Storieta
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Qu'était devenu Gustave Cabillaud?

Tous les renseignements recueillis par le docteur Cabillaud père, à la recherche de son fils, étaient de la plus exacte vérité. A la sortie de chez M. Grandvivier, le groupe de ses invités, en arrivant au premier étage, s'était d'abord séparé de Fraimoulu, qui rentrait dans son appartement où il allait trouver Pietro se vautrant dans son lit et recevoir de l'Auvergnat ivre la série de horions qui devait le métamorphoser en tigre.

A la porte de la maison une autre scission avait eu lieu. Gontran, après de brefs adieux, avait filé de son pied léger pour retourner au plus vite auprès d'Henriette.

Puis Cabillaud père, qui comptait s'en aller de compagnie avec son fils, était parti de son côté après que Gustave, qui se disait la tête lourde, avait déclaré vouloir, avant de se coucher, faire un peu de promenade en reconduisant ces messieurs.

Ils s'étaient trouvés réduits à trois quand, à mi-chemin, le baron de Walhofer s'était séparé d'eux pour aller, disait-il, achever la soirée à son cercle.

Gustave et Camuflet avaient d'abord reconduit Ducanif à son domicile où ce dernier, en se séparant de Gustave, lui avait dit qu'il l'attendrait demain à déjeuner, invitation que le jeune médecin avait acceptée en promettant d'être exact.

Après quoi il s'était remis en route avec Camuflet, qu'il avait mené jusqu'à sa porte, et dont il s'était séparé en annonçant qu'il allait regagner son lit.

Et le lendemain matin il n'était pas encore rentré!

Quand son père, tout inquiet, dans sa tournée aux informations, s'était présenté chez Ducanif, ce dernier, loin de partager les alarmes paternelles, avait pensé qu'à l'heure dite il allait voir apparaître Gustave pour prendre sa part du déjeuner auquel il l'avait invité la veille.

Après le départ de Cabillaud père, il avait dit à sa cuisinière Héloïse qui, muette et sombre, avait assisté à l'entretien:

--Ce farceur de Gustave, en revenant hier chez lui, aura sans doute rencontré l'occasion de passer agréablement sa nuit... Il va nous arriver affamé.

Mais, à l'heure du déjeuner, le jeune médecin n'avait pas fait acte de présence.

--Il déjeune sans doute là où il a couché, avait supposé Ducanif sans plus s'en étonner.

Mais il n'en avait pas été de même d'Héloïse, dont Gustave était l'amant. Jalousie, d'une part; crainte d'un malheur, de l'autre; elle avait obtenu de Ducanif qu'il l'envoyât s'informer chez Cabillaud père si le disparu était revenu ou avait donné de ses nouvelles.

--Est-ce un mauvais tour du Walhofer? Lui seul peut avoir fait disparaître Gustave, se disait-elle, la face contractée, en marchant d'un pas pressé.

Chez Cabillaud père, qui n'était pas encore revenu de ses recherches, elle n'avait trouvé que Clarisse, le cordon bleu du docteur, qui, craintive au sujet de cette absence prolongée de son jeune maître, n'avait pu lui donner que ce seul renseignement:

--Ce n'est pas à tort que le père s'effraye. Pas plus tard qu'hier, M. Gustave lui a dit que s'il ne rentrait pas un beau jour, ce serait qu'il lui serait arrivé un malheur.

Là-dessus Héloïse était repartie, retournant droit chez Ducanif et se répétant:

--C'est du Walhofer que nous vient ce coup de Jarnac. J'en suis certaine!

Arrivée à la maison de Ducanif, au lieu de monter chez son maître, elle s'était arrêtée à l'étage au-dessous, où logeait M. de Walhofer, et avait sonné à la porte du baron.

Comme il n'avait pas été répondu à plusieurs coups de sonnette successifs, Héloïse redescendit chez le concierge, se disant envoyée par Ducanif à son ami M. de Walhofer.

--M. le baron est parti ce matin en m'annonçant, suivant son habitude, qu'il s'absentait pour quelques jours, déclara le concierge.

--Savez-vous où il est allé?

--Sans doute, comme il lui arrive souvent, faire un tour dans ses terres.

--Où sont-elles, ses terres?

--En Belgique. Mais, par exemple, je ne saurais vous dire en quel coin de la Belgique... Vous le savez, le baron n'est pas causeur et il n'aime pas les questions, continua le concierge.

Loin de remonter chez Ducanif, sa cuisinière regagna la rue et se remit en route.

--Je sais où elles sont situées, tes fameuses terres, et je vais aller t'y relancer, se disait-elle en activant le pas.

Il fallait qu'elle fût bien certaine de ne pas confondre l'un avec l'autre deux personnages dont la position sociale était, pourtant, bien différente, car elle se dirigea vers la rue de Turenne.

--Gustave et moi, nous avons voulu le jouer. A son tour, il a pris sa revanche, se disait-elle.

Aux deux tiers de la rue de Turenne, elle s'engagea dans une ruelle à droite et, cent mètres plus loin, pénétra dans cette même allée puante et obscure de la masure où, quelques jours auparavant, était entré Camuflet.

Comme la première fois, le portier, dans la sorte de niche qui lui servait de loge, ressemelait de vieux souliers.

--Où allez-vous, ma belle fille? cria-t-il à Héloïse qui filait devant la loge sans rien demander.

--Chez le Tombeur-des-Crânes.

--Alors il est inutile de vous mettre cinq étages dans les mollets. Vous trouveriez là-haut visage de bois, ma charmante, affirma le savetier.

Héloïse crut à une consigne donnée et qu'il lui fallait forcer.

--Mais il m'attend! avança-t-elle.

--Alors, pas si tôt, car il n'est pas encore arrivé, dit le portier.

Et, croyant à un rendez-vous galant, le pipelet fit une risette à Héloïse en ajoutant:

--L'heureux drôle est vraiment inexcusable de n'être pas là pour vous recevoir.

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