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L'Illustration, No. 0040, 2 Décembre 1843

L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.

Nº 40. Vol. II.--SAMEDI 2 DÉCEMBRE 1843. Bureaux, rue de Seine, 33.

Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr. Prix de chaque Nº. 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75.

Ab. pour les Dép.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr. pour l'Étranger. -- 10 -- 20 -- 40

SOMMAIRE.

Histoire de la Semaine. Cour du Banc de la Reine Dublin; Portrait de l'impératrice du Brésil.--Courrier de Paris.--Destruction des Monuments historiques. Ave de Saintes.--Théâtres. Mlle Déjazet dans la Marquise de Carabas; Arnal en Berger dans l'Homme blasé; Dix Caricatures sur la Péri.--Romanciers contemporains. Charles Dickens. (Suite.)--L'Ame errante. Cinq Gravures, par Tony Johannot.--Améliorations et Ouverture des Voies publiques à Paris. Plan de Paris avec indication des rues nouvelles ou projetées.--Musique. Je t'ai bien longtemps attendu; romance; paroles de M. Henri Blaze; musique de M. Allyre. Bureau.--Monument élevé par les Écossais à la mémoire des prisonniers français. Gravure.--Bulletin bibliographique.--Annonces.--_Corps de garde et Plan de la place de la Bastille_.--Amusements des Sciences.--Rébus.

Nota. Le portrait de la reine d'Espagne donné dans notre dernière livraison était tiré du Semenario pintoresco español.

Histoire de la Semaine.

Que les gens avides de politique prennent patience: l'ordonnance de convocation des Chambres a paru au Moniteur: elles se réuniront le 27 décembre, et bientôt les cris: aux voix; et la clôture! retentiront aux oreilles qui ne connaissent pas de sons plus harmonieux.--En attendant, Paris a eu à se débattre sur des candidatures, et à se passionner sur des noms propres. Quatre de ses arrondissements ont élu de nouveau leurs mandataires au conseil municipal; opération sérieuse, car le bail est de neuf ans et non résiliable, et neuf ans du budget de Paris, c'est environ un demi-milliard, au bon emploi et à la meilleure distribution duquel chaque élu est chargé de veiller. Les électeurs ont dès le premier tour de scrutin, réélu à de fortes majorités tous les hommes qui avaient précédemment rendu des services notables dans les fonctions qu'ils sollicitaient de nouveau. Il y a eu et il devait y avoir, en effet, moins d'ensemble pour les désignations nouvelles. Elles ont porté sur des hommes estimés par leurs concitoyens, mais généralement peu connus en dehors de l'arrondissement qui les a choisis. Un seul nom devait à des idées de régénération sociale qui ne sont pas encore précisément celles de tout le monde, à une publication quotidienne qui à une politique, à part, et à une polémique qui la sert mal, une notoriété qui a trouvé d'abord les électeurs indécis. Mais la réunion préparatoire a fait cesser l'éloignement de beaucoup d'entre eux, et au second tour de scrutin, ce nom, déjà avantageusement placé le premier jour, est sorti vainqueur de l'urne. C'est celui de M. Victor Considérant, rédacteur en chef de la Démocratie Pacifique. Auprès de beaucoup d'électeurs, l'adjectif aura demandé et obtenu pardon pour le substantif.

En Espagne, avant de se trouver un mari, la jeune reine, aujourd'hui majeure, a dû commencer par se chercher des ministres. M. Lopez a persisté dans son refus de rester aux affaires; M. Serrano seul a gardé le portefeuille du département de la guerre. Le président du cabinet, qui se retire après la majorité déclarée de la reine, et aussi après la cessation de ce que la lutte armée avait de plus ardent, ne s'est point dissimulé que pour arriver à quelques-uns de ces résultats, qui n'étaient peut-être pas tous également utiles et qui auraient pu, on le pense assez généralement aussi, être obtenus par d'autres moyens, il s'était cru forcé trop de fois de méconnaître la constitution pour pouvoir administrer sous elle et par elle, alors qu'il n'y avait plus de prétexte pour se soustraire à son empire. M. Olozaga, qui a proclamé qu'il fallait rentrer dans la Charte, a été chargé de composer un cabinet et a rempli cette mission. Nous verrons si les progressistes lui prêteront l'appui qu'il a témoigné la confiance d'obtenir d'eux. En Catalogne, le désarmement de Barcelone s'est opéré; les émigrés de cette ville y sont rentrés, et les travaux des fabriques ont commencé à reprendre. Le capitaine-général de la province, après avoir présidé aux mesures qui ont suivi la capitulation et la reddition de la ville, a dû aller lui-même, suivi de six bataillons, prendre le commandement des troupes qui bloquent encore le château de Fignières.--En Irlande, O'Connell et ses coaccusés ont fait plaider la nullité de la procédure suivie jusqu'ici contre eux. Leurs moyens, longuement débattus, n'ont pas été admis par les magistrats. Ayant demandé un délai de quatre jours, qui leur a été refusé, ils ont comparu en personne devant la cour du banc de la reine et ont déclaré, selon la formule anglaise, vouloir plaider non coupable. La réflexion est alors venue que la liste du jury n'était pas dressée en stricte conformité avec les statuts; que ce serait à coup sur là un nouveau moyen de nullité que les accusés ne manqueraient pas d'invoquer: on s'est donc résolu à leur accorder, au lieu des quatre jours demandés et refusés d'abord, jusqu'au 15 janvier, jour définitivement fixé pour le procès. La liste des jurés sera renouvelée le 1er janvier et soigneusement surveillée par la défense. --Une ligue, qui ne préoccupe pas le cabinet anglais moins que ne le fait l'association irlandaise, c'est celle qui s'est formée sous le titre d'_anti-corn-law-league_, pour la réforme radicale de la législation sur les céréales. Il est difficile d'essayer même d'en finir avec celle-ci par une proclamation contre des meetings. Déjà elle est parvenue à faire triompher dans deux élections récentes deux candidats qui adoptaient son programme; à l'élection qui vient d'avoir lieu à Salisbury, elle n'a pas obtenu la majorité, mais elle en a approché, et a atteint un chiffre dont l'opposition s'était tenue bien loin jusque-là. Le ministère croit pouvoir se tirer de tous ces embarras en présentant, à l'ouverture du Parlement, une loi pour déclarer illégale toute association qui recueillera des fonds pour obtenir le rappel ou tout autre acte de législature. Comme l'association contre les céréales est surtout une organisation recevant des fonds, elle succomberait, rumine les autres, au moyen de l'acte qu'on espère ne pas se voir refuser par le Parlement.--La Turquie a aussi ses crises ministérielles. Le président du conseil de justice, Haliz-Pacha, a été destitué le 8 novembre, et a été remplacé par le beau-frère du

sultan Achmed-Fehti-Pacha. Ce nouveau ministre a été, pendant les années 1838 et 1839, ambassadeur de la Porte en France. C'est un homme éclairé, qui passe pour humain, probe, et dévoué aux intérêts de la civilisation. La Gazette d'Augsbourg nous fait l'honneur de dire que les griefs de la France et ses réclamations contre les actes d'inhumanité du ministre disgracié ont amené la chute de Haliz-Pacha. Toujours est-il que notre chargé d'affaires à Constantinople, M. de Bourqueney, a mis à faire parvenir cette nouvelle une diligence qui prouve qu'il la considère comme un triomphe presque personnel. M. le duc d'Aumale s'est rendu à Rome, puis à Naples, s'est embarqué ensuite pour Malte, et doit maintenant être descendu sur la côte d'Afrique, où il va prendre le gouvernement de Constantine, qui ne doit être, dit-on, que le prélude pour lui du gouvernement général de l'Algérie. S'il a pris le plus long pour se rendre à son poste, ce n'est pas, à ce qu'il paraît, uniquement par curiosité. On a pensé que, dans la situation où notre gouvernement se trouvait vis-à-vis de quelques prélats, un hommage rendu, une visite faite au souverain pontife par un de nos princes, serait un témoignage de respect qui pourrait nous rendre Sa Sainteté favorable, et la déterminer à exercer son influence pour faire cesser un conflit embarrassant. Voilà pour la politique; mais elle n'aura joué qu'un rôle secondaire dans l'itinéraire du prince, qu'une négociation plus séduisante et plus tendre a conduit à Naples. Le 4 septembre dernier, une des soeurs du roi des Deux-Siciles, la princesse Thérèse-Christine-Marie a épousé l'empereur du Brésil; le duc d'Aquila, leur frère, dont le nom a été écarté par des influences diplomatiques dit la liste des prétendants de la jeune reine d'Espagne, le duc d'Aquila vient de demander officiellement la main de la princesse Jannuaria, soeur aînée de l'empereur du Brésil et de la princesse de Joinville; aujourd'hui, il n'est plus secret qu'un projet de mariage a conduit dans cette cour d'amour M. le duc d'Aumale; mais les correspondances ne sont pas d'accord, et tandis que les unes lui font épouser la soeur du roi de Naples, de l'impératrice du Brésil et du duc d'Aquila, les autres le marient à la fille du prince de Salerne, leur cousine.

Après les princes qui prennent femme, il y a les princes qui sont fort embarrassés d'en avoir une. Le soi-disant duc de Normandie, Louis XVII, plongé, ainsi que sa nombreuse famille, dans la misère, voit se continuer les débats dont nous avons déjà parlé avec ses créanciers anglais. Il s'est présenté devant la cour des débiteurs insolvables, et a requis sa libération. Il a dit avoir reçu de France, de ses partisans, depuis 1836, diverses sommes s'élevant à 250,000 francs. Ceci aura pu paraître invraisemblable; mais dans toute la romanesque histoire de cet homme, la vérité l'est par-dessus tout. Nous surprendrions étrangement nos lecteurs, si nous leur racontions tous les détails qui nous ont été communiqués sur le séjour en France de ce singulier prétendant, sur les dévouements qu'il y a fait naître, sur les sommes considérables qui lui ont été très-spontanément remises, sur l'espèce de cour qu'il avait instituée autour de lui, sur les aides-de-camp appointés qu'il s'était attachés, et qu'il avait pris dans la garde royale même. Nous ne renonçons pas à en faire quelque jour le sujet d'un récit très-exact, nous résignant bien néanmoins à ce qu'il rencontre des incrédules. En attendant que Louis XVII trouve un historiographe, il a trouvé un créancier impitoyable, qui est venu s'opposer à sa mise en liberté. La cour a remis à prononcer.

Il s'est formé à Paris, au mois d'octobre 1839, grâce aux efforts de femmes pleines de vertus charitables, et avec l'appui d'un homme qui a consacré une large part de sa vie à des actes utiles, un établissement appelé l'_Asile-Ouvroir de Gérando_, et destiné à recueillir les jeunes filles séduites et abandonnées qu'une faute a conduites soit à la Maternité, soit à la maison de Lourcine. La débauche, le crime peut-être attendraient la jeune mère à la porte de ces établissements, que le malheureux enfant, auquel elle venait de donner le jour, ne quitterait que pour les Enfants-Trouvés. L'Asile-Ouvroir recueille ces infortunées immédiatement après leurs couches. Elles y sont admises quand elles n'ont pas atteint vingt-cinq ans, âge à partir duquel la faute ne peut plus guère être mise sur le compte de l'irréflexion; parfois il en est qui ne comptent pas encore quinze années. Elles y sont admises, à la condition toutefois de prendre l'engagement de garder leur enfant et d'en prendre soin. C'est la pensée fondamentale de la maison, pensée morale et élevée. Cet Asile ne compte encore que vingt-cinq lits. La moyenne des lits occupés est de dix-huit. Voici le mouvement de cet établissement en trois ans: 385 filles y sont entrées venant de la Maternité, des Cliniques et de Lourcine; sur ce nombre, 291 ont été placées par l'établissement, 7 sont rentrées chez leurs anciens maîtres, 35 ont été réconciliées avec leurs parents, 3 se sont mariées, 35 ont été renvoyées pour différentes causes, 2 sont décédées, 12 se trouvaient encore dans la maison au moment où ce relevé était fait. Toutes avaient mis leur enfant, soit en nourrice, soit en sevrage. Il produit du travail de ces pauvres filles sert à les vêtir. Il est pourvu aux autres dépenses de la maison par le produit de fondations et de collectes.--Au Brésil, ou sait tirer un tout autre parti des pauvres mères et des enfants. Voici des annonces que renfermaient les derniers journaux parvenus en Europe: «A vendre, une mulâtresse, nourrice, âgée de vingt ans; elle a de très-bon lait. Son premier enfant est âgé de quatre mois. S'adresser rue de San-Pedre, 180. A vendre, une femme noire, qui est accouchée il y a six mois; elle est bonne pour tout faire. S'adresser largo do Poco, 5. A vendre, une domestique; elle a du lait et un enfant âgé de huit mois. Ou peut la prendre avec ou sans son enfant; elle est sans défaut. S'adresser rue de Roseria. A vendre, un petit mulâtre âgé de deux ans, très-gentil, et qui ferait un joli cadeau de Noël. S'adresser rue San-Lawis.»

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