tant de pages jolies (du Champfleury lyrique)--et le conteur qu'il fut après, que grâce à l'intolérable situation faite aux rimeurs dans notre littérature et dans notre société. Jean Lorrain s'éprend du charme mystérieux des vieilles maisons isolées, sur les pierres desquelles a mordu le passé, des cieux d'octobre et des sites d'automne où des relents discrets de mort complètent la magnificence des feuilles qui se cuivrent; il adore les grands parcs déserts, chers à feu Henri Zuber, où reviennent dans le soir l'âme de Watteau et celle de Lancret avec un bruit de satin et de soie; il idolâtre les étoffes d'antan et il les chante (sur le mode favori de Verlaine) en vers limpides:
Des vieilles étoffes fanées Je suis le maladif amant. J'en veux dire l'enchantement Et les nuances surannées.
Il sait à merveille murmurer des mièvreries, dédier des madrigaux aux nymphes, aux génies de l'air, comme il voudra le faire dans certains salons (car il se croit parfois à une fête galante d'antan) aux dames qui lui plaisent. Il chante les fleurs, il les arrange avec un art parfait dans les vases de son salon (il ramena de Ferrare un valet de chambre uniquement parce que cet homme improvisait d'admirables décorations en fleurs naturelles), il décrit un bouquet mieux que quiconque. Il écrit sur l'éventail de la baronne Oppenheim:
Longs pétales de soie et calices funèbres, Je suis, fiers iris noirs, fervent de vos ténèbres; Thyrses de crêpe éclos jadis aux bois dormants Vous êtes délicats, monstrueux et charmants. Fleurs d'ombres à la fois candides et subtiles, La chasteté du mal vit dans vos coeurs hostiles Et vous semblez garder, pour l'amour de Sigurd, Le vallon où Brunhild dort son sommeil obscur. Un éternel défi jaillit de vos corolles, Et je vous vois, iris, fleurir en auréoles Les tempes de ceux-là qui, désirant toujours Ne consentent jamais,--fleurs des vierges amours[1].
[1] Avril 1895.
Il pleure presque devant des lys qui se fanent:
S'effeuillant au bord du vase Dans un chaste et calme abandon, Leur agonie est une extase Et leur parfum est un pardon.
Il a beaucoup lu les Chansons des rues et des bois. Gustave Moreau, ses chimères et les masques énigmatiques de Botticelli ont fait sur lui une impression qui ne s'effacera jamais--même lorsque, par Modernités, il voisinera avec le Richepin des Blasphèmes dans le réalisme et dans la crapule des bas-fonds sociaux. Il retrouvera des héroïnes légendaires parmi les filles et les souteneurs; il avouera:... «dans l'empuantissement des marchés, au milieu des détritus de légumes et de fruits, là seulement Astarté vous apparaîtra dans quelque belle fleur humaine, robuste et suant la santé, trop rose et trop rousse, avec des yeux mystérieux de bête--telle la bouchère au profil d'Hérodiade qu'entrevirent les de Goncourt, dans le marché des Récollets à Bordeaux» et il écrira à Renée d'Ulmès: «En vérité, l'enfer est plein de colombes». On peut retrouver en lui beaucoup d'autres traces d'influences. Quand j'aurai cité le Samain des Luxures, les lakistes et les préraphaélites, Poë, Baudelaire, Addison, Huysmans, Algernon-Charles Swinburne, Marcel Schwob et même Tristan Klingsor, il me restera à nommer parmi les peintres dont, prodigieux descriptif, il se rapproche encore plus que des littérateurs: Luca Cambioso, William Morris, James Ensor, Walter Crane, Rops et d'autres. Encore cette énumération sera-t-elle insuffisante, car le tempérament de Lorrain, d'une spontanéité sans seconde, ne lui permettait de produire quelque chose de personnel que lorsqu'il ressentait une vive sensation--et les spectacles naturels, les humanités qu'il coudoya dans tous les mondes, l'influencèrent plus fréquemment, mais pas plus profondément que ses premières lectures ou que ses promenades à travers les musées d'Europe, qu'il connaissait à merveille.--Jean Lorrain dramaturge, pour les oeuvres qu'il signa seul au moins, c'est Jean Lorrain poète qui continue sans souci des tendances de son temps, ni de la façon dont son rêve fabuleux pourra être réalisé. Il conçoit des décors miraculeux. Il les décrit en littérature. Qu'il s'agisse du chêne de Brocéliande entouré «d'immenses touffes de fougères, de bardanes, de glaïeuls, d'iris et de lys jaunes en fleurs, végétation féerique» bordant «un ravin qui termine le décor» par un «long cordon de pommiers et d'aubépines en fleurs, tout blanc au pied d'un bois de sapins noirs» ou qu'il soit question de la «route poudreuse longeant d'immenses champs de blé» d'_Ennoïa_ où «tout l'horizon est occupé par de jaunes récoltes avec, au loin, une fumée noire indiquant l'abbaye qui brûle», qu'il faille décrire le cadre fleuri d'_Yanthis_ ou le charnier sinistre de la _Mandragore_--dont la prose cadencée peut être comparée à des vers--Lorrain décrit sa mise en scène dans un style de légende ou de roman. Nous sommes loin, avec lui, des indications en style Morse d'un Victorien-Sardou ou d'un William Busnach. Ses vers de théâtre diffèrent peu des autres--si peu que le Sang des Dieux contient Ennoïa, poème, et que, dans La Forêt Bleue, nous retrouverons, à quelques variations près, des fragments entiers de l'acte représenté, sous le même titre, à l'OEuvre, en 1898. D'ailleurs «ce théâtre féerique, lyrique, épique et légendaire» est le seul auquel il tienne beaucoup. Ses vers et ses romans furent ce qu'il préférait de son oeuvre. Une lettre écrite en 1905 à Gustave Coquiot renseigne là-dessus.
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