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L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913
by Various
Language: fr196 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: L'Illustration·Plays/Films/Dramas·French Literature
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #37851.
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«--Mon éminent confrère, mon bien cher ami, monsieur le secrétaire perpétuel. C'est fait. Vous me succédez. C'est vous qui prenez ma brusque suite... Je ne pensais pas, sincèrement, vous d'accorder aussitôt, mais puisqu'il a plu à Dieu de me «recevoir» au premier tour, avant la vieillesse, et de m'éviter les longues attentes, mon bonheur est très grand et absolu de vous voir occuper la place d'où j'ai le mieux aimé l'Académie, et à laquelle j'ai dû d'avoir été compris et goûté par tous, d'avoir senti, avec un charme qui me dure, même ici parmi les vrais immortels, la sincérité d'une estime cordiale et d'un respect dont j'ai tiré les dernières joies permises de ma vie. Bien que les trente-sept confrères que j'ai quittés fussent tous dignes de la fonction dont ils m'avaient honoré, quelques-uns seulement, je ne vous l'apprends pas, étaient capables de la remplir, et, en premier lieu, vous, dont la personne nécessaire s'est imposée par la modestie de son grand talent aux suffrages de l'Académie dès que je leur eus, par mon départ, rendu la liberté, vous que j'aurais choisi, et désigné par testament, si cette charge du secrétariat perpétuel m'avait appartenu avec le droit de la léguer. Telle qu'elle est, je vous la passe, et cette transmission de pouvoirs qui s'opère en secret, de moi à vous, entre deux mots du dictionnaire, et sans que rien n'en transpire, me cause une joie consolante.
» Je n'ai pas besoin de vous préciser où vous allez et ce qui vous attend. Vous le savez. Vous n'ignorez pas qu'en acceptant ce poste envié vous tournez avec résolution le dos à la paix, à la paresse, aux appels de l'oisiveté. Mais le travail et le devoir ne vous ont jamais fait peur. Ils vous ont toujours attiré partout où ils étaient, car vous avez éprouvé qu'ils vont et viennent et ne restent pas à la même place. Ils en changent exprès, à tout moment. Nous croyons avoir pris avec eux nos habitudes, et, sans crier gare, ils nous faussent compagnie. Ils rompent avec nos routines et, s'écartant, allant plus loin ou plus haut, nous forcent à les suivre, en faisant du chemin, du chemin qui monte. C'est leur manière de nous secouer et de nous empêcher de dormir, même sur eux. Ainsi, quand d'autres pensaient que peut-être d'avoir fourni pendant des années une si belle somme de labeur, d'activité généreuse et féconde, pouvait, même sans bulletin de fatigue, donner légitimement droit à quelque repos, vous, qui connaissez seul, et mieux que vos plus intimes, les ressources et les ardeurs de votre abnégation, vous avez estimé au contraire que le passé vous engageait, qu'il n'était que la préface du dévouement et l'introduction du sacrifice. Sacrifice agréable aussi par instants et glorieux, convenons-en. Vous voilà celui qu'avec une affectueuse familiarité on appelle: le Perpétuel. Vous semblez être, en vérité, à partir d'aujourd'hui, plus qu'un membre ordinaire; vous personnifiez l'Académie, vous la représentez d'une façon continue aux côtés du directeur fragile qui change tous les trois mois, tandis que vous, permanent, esclave et souverain de toutes les séances, de toutes les solennités, de toutes les représentations officielles, rapporteur de tous les prix, orateur de tous les discours, vous paraissez le personnage investi et consacré, sur lequel se portent les regards de la déférence et de l'admiration publique. Vous avez un peu, parmi nous, la popularité dont au Paradis bénéficie saint Pierre. En effet, si vous n'avez pas les clefs de l'Académie, vous êtes pourtant le plus près de la porte et vous savez, le premier, les mots auxquels selon le jour, l'heure, elle s'entre-bâille, s'ouvre à demi, ou toute grande, ou reste fermée. Vous pourriez faire beaucoup sans vos confrères. Ils ne peuvent rien sans vous.
«Depuis 1803, d'où date la création des secrétaires perpétuels, on pourrait, a dit assez justement Sainte-Beuve, écrire une histoire de l'Académie par chapitres inscrits à leur nom. On a l'Académie sous M. Suard, sous M. Raynouard, sous M. Auger, sous M. Andrieux (ce fut court; M. Arnault également n'eut qu'un règne très court), enfin sous M. Villemain: ce dernier règne depuis trente-deux ans.»
» Quand Sainte-Beuve disait ceci, c'était sous l'Empire, en 1867, époque où vous aviez vingt et un ans, et si vous ne pensiez pas que vous seriez député quatre ans plus tard, vous étiez encore plus éloigné de vous douter que vous succéderiez ici, un jour, à ce même M. Villemain, sous le buste duquel, après les six ans de M. Patin, les dix-neuf de Camille Doucet, les treize de Gaston Boissier, et mes pauvres cinq petites années à moi, si pleines et si rapides, vous viendriez vous asseoir.
» Que votre règne à vous, cher ami, soit heureux, et nombreux, je le souhaite, et, je vous le dis tout bas, j'en ai presque obtenu déjà pour vous la promesse. Vous allez tellement réussir que vous causeriez une vraie déception si vous ne commenciez par bien marquer vous-même tout de suite le sérieux dessein que vous avez de détenir au secrétariat perpétuel le record de la longévité. Laissez-vous aller à être centenaire en confiance. Vous avez toutes les qualités, les dons et les vertus qui doivent vous attacher un temps infini à cette fonction de mesure, de sagesse, de lenteur ordonnée et de certitude sereine. Vous êtes pensif, attentif, réfléchi, sérieux avec tendresse, et quand on vous connaît bien, sous la tenue d'une mélancolie qui fait partie de votre caractère, et qui en semble la pudeur, vous savez être, aux instants qu'il faut, de la plus bienfaisante et spirituelle gaieté. Vous êtes resté jeune, plein de flamme, et vos enthousiasmes ne tomberont qu'en même temps que vous, et vous êtes artiste aussi, bel ouvrier curieux de la pensée et de la phrase, épris de la forme élégante et rare sous laquelle l'idée doit exiger toujours qu'on la présente à son honneur.
» Vous aurez beaucoup de besogne, des quantités de lettres à lire, à écrire, à classer, à retenir, à égarer, à oublier, vous recevrez maintes visites, vous craindrez parfois de fléchir sous les dossiers et les rapports, vous devrez être accueillant à tous et abolir vos nerfs, et vous serez cependant pressé de mille demandes indiscrètes et gêné de sollicitations cruelles. On ne vous laissera pas un instant rêveur. «Tout faire» est, à dater de ce jour, votre devise, votre obligation naturelle. Ah! quand vous proposiez autrefois à l'Assemblée nationale la réduction du nombre des fonctionnaires, c'est que vous saviez déjà être assez fort à vous tout seul pour abattre le travail de quarante. Et voilà votre voeu de jeunesse exaucé.
» Mais, sous la lourde chaîne dont votre résistance d'esprit et d'âme allégera le poids, vous savourerez, et souvent, des tranquilles délices qui vous dédommageront. A fréquenter davantage ces anciens et vénérables bâtiments dont vous serez devenu, même si vous ne les habitez pas, le locataire moral, vous éprouverez comme cela m'est arrivé, une quiétude singulière, empreinte de noblesse, et nourrie de fierté. Nos vieilles cours aimeront vous voir aller, venir au milieu d'elles, comme chez vous, et se feront plus placides et plus provinciales quand vous traverserez leur désert, et nos grises murailles attireront--pour la garder plus longtemps quand vous les longerez--votre ombre discrète et hâtive de philosophe chrétien.--et nos pavés, qui sont parmi les derniers beaux pavés du passé, du cher vieux Paris, nos pavés, un peu inégaux, d'entre lesquels n'est pas arrachée toute l'herbe des quais d'autrefois, nos pavés seront sous vos pieds exercés: aussi doux que du sable.
» Vous allez connaître et préférer le son méditatif que fait à notre horloge l'heure d'aujourd'hui, qui tinte avec la voix triste d'hier. Vous allez tout apprendre à nouveau et en détail de l'antique maison, vous familiariser avec le dédale de ses corridors, pratiquer ses petits escaliers, ses bureaux, ses appartements, ses combles, ses entresols studieux à rideaux blancs et à pendules de marbre noir... ses placards vitrés, ses souvenirs, ses traditions,... vous allez vous lier étroitement avec les pauvres bustes si délaissés, devant lesquels vous passerez plus souvent que vos confrères, et en vous arrêtant parfois, pour souffler la poussière qui met des cendres à leur front, et songer en face de leur détresse à ce qui reste ici-bas des grandes gloires. Et quand, redescendant à la fin du jour, pour regagner votre logis de l'Aima, vous repasserez entre les deux pots à feu de pierre qui flambent et montent la garde dans la cour, à droite et à gauche du seuil, vous sentirez, cher ami, que toutes ces choses vous tiennent avec une force incroyable au coeur et à la pensée, et qu'elles ont pris à vos yeux, depuis que vous vivez en elles, une importance touchante et familiale... Et chaque fois qu'aux nombreuses séances publiques vous mettrez, pour obéir à l'usage, cet habit couleur de ciguë, qu'auparavant vous n'endossiez par corvée que de loin en loin, vous le ferez avec l'espèce de sainte coquetterie qu'éprouve le prêtre à se parer de la chasuble en soie fleurie d'épis d'or et de roses. Et votre épée elle-même vous sera nouvelle, jolie, et plus significative, et moins inutile.
»... Allons, adieu, cher Lamy. Personne ne me voit, mais vous sentez que je ne suis pas loin. C'est qu'au début de cette séance, votre première de secrétariat perpétuel, j'ai voulu revenir, une petite minute, dans cette salle, pour entendre pétiller le feu de bois sous le portrait de notre Richelieu et pour m'approcher de vous contre l'estrade. Belle réunion. Poincaré est là. Et c'est tout à fait comme de mon temps. Rien n'est changé... que moi.»
HENRI LAVEDAN.
(Reproduction et traduction réservées.)
La revue de printemps, qui fut si heureusement restituée, l'an passé, par le ministre de la Guerre, a offert, dimanche dernier, aux Parisiens, le spectacle que depuis quelques semaines ils désiraient de toute leur ferveur patriotique. L'occasion souhaitée de manifester allégrement leur confiance en l'armée, leur ardente sympathie pour nos soldats, ils l'ont saisie avec empressement, en allant admirer à Vincennes les belles troupes qui leur étaient présentées.
L'arrivée du chef de l'État, dont la daumont, attelée de six chevaux montés par des artilleurs, passa devant les lignes, le martial défilé des régiments en tenue de campagne, aux accents familiers du Chant du départ, de Sambre-et-Meuse et de la Marche lorraine, très applaudis par manière d'hommage à M. Poincaré, la charge des fantassins, masse tumultueuse hérissée de baïonnettes, et des cavaliers lancés au grand galop, sabre au clair, firent courir dans la foule immense qui se pressait sous les tribunes et tout autour du champ de courses, de longs frémissements. Et sans doute, à cet enthousiasme joyeux, se mêlait-il, cette année, un sentiment de particulière affection pour nos soldats, vers lesquels, plus que jamais, se tourne aujourd'hui notre sollicitude.
Depuis plusieurs années, une Campagne ardente est poursuivie, dans les milieux artistiques, littéraires et politiques, aux fins de protéger les trésors d'art que renferme notre beau pays de France. A plusieurs reprises, au Parlement, à l'Académie, dans la presse, on a signalé les dangereuses répercussions que peuvent avoir eues de récentes lois sur la conservation de certains monuments publics, et en particulier des églises.
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