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Sommaire,

Exposition des Produits de l'Industrie de 1844. _Vue extérieure des bâtiments._--Histoire de la Semaine.--La Couronne, romance de M. E. de Lonlay, musique de madame Pauline Duchambge.--Chemins de Fer. Carte des chemins de fer de France.--Courrier de Paris.--Les Plaisirs du Malheureux, imité de Lever. Une Gravure.--Ouverture du Musée de l'hôtel de Cluny et du Palais des Thermes. Triptique en bois doré et sculpté; Entrée de l'Hôtel de Cluny; Verre à boire; Vue de la Cour de l'Hôtel de Cluny; les Thermes de Julien.--Académie des Sciences. Compte rendu.--Petites Industries en plein vent. Sept Gravures.--Bulletin bibliographique.--Lettre d'un Abonné de Concarneau.--Caricature. Un Bal de Chiens.--Le Ballon de cuivre. Une Gravure.--Rébus.

Exposition des Produits de l'Industrie de 1844.

Une grande solennité industrielle se prépare à Paris, solennité à laquelle doivent assister et concourir tous les départements de France, tout ce que l'industrie compte d'adeptes, tous ceux enfin que l'industrie a élevés, enrichis, distingués. Une exposition des produits de l'industrie doit s'ouvrir le 1er mai prochain, et durera deux mois.--Nous avons applaudi sans restriction au passage d'une circulaire du ministre du commerce relative à l'exposition des produits de l'industrie de 1844, où, après avoir donné aux préfets diverses instructions sur la formation et les travaux des jurys départementaux, il ajoute: «Les jurys, je n'en doute pas, seront heureux de pouvoir signaler les noms des industriels, chefs d'atelier ou simples ouvriers qui, par des perfectionnements ou des procédés ingénieux, auraient rendu des services à l'industrie. Ce sont là des titres honorables à la reconnaissance du pays, et le gouvernement, sur le rapport du jury central, saisira avec empressement l'occasion de mettre ces titres sous les yeux du roi.» Voilà une bonne pensée dont les chefs de l'industrie s'empresseront, il faut le souhaiter, de réaliser l'application. Nous avons trouvé un exemple frappant de cette honorable association du maître et de l'ouvrier dans le compte rendu de l'exposition de 1806. On y remarquait un envoi de fer préparé dans la Haute-Marne. Cet envoi était fait par trois personnes qui prenaient les désignations suivantes: M. Robin, propriétaire de la forge; Mathieu, fermier; Puichard, forgeron affineur qui a préparé le fer.

Cette exposition est la dixième à laquelle l'industrie ait été conviée depuis 1798, époque de la première; et l'on nous croira facilement, quand nous dirons que chaque exposition a présenté un progrès sensible sur la précédente, et que ce progrès a surtout été remarquable depuis la dernière qui ait eu lieu sous la restauration.

Nous allons présenter rapidement l'aperçu historique de ces expositions successives, nous réservant de signaler plus tard la marche générale de l'industrie en France, les améliorations de chacune de ses branches, les causes de ses progrès, les entraves qui s'opposent encore à son développement plein et entier, et les chances d'avenir qu'elle doit trouver dans un système plus perfectionné de douanes d'une part, et de moyens de transport de l'autre.

Nous ne discuterons pas ici à fond l'utilité de ces expositions. Nous savons que quelques esprits se sont vivement élevés contre ces exhibitions périodiques, prétendant que là ne naît pas la véritable émulation, et citant pour exemple l'industrie anglaise, qui est arrivée à un si haut point de prospérité sans jamais avoir eu recours au stimulant des expositions. La meilleure réponse à faire en ce cas, est de raconter ce qui existe. Certes on admettra que les meilleurs juges, en cette matière, sont ceux mêmes qui partent de tous les points de la France, pour venir concourir aux expositions. Eh bien! le nombre de ceux-là a toujours été en augmentant, comme on le verra par les chiffres que nous donnerons tout à l'heure. Depuis que les expositions ont commencé en France, plusieurs chefs-lieu de département ont suivi l'exemple de la capitale. Les étrangers eux-mêmes ont prouvé qu'ils comprenaient les avantages de cette institution féconde. Il y a maintenant des expositions à Bruxelles, à Vienne, à Naples, à Berlin, en Suède, en Russie, en Espagne même, et partout on en a reconnu l'heureuse ressource, de grands perfectionnements se sont introduits dans les procédés de fabrication, et tout a concouru à amener, en même temps que l'amélioration des produits, des baisses de prix remarquables, qui ont fait descendre, jusque dans les classes inférieures, les bienfaits de la civilisation.

Il ne faut pas se le dissimuler d'ailleurs, dans l'ordre matériel comme dans l'ordre intellectuel et politique, la publicité change et bouleverse toutes les bases économiques. La liberté d'examen et de discussion amène avec elle le progrès, à quelque branche de connaissances humaines qu'elle s'applique, et tous ces propres sujets parallèles. Les connaissances théoriques et pratiques se répandent bien vite dans les masses et viennent rapidement augmenter leur bien-être, quand on leur permet de voir, d'examiner et de juger. C'est encore là, nous devons le dire, un des immenses services de la presse. Il n'est plus, heureusement, le temps où tout homme possesseur d'un secret, d'une amélioration, tenait le plus longtemps possible la lumière sous le boisseau; et en cela il ne faisait envers les autres que ce que les autres faisaient envers lui-même. Funestes représailles qui ont aujourd'hui disparu. Aujourd'hui les progrès de l'un servent à tous, et le consommateur en profite; aujourd'hui, avec les expositions quinquennales, chaque industriel sort de sa fabrique et vient montrer à tous les fruits de son intelligence, les produits de son travail; à ses concurrents, comment et en quoi il les surpasse; aux consommateurs, par quels moyens il peut livrer à bas prix de bonnes productions; car tout le progrès est dans le prix que le producteur demande de sa chose. On n'admet pas à l'exposition le chef-d'oeuvre, la pièce exceptionnelle faite pour la circonstance, et pour laquelle il n'y a pas de cours; mais une fabrication bonne et continue, qui ressort à un prix constant, pendant, comme après l'exposition.

Un dernier mot enfin sur l'utilité des expositions, au point de vue de l'instruction industrielle du consommateur. Croit-on qu'il n'y ait pas un résultat positif d'éducation obtenu quand, pendant deux mois, chacun a pu visiter en détail ces vastes salles où toutes les industries, sans exception, ont leurs représentants; où, après le coup d'oeil d'ensemble, on peut étudier les détails, où la fabrication dévoile tous ses secrets, où tout est apparent, outils, matières premières, manipulations, produits, tout, excepté l'ouvrier? Le goût ne doit-il pas se former quand, par exemple, pour les meubles, pour les bronzes, on voit réunis, dans un petit espace, des spécimens de tous les styles, de toutes les époques, la chaise rustique et le fauteuil pompadour, l'acajou uni et le palissandre incrusté, le simple pavé (pendule de cabinet) et les formes les plus capricieuses, les plus maniérées du siècle de Louis XV? Oui, sans doute, en sortant de là, on a vu et on sait; on a appris de la manière la plus agréable et la moins fatigante.

La première exposition, nous l'avons dit plus haut, a eu lieu en 1798. La campagne d'Italie venait de finir, et, à cet instant de calme où la république, comme le soleil, prouvait elle-même son existence, il semblait qu'une ère de paix, de force et de richesse dût enfin se lever pour la France. Il fut décidé qu'on célébrerait par une fête splendide l'anniversaire de la république, et François de Neufchâteau eut l'heureuse idée de consacrer cet anniversaire par une exposition des produits de l'industrie; c'était inaugurer dignement la paix; et, cependant, nous devons le dire, cette exposition imprévue, il est vrai, mais venue après des années orageuses, quand les hommes de coeur et d'intelligence étaient sous les drapeaux, et défendaient la patrie aux frontières avant de la servir à l'intérieur, cette exposition ne fut pas brillante. On en rehaussa l'éclat par les cérémonies imposantes de son ouverture. Ce fut vraiment une fête nationale, à laquelle le peuple s'associa avec enthousiasme: il y voyait la réhabilitation du travail et la possibilité de s'élever, dans le champ paisible de l'industrie, aux mêmes honneurs, à la même importance sociale que ceux de ses frères, qui arrosaient de leur sang les champs de bataille.

Cette exposition dura trois jours, et rien ne peut rendre l'aspect animé que présenta pendant ces trois jours le temple de l'Industrie (style de l'époque). Le gouvernement avait demandé que le jury lui désignât les douze exposants des produits les plus remarquables; le choix du jury s'arrêta sur les noms suivants, que nos lecteurs reconnaîtront, car depuis cette époque, quelques-uns ont encore grandi; c'étaient MM. Bréguet, horlogerie; Lenoir, instruments de mathématiques; Didot et Herman, typographie; Clouet, acier; Dilh et Guérard, tableaux en porcelaine; Desarnon, cheminées; Conté, crayons; Gremont et Barré, toiles peintes; Potter, faïence; Paye fils, Deharme, tôle vernie; Julien, coton filé à la mécanique.

Le ministre de l'intérieur, en rendant compte de cette exposition, disait; «L'exposition n'a pas été très-nombreuse; mais c'est une première campagne, et cette campagne a été désastreuse pour l'industrie anglaise. Nos manufactures sont les arsenaux d'où doivent sortir les armes les plus funestes à la puissance britannique.» Telle était en effet la tendance de l'époque; et n'est-ce pas ce qu'on pense, ce qu'on cherche, ce qu'on désire encore aujourd'hui?

La seconde et la troisième exposition eurent lieu en 1801 et 1802, sous le ministère de Chaptal. Ou sentait déjà renaître l'industrie; le nombre des exposants a doublé en 1801, et quintuplé en 1802. Presque toutes les branches y sont représentées, et, si l'on entrevoit la possibilité de résultats plus beaux, on peut du moins déjà se rendre compte du progrès amené par trois années de calme. A l'exposition de 1801, on décerna douze médailles d'or, vingt médailles d'argent, et trente, médailles de bronze. Ternaux, Mongolfier eurent la médaille d'or. Mais un fait bien caractéristique et qui prouve combien peu encore à cette époque on savait apprécier le travail des machines et les résultats qu'on pouvait en espérer, c'est que Jacquart, l'immortel Jacquart reçut une médaille de bronze, «pour un mécanisme, dit le rapport du jury, qui supprime, dans la fabrication des étoffes brochées, l'ouvrier appelé tireur _de lacs._» Tout le monde sait aujourd'hui ce qu'est le métier de Jacquart, et a pu apprécier l'immense révolution que son adoption a causée dans la fabrication lyonnaise principalement.

L'exposition de 1806 fut beaucoup plus brillante. Ce que l'on y remarqua surtout, ce furent les châles imités de Cachemire, industrie qui a toujours été en se perfectionnant depuis, et qui est arrivée aujourd'hui à un degré tel qu'il faut une grande attention, et nous dirons presque des connaissances spéciales, pour distinguer un tissu français d'un tissu indien.

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