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L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier 1913
by Various
Language: fr354 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: L'Illustration·Plays/Films/Dramas·French Literature
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #36331.
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The opening · free to read
Sur le monument qui sera élevé à l'auteur du Rêve je proposerais, si l'on me faisait l'honneur de me consulter, que l'on inscrivît ces simples mots: DETAILLE, PORTE-DRAPEAU. Pendant près de cinquante ans il fut cela, en effet, avec ferveur, noblesse et discipline. C'est à la mise en valeur constante et à la glorification régulière des trois couleurs qu'il employa et rehaussa les autres.
Quand surgit et passe le régiment, musique en tête, ce régiment qui de sa cadence unique et puissante aplatit et traverse tout, là où il entre et s'enfonce avec une tranquillité martiale et gaie à travers les tranchées des maisons, ramassant et draguant après lui les pensées, faisant prisonniers tous les cours,... avez-vous regardé le porte-drapeau?
C'est généralement un homme jeune, impassible et de belle stature. Comme il se redresse et marche bien! La façon dont il tient l'emblème fragile et sacré est admirable de correction, de calme énergie et de respect. Il le tient droit, tout droit, comme un grand flambeau, comme une pique, le plus droit qu'il peut. On dirait qu'il évite de le secouer, de le remuer, de lui imprimer le moindre mouvement. Il y consacre une application religieuse. Il sait qu'il a dans les mains l'ostensoir de la patrie. Il sait que l'étendard doit s'avancer ferme et haut, immobile, comme s'il allait tout seul et sans le secours de personne, que sa soie doit retomber recueillie, expressive comme une idée, repliée connue une aile. Il sait--en même temps qu'il se grandit--qu'il ne le fait que pour qu'on voie mieux l'emblème de partout et du plus loin, et que sa fierté personnelle et nécessaire à lui chétif ne lui vient que de son redoutable fardeau, et qu'il n'est rien qu'une hampe humaine, mais orgueilleuse et pâle de l'être... Et c'est pourquoi, grave, digne, il s'avance, acceptant que son visage durant le trajet soit, à chaque minute, caché par l'étoffe pourvu qu'elle vienne lui frôler les lèvres et recevoir son incessant baiser.
Ainsi Detaille, depuis sa vingtième année, jusqu'à la fin de celle-ci, jeune, svelte, élégant et soigné comme à la parade, tête haute et regard fixe vers l'horizon qui a toujours, quel qu'il soit, l'air mystérieux d'une frontière,... ainsi le beau peintre d'armées, duquel sont en deuil les soldats autant au moins que les artistes, fut lui aussi, dans sa manière, un porte-drapeau. Il aima le montrer partout, sur le rempart et au sommet de l'édifice, au champ de bataille et sur la barricade, à la, charge et au repos, flottant et apaisé, neuf et mutilé, baptisé par le feu et dormant sur les faisceaux, roulé dans sa sombre gaine de cuir, au-dessus des soldats étendus à terre dans la posture des morts et délirant au fond d'un sommeil tourmenté de gloire.
Ce rôle qu'il avait assumé explique et justifie la rare distinction de l'homme, distinction de sentiments, tous élevés et supérieurs, et aussi l'impeccabilité de sa tenue physique et morale. Rien pour lui n'était négligeable. A peine engagé volontaire du patriotisme et de l'art, il s'était tout de suite habitué à passer chaque jour l'inspection de détail de ses pensées et de ses convictions, tout comme celle de son vêtement, car il n'ignorait pas que les premières sont l'uniforme de l'âme au même degré que le second est celui du corps. Detaille portait l'habit comme s'il avait l'épaulette. On a reproché quelquefois à ses soldats leur excessive et méticuleuse netteté, leur persistante coquetterie, leur élégance voulue... Jamais on n'eut moins raison en exprimant à ce sujet, même avec déférence, de timides réserves. Ce soin touchant et prémédité n'était à ses yeux, et dans sa ferme résolution, que l'expression d'un hommage et la forme d'un culte. Il s'était rapidement rendu compte que, pour un vrai soldat d'esprit et de pratique, tout se tient, qu'il n'y a plus de petites choses, que le bouton acquiert aussitôt une importance de vertu et que le coeur n'est pas loin d'être bien placé quand la cravate est à l'ordonnance. Il prétendait que, dans son oeuvre, du simple troupier à l'officier et au général, chacun fût représentatif, honorable d'aspect, satisfît le regard difficile et soutînt l'examen, devînt, par la manière dont il était rehaussé, paré et accommodé, un exemple, un modèle, un petit morceau d'armée, un fragment vivant d'honneur, de beauté militaire, et voilà pourquoi son pinceau minutieux les caressait en les vénérant. Jamais, à aucune minute, il ne perdit le sentiment de la tenue que devait, selon lui, conserver, jusque dans la pire bousculade de la guerre, le soldat soucieux de ce nom. Toujours, nous voyons les troupes de Detaille revenir en bon ordre et avec une parfaite décence de la plus chaude affaire. La défaite elle-même ne saurait les débrailler ni les avachir. Ils font toilette pour aller à l'assaut comme une femme s'habille et se met en frais pour le bal. Ils sont pareils à ces raffinés de l'agonie qui n'oublient pas de recommander à leur dernière heure qu'on les lave bien après la mort pour paraître avec propreté là où il faut. Aussi, à nous avoir montré au repos, à l'exercice et dans l'action, des soldats ragoûtants, bien brossés et bien ficelés, bien plantés et satisfaits d'eux-mêmes, et qui ne changeraient pas avec le voisin, Detaille a conquis de bon aloi son bâton de maréchal populaire. Pour la foule de Paris et de France il restera l'auteur du Régiment qui passe. Oui, c'est bien cela. Depuis 1870 il a fait passer le régiment, partout, dans toutes les villes, dans toits les quartiers, dans toutes les rues, dans tous les villages, à toutes les étapes. Il ne nous a jamais laissé perdre le contact avec le soldat. Il a maintenu entre lui et nous, en la renouvelant sans cesse, la sainte communication. Et il a rempli ce grand devoir avec le goût le plus fin, le plus serré, la plus juste mesure, sans que cependant il se soit jamais condamné à retenir la franchise de ses desseins, ni à déguiser la direction de son élan.
Il avait un caractère aussi charmant que beau. Il eut l'esprit droit, noble et gai, le jugement sûr, le coeur chaud, la bonté discrète et tendre. Son oeuvre considérable, vaste et limpide, si étonnamment variée, porte la signature, bien lisible et jolie, de toutes ces qualités rares qui s'étaient enrôlées chez lui pour composer l'ensemble national que nous avons admiré, que nous regrettons. Mais son souvenir demeure et continue de monter la garde. Notre ami a laissé, pour le remplacer, «son soldat», le petit soldat, «le Detaille» épingle au mur que sait toute la France, clair comme son sabre, vif, astiqué, dégourdi, l'oeil pur et malin, le sang aux joues et à fleur de peau, prêt à sortir des veines et à se répandre pour le pays. Ses tableaux ont débordé les collections et les musées pour aller se suspendre d'eux-mêmes dans la maison, l'auberge et la chaumière, s'accrocher dans le regard de l'enfant, du petit paysan, du conscrit et du retraité, se placer à la cimaise de leur contemplation quotidienne. En reconnaissance, l'Alerte, le Salut aux blessés, la Sortie d'Euningue... et combien d'autres pages!... sont venues dans les chambres françaises, aux environs du lit, jusque sous la tente de l'alcôve, voisiner près des images des vieux parents morts, non loin du buis desséché qui est le plumet des crucifix.
Ainsi la carrière de Detaille, glorieuse par l'honneur auquel il subordonna toujours sa conduite et par les honneurs qu'il eut l'orgueil d'obtenir rien que pour les avoir mérités, ainsi cette carrière, quoique trop tôt brisée, finit-elle néanmoins brillamment, dans l'énergie et la clarté, sans nous apporter la moindre déception, en nous léguant au contraire l'exaltante leçon d'une belle chose, poussée et achevée, d'un ensemble complet et harmonieux. Et le peintre lyrique de la Chevauchée disparaît dans les nuages et sur la piste de la mort à une heure privilégiée, ayant assez vécu pour se réjouir avec amour du relèvement des idées de patrie et de devoir militaire qui étaient ses idées continuelles, ses idées d'activité et de loisir, de chevalet et de chevet, et sur le laurier desquelles il repose aujourd'hui, comme un bon hussard qui, le soir du combat, dort tout botté sur de la paille.
HENRI LAVEDAN.
(Reproduction et traduction réservées.)
Un de nos lecteurs nous communique le dessin reproduit ci-contre, qui prouve à quel point Édouard Detaille était prédestiné à devenir le grand peintre militaire qu'il a été, comme la brève note qui accompagnait l'envoi, et qui raconte dans quelles circonstances le maître, célèbre, universellement admiré, apposa sur ce croquis ancien sa signature, atteste la délicieuse urbanité du parfait galant homme qui vient de disparaître.
Ce croquis, précieux pour quiconque voudrait chercher à discerner les dons de précision, de virtuosité déjà en germe dans le lycéen de douze ans, date de 1861. Édouard Detaille en fit don à l'un de ses condisciples, Paul Thumeloup, plus tard avocat, puis négociant. Des mains de celui-ci il passa, par héritage, en celles d'un sien cousin, M. A. Géraud, à l'obligeance duquel nous en devons la communication.
Or, M. Géraud, s'armant de courage, osa demander un jour au grand peintre la permission de le lui montrer. Il reçut à l'atelier du boulevard Malesherbes l'accueil exquis qu'y rencontrèrent toujours tous les visiteurs. C'était en juin dernier.
Édouard Detaille fut content de revoir ce croquis enfantin, déjà si alerte. Il le jugea avec la sévérité qu'il montrait invariablement envers lui-même: «C'est amusant, dit-il... J'avais déjà du goût pour les soldats!... Mais ce n'est pas fameux.» Et il évoquait, souriant, les pensums innombrables que lui avait valus, en ces temps lointains, sa passion pour le dessin,--pour «les soldats»! Puis il prit sa plume, et dans l'angle du papier, en haut à gauche, il signa, reconnaissant galamment cet enfant oublié de sa prime jeunesse.
Le 17 janvier prochain, le Congrès réuni à Versailles désignera le successeur de M. Armand Fallières, dont le septennat arrive à son terme. Les circonstances que nous traversons, la situation extérieure toujours difficile, les graves problèmes qui se posent maintenant devant l'Europe donnent à cette élection une importance plus grande que jamais. La France entière sent profondément la nécessité d'avoir à sa tête un homme d'une expérience éprouvée, qu'une haute autorité morale, une valeur indiscutable dressent au-dessus des partis et de leurs querelles. Le Parlement partage, cette fois, les préoccupations du pays. Et consciencieusement il cherche, pour l'élever à une si haute charge, le meilleur et le plus digne.
Même, rompant avec une tradition néfaste qui faisait de la préparation d'une élection présidentielle une affaire de conciliabules secrets, d'intrigues, les groupes agissants du Sénat et de la Chambre ont voulu présenter d'avance aux votes du Congrès le ou les candidats qu'à leurs yeux il serait désirable de voir élire: c'est un geste dont la presse a été à peu près unanime à les féliciter. On avait tout d'abord songé à offrir la candidature à M. Léon Bourgeois, qui a rendu au pays d'éminents services et dont le prestige hors de nos frontières est certain: des raisons impérieuses, une santé délicate et qui exige de grands ménagements, ont contraint le ministre du Travail à ne point accepter la tâche qu'on voulait lui confier.
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