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L'Illustration, No. 3661, 26 Avril 1913
by Various
Language: fr249 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: L'Illustration·History - Modern (1750+)·Art
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #38002.
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Les santés que j'appelle «les grandes» sont au contraire, par une espèce de loi saisissante et fatale, presque toujours petites, fragiles et capricieuses. Les grandes santés, ce sont les santés importantes, celles des gens considérables, des hommes et des femmes célèbres que l'on ne connaît le plus souvent que de nom et sans les avoir jamais vus, mais qui intéressent autant et plus même que si on les connaissait personnellement, parce qu'ils sont haut placés, ou fameux,--à quelque titre que ce soit. La caractéristique de ces santés est qu'elles ne s'appartiennent pas, ne sont pas libres d'être solides ou précaires sans qu'on le sache. Leur destin les condamne à nourrir l'attention publique. Au plus léger accroc, à la moindre alerte, elles occupent aussitôt le monde.
Au sommet de ces santés capitales, il convient de mettre avec vénération celle du Pape. La santé du Souverain Pontife est la plus populaire. Dès qu'elle subit une atteinte, la foule innombrable des fidèles de tous les pays s'inquiète et s'émeut. Chacun, selon les moyens de son imagination, se représente l'auguste vieillard, le méditatif prisonnier du Vatican, retenu dans le fond de sa chambre silencieuse et solennelle, où ne pénètrent que ses parents, ses valets de chambre, ses médecins, et les cardinaux. Par la pensée on le voit sur son petit lit, maigre, plus blanc que les blancheurs dont il est revêtu, les yeux déjà fermés par le pouce de saint Pierre. Il bouge à peine, accablé de lassitude morale et harassé de responsabilités, ne faisant rien pour retenir cette précieuse vie que tous les autres hommes s'efforcent de garder, cette vie lourde et impitoyable qui s'attache à lui et semble ne pas vouloir le lâcher, exprès, comme si elle savait qu'il en a fait d'avance le sacrifice, et qu'il souffre davantage à l'endurer qu'à la perdre. La santé du Pape! Ah! la commotion prolongée que donnent ces mots aux millions d'âmes croyantes, aux esprits simples et purs, aux cours religieux! Avez-vous jamais songé en effet à tous les couvents, à tous les cloîtres, à tous les sanctuaires, à tous les asiles, à toutes les cathédrales, toutes les églises, toutes les chapelles, à toutes les cryptes, à tous les séminaires, toutes les écoles, tous les ouvroirs, toutes les communautés, à toutes les villes, à tous les villages, à toutes les maisons, à toutes les masures, à tous les endroits d'Europe, d'Afrique, d'Amérique et d'Asie, marqués par Dieu d'une croix, où l'on s'alarme, dès qu'elle est menacée, pour la santé du Pape? Bien qu'il soit peut-être le seul entre tous les hommes à n'en avoir pas besoin, c'est cependant pour lui que l'on prie le plus, que l'on prie partout, avec une ferveur profonde et sans égoïsme. Et sa santé, en dehors des masses catholiques, va même intéresser les tièdes et les détachés de la foi. Le libre-penseur jette un coup d'oeil distrait, mais qui n'est pas toujours hostile, sur les bulletins signalant les fluctuations de la maladie, et l'ouvrier n'a pas besoin d'être un assidu de l'église pour hocher la tête avec une déférence très convenable quand sa femme, à l'heure de la soupe, ne peut s'empêcher de lui dire: «Paraît que le Pape a pris du mal.» Et dans cette sympathie universelle, dans ce zèle incontesté dont est l'objet la sauté du Souverain Pontife, il n'entre ordinairement aucune perplexité sur les suites d'une catastrophe possible. Le Pape, après tout, peut mourir, puisqu'on sait d'avance qu'il ne meurt pas et qu'à l'expiration de celui-ci qui s'éteint un autre viendra, qui, sous un nom différent, sera le même. Aussi n'est-ce donc pas, à proprement parler, l'épouvante et l'angoisse de sa disparition prochaine qui secoue les bons chrétiens tourmentés par la santé du Saint-Père. Ne sont-ils pas d'ailleurs pleinement rassurés sur son salut? Sa place n'est-elle pas de toute éternité, et pour l'éternité, marquée là-haut! Par ce fait qu'il devait porter la tiare, il a reçu le paradis dans son berceau. Alors, si la mort du Pape est incapable d'ébranler la papauté, d'en changer et d'en interrompre le cours, et si son seul effet est de lui faire rejoindre plus tôt Celui dont il était ici-bas le vicaire, pourquoi les nouvelles de sa santé, dès qu'elles cessent d'être satisfaisantes, sont-elles pour un nombre incalculable de pécheurs une cause de trouble et d'affliction?
C'est que l'on s'émeut, par respect, à l'idée que ce personnage sacré, le représentant de Jésus-Christ, n'est aussi et nécessairement qu'un homme, que, tout en étant et paraissant supérieur aux autres, il leur est pourtant pareil, par le mystère de la vie et de la mort, qu'il est un homme sans défense, qui a vieilli, qui n'a rien pu, malgré toute sa puissance spirituelle et morale, sur l'âge, la maladie, les infirmités, un homme qui souffre, qui est anéanti, et qui va comme le plus humble, le plus pauvre et le plus ignoré, rendre un de ces jours, peut-être demain, ce soir, le dernier soupir. Et si cet homme-là a été pendant des années le point de miséricorde, le centre de bénédiction et le foyer de sérénité, le dispensateur de grâce et de paix vers lequel, à un moment donné, tous les désespoirs et toutes les douleurs ont tendu leurs bras, alors on comprendra que l'éventualité de sa fin détermine une explosion de pieuse et filiale tristesse où se répand la gratitude.
Et après la santé du Pape, il y a celle des rois et des reines, des empereurs et des impératrices, qui sont de grandes santés, des santés représentatives, des santés-valeurs, dont les moindres variations ne peuvent rester inaperçues, et courent la poste. A ces santés-là, tant d'intérêts sont attachés! Tant de questions contraires en dépendent! Tant de choses, selon leurs accidents, seront modifiées dans l'histoire, prendront tournure nouvelle! Ces santés-là sont beaucoup plus guettées, plus suivies, plus âprement accompagnées que celle du chancelant et indétrônable Pontife. Si de fiévreuses prières et des voeux brûlants sont dépensés à en activer la guérison, combien aussi de souhaits pervers et de plans et de calculs sont faits pour les étouffer, les avancer, les ruiner, les supprimer!
Que de terribles et secrètes paroles sont dites, précédant les crimes qu'elles organisent! Les nouvelles de la santé des rois et des empereurs ne se propagent jamais dans une atmosphère douce et tranquille. Toujours elles gênent et contrecarrent des ambitions, des soifs, de gigantesques projets. La sensibilité n'est que la dernière à les accueillir et à s'ébranler pour elles. L'opinion ne plaint presque pas un roi ou un empereur qui est malade et en danger de mort. Elle se tient au courant, voilà tout. Mais elle s'attendrit un peu pour les femmes, les reines, celles qui partent jeunes encore, et les enfants, les petits princes et les princesses fauchés dans leur fleur.
Il faut compter aussi les santés des héros, des êtres de courage et de gloire qui, çà et là, frappent et remplissent le monde de leurs exploits, santés de grands soldats, de hardis explorateurs, de visiteurs de pôles, d'aviateurs, d'escaladeurs de ciel... Combien celles-là nous sont chères, et favorites! Que de frissons leur devons-nous! Que de pleurs coulent de nos yeux, quand elles sont brisées!
Et il y a les santés de quelques génies, des poètes, des artistes supérieurs qui sont la parure, la gerbe dorée, les lauriers vivants et pensants d'un pays, et de l'humanité...
Et puis, bien en dessous, les santés des personnages célèbres--de quelque façon que ce soit--de toutes les notoriétés bruyantes et obsédantes, les santés des millionnaires, des chanteurs, de l'actrice, du comique, du tragédien, du danseur, de la belle madame, les santés du Tout-Paris, les santés-vedettes, les santés grotesques, les santés-joujoux, les santés-réclames, les santés «pour étrangers», les santés de journalisme et de conversation, les sautés à tout faire, pour parler et pour ne rien dire.
... Et les santés de mauvais aloi, celles de l'assassin en vogue, du cambrioleur mystérieux, du grand financier escroc, du meurtrier sympathique, du parricide irresponsable et de la vitrioleuse inconsciente...
Et il y a même, de temps en temps, parmi les grandes santés inférieures, celles de quelques animaux, qui ont su faire assez parler d'eux pour atteindre la renommée... un cheval de général ayant de plus belles actions que son cavalier, un chien savant qui déconcerte... un singe bien moins laid que certains hommes aimés...
HENRI LAVEDAN.
(Reproduction et traduction réservées.)
La démission de M. Carolus Durau ayant laissé vacante la direction de l'Académie de France à Rome, l'Institut a été appelé à présenter au ministre une liste de trois artistes entre lesquels sera choisi le successeur du peintre de la Femme au gant. Et il a désigné MM. Albert Besnard, Gabriel Ferrier et Nenot, deux peintres et un architecte. Comme il est à peu près sans exemple que le ministre n'ait pas nommé, en pareil cas, l'artiste inscrit le premier sur la liste de présentation, il est certain qu'à l'heure où paraîtra ce numéro M. Albert Besnard, qui une fois déjà faillit être appelé à gouverner la villa Médicis, sera, par décret, investi de cette haute fonction. L'universel assentiment confirmera cette nomination.
A maintes reprises nous avons emprunté à l'oeuvre de ce bel artiste et de ce grand peintre, pour les reproduire, des toiles, des pastels, des aquarelles. On ne saurait avoir oublié, par exemple, la série admirable qu'il rapportait, voilà deux ans, de l'Inde. Nous y avions puisé quelques-unes des pages les plus séduisantes de notre avant-dernier numéro de Noël, des morceaux d'une originalité savoureuse, dont on ne savait ce qu'on devait admirer le plus, de leur chatoyante couleur ou de leur expressif dessin.
M. Albert Besnard est, en même temps que l'un des tempéraments les plus personnels de ce temps, un fervent des grandes traditions sans lesquelles il n'est pas d'art durable et, à ce double titre, sera pour les pensionnaires futurs de la villa Médicis le meilleur des mentors, libéral, certes, indulgent aux audaces, mais qualifié, par toute son oeuvre--si classique, et dont s'épouvanta pourtant, tout au début, «l'académisme»--pour rappeler à l'occasion qu'il est des règles qui n'ont jamais entravé l'épanouissement d'aucune originalité.
Mme Charlotte Besnard, artiste elle-même, sculpteur de talent, en même temps que maîtresse de maison accomplie, parfaite compagne, enfin, de l'homme du monde qu'est son mari, saura conserver aux salons de la villa Médicis, illustrés par le passage de tant de grands artistes et de tant d'hôtes de marque, le caractère qui en fait, dans la Ville Eternelle, un rayonnant foyer de l'esprit français.
Comme préface au vote de la nouvelle loi militaire allemande, notre important et estimé confrère de Leipzig, l'_Illustrirte Zeitung_, vient de publier, avec l'aide évidente, et d'ailleurs déclarée, du ministère de la Guerre, un numéro spécial consacré entièrement à l'armée.
Ce numéro est un monument. Il est formidable, écrasant et chaotique, comme cet autre monument qui accable aujourd'hui la plaine de Leipzig précisément, en souvenir de «la bataille des géants» du 18 octobre 1813.
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