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Le shah de Perse est arrivé à Paris le dimanche 6 juillet, et y a fait son entrée au milieu d'un concours immense de spectateurs. Nous ne rendrons pas compte à cette place des fêtes dont la réception de Sa Majesté a été l'occasion et dont nos lecteurs trouveront la description détaillée dans une autre partie du journal. Constatons seulement que ces fêtes ont été magnifiques et de nature à laisser une impression profonde dans l'esprit du souverain étranger.

L'Assemblée nationale a décidé qu'elle suspendrait ses séances pendant trois jours à l'occasion de ces fêtes, et elle s'est séparée après avoir voté, pendant le cours de la semaine, un nombre considérable de lois d'affaires dont l'énumération nous entraînerait trop loin. Le seul incident d'un caractère politique qui ait interrompu ces travaux a été suscité par une demande d'interpellation tendant à la levée de l'état de siège, et qui a été ajournée au 15 novembre prochain. D'ailleurs, l'époque des vacances approche, une sorte de lassitude et un visible besoin de repos se sont emparés des diverses fractions de la Chambre, et il est probable que les grandes délibérations ne seront reprises qu'après la rentrée.

En attendant, l'évacuation finale du territoire français encore occupé a commencé, et sera complète le 1er août, moins Verdun.

Le Mémorial des Vosges nous apprend que lundi réquisition a été faite à la compagnie des chemins de fer de l'Est, d'avoir à fournir quatorze wagons chaque jour pour le transport du matériel.

Le départ des troupes ne commencera pas avant le 25 et sera terminé le 31 juillet.

A Epinal, le mouvement commencent le 25 et sera terminé le 28. C'est la batterie d'artillerie qui partira d'abord, puis le lazareth ou ambulance, les dragons et l'infanterie. Ces différents corps de troupes voyageront par étapes. Les gîtes désignés sont Docelles, Cheniménil, la Houssière, Corcieux, Aydoilles, Bruyères, Saint-Dié, Girecourt, Gugnécourt, Saint-Benoît, Moyenmoutier, Grandvillers, la Salle, la Bourgonce, Senones, Raves.

Dès le 15 juillet, des détachements de gendarmerie mobile seront envoyés dans les Vosges. On s'occupe de préparer les logements pour les recevoir. On n'a pas de renseignements précis sur l'arrivée des troupes de garnison française.

Le Courrier de Verdun annonce que la ville de Clermont est évacuée depuis mardi; le bataillon prussien qui formait la garnison de cette ville a dû arriver mercredi 9 juillet à Verdun. Le conseil municipal de Verdun a décidé à l'unanimité que la ville ferait les avances nécessaires pour placer chez les logeurs les nouvelles troupes prussiennes qui viennent augmenter la garnison. La garnison bavaroise de Montmédy a reçu l'ordre, dit le Courrier, de commencer son mouvement de retraite le 15 juillet.

Le Journal d'Alsace annonce, en effet, que la garnison bavaroise de Montmédy quittera cette place le 15 juillet.

ESPAGNE.

Les Cortès espagnoles élaborent une nouvelle Constitution destinée à organiser la république fédérale. La commission chargée d'en rédiger le projet vient d'en arrêter le plan général. L'Espagne sera divisée en quinze États fédéraux, dont onze pour l'Espagne proprement dite et quatre pour les colonies, c'est-à-dire pour Porto-Rico, Cuba, les Philippines et Fernando-Po. Ces États, ainsi que les cantons et les communes qui en forment les subdivisions, pourvoiront à leurs dépenses spéciales au moyen d'impôts votés par eux-mêmes. L'armée, la marine, les télégraphes, les douanes, la dette publique, les finances, seront du ressort du pouvoir central. Ce pouvoir sera constitué de la manière suivante: un Congrès nommé par le suffrage universel, l'âge des électeurs étant fixé à vingt et un ans; un Sénat nommé par l'assemblée des cantons, à raison de quatre sénateurs par canton. La durée des législatures sera de trois ans, avec des sessions annuelles de cinq mois, divisées en deux réunions; l'une, d'octobre en décembre; l'autre, de février en avril. Le président de la République, nommé pour trois ans également, non rééligible, investi d'un veto suspensif dont la durée sera égale à celle de ses pouvoirs, commande les armées de terre et de mer et nomme les ministres, qui ne peuvent pas être députés, ni même assister aux séances des Chambres. Telle est en quelques mots l'ébauche de cette nouvelle Constitution, dont les principes fondamentaux sont les suivants: Autonomie complète des administrations locales; unité législative, économique, militaire et financière de la République fédérale.

ITALIE.

La crise ministérielle qui sévissait en Italie depuis près de quinze jours est définitivement terminée ou à peu près. Après des pourparlers qui se sont prolongés pendant tout ce temps et qui ont menacé plusieurs fois de ne pas aboutir, M. Minghetti a enfin réussi à former un nouveau cabinet dont la composition, bien qu'elle ne soit pas encore officiellement confirmée à l'heure où nous écrivons, paraît cependant arrêtée ainsi qu'il suit: MM. Minghetti, président du conseil et ministre des finances; Visconti-Venosta, ministre des affaires étrangères; Cantelli, ministre de l'intérieur; Vigliana, ministre de la justice et des cultes; Ricotti, ministre de la guerre; Scialoja, ministre de l'instruction publique; Spaventa, ministre des travaux publics, et Riboty, ministre de la marine.

C'est une question de finances qui a été la cause immédiate de la chute du cabinet Lanza, déjà fortement ébranlé par la désorganisation produite dans le Parlement italien par la mort de M. Ratazzi. Depuis longtemps déjà l'homogénéité du cabinet Lanza était troublée par des dissentiments graves entre ses différents membres; tandis que M. Sella, le ministre des finances, s'attachait à assurer l'équilibre du budget par des réductions de dépenses, les ministres de la guerre et des travaux publics se refusaient à des économies considérées par eux comme nuisibles à la sécurité et à la prospérité du pays. C'est ainsi que, par suite des crédits demandés en particulier par ces deux ministères et votés par la Chambre, crédits dont il avait vainement réclamé la réduction, M. Stella s'était trouvé en présence d'un déficit de 30 millions de francs sur le budget de 1874. Pour combler ce déficit, M. Sella avait proposé un ensemble de mesures financières qui, discutées par le Parlement italien à la fin de sa session et au moment où une grande partie des députés avaient devancé par leur départ l'époque des vacances, furent repoussées par une majorité de 157 voix contre 80, malgré les efforts du ministre qui avait fait de l'adoption de ces propositions une question de cabinet. Sur les 157 voix qui venaient de renverser le cabinet, 90 appartenaient à la gauche, représentée par M. Depretis, et 67 à la droite, ayant pour leader M. Minghetti. Cette coalition de deux partis opposés, capable de renverser le ministère, ne pouvait plus s'entendre le jour où il s'agissait de le remplacer; de là les difficultés qui s'opposèrent à la constitution immédiate d'un nouveau cabinet; le roi Victor-Emmanuel, rigoureux observateur des formes parlementaires, aurait voulu, assure-t-on, appeler à la fois au pouvoir MM. Minghetti et Depretis, mais il fallut bientôt renoncer à cette combinaison et M. Minghetti dut être seul chargé de la formation du nouveau ministère. Sera-t-il plus heureux que son prédécesseur? C'est ce que la prochaine session du Parlement nous apprendra. En attendant, on s'accorde généralement à reconnaître que M. Sella avait réalisé dans l'administration financière du royaume, d'importantes améliorations. Ainsi, le chiffre total du revenu, qui était, en 1869, de 863,850,000 fr., s'était élevé, en 1873, à 1,044,000,000, soit une augmentation de plus de 180 millions; de cette augmentation, il faut retrancher, il est vrai, une somme de 37 millions et demi provenant de l'annexion des États romains, mais cette déduction faite, il reste encore un surplus de près de 148 millions obtenu en moins de quatre ans et qui fait incontestablement honneur à la gestion de M. Sella.

TURQUIE.

Le sultan vient d'adresser au vice-roi d'Égypte un firman qui équivaut à peu de chose près à la reconnaissance de son indépendance et qui ne peut être considéré autrement que comme un grand pas de fait vers la dissolution de l'ancien empire ottoman.

Abdul-Azis commence par y ratifier le changement qu'Ismaïl-Pacha a introduit dans l'ordre de succession au gouvernement de l'Égypte en décidant que son fils aîné porterait après lui la couronne qui, d'après la loi musulmane, devrait revenir au plus âgé des princes survivants de sa famille. On peut reconnaître là la trace des préoccupations personnelles du sultan, dont le plus ardent désir est, comme on sait, de modifier également l'ordre de succession en Turquie. Le firman autorise ensuite le khédive à faire toutes les lois et règlements intérieurs qu'il jugera nécessaires; il lui donne le droit de contracter, de son propre mouvement, des emprunts à l'étranger, de conclure des conventions douanières et des traités de commerce, de fixer à son gré le contingent de ses forces de terre et de mer, d'administrer enfin le pays de sa pleine et entière autorité, sans avoir aucun compte à rendre à la Sublime-Porte. Les seules réserves que contienne l'acte impérial ont trait à la monnaie qui continuera à être frappée au nom du sultan, au drapeau qui doit toujours être celui des troupes ottomanes, à la nomination des généraux, aux vaisseaux blindés qui, par un caprice assez singulier d'Abdul-Azis, ne pourront être construits sans une permission spéciale, au payement du tribut annuel de 4 millions dont l'empire besogneux ne saurait se passer. On voit que l'abandon des droits suzerains est à peu près complet, et que l'Égypte devient de fait une puissance maîtresse d'elle-même.

Au moment où l'Égypte devient ainsi en quelque sorte un royaume indépendant, son territoire est sur le point de s'étendre par des annexions considérables. Un télégramme d'Alexandrie annonçait il y a quelques jours l'arrivée à Khartoum de sir Samuel Baker et le succès complet de l'expédition entreprise par le voyageur anglais pour le compte du khédive. On sait qu'à la suite du voyage fait il y a quelques années par sir Samuel Baker dans l'Afrique équatoriale et des importantes découvertes auxquelles ce voyage donna lieu, le Gouvernement égyptien organisa une expédition militaire et scientifique dont il donna le commandement à l'heureux explorateur. L'expédition eut à lutter contre des difficultés de tous genres et fut successivement réduite de trois mille hommes à quelques centaines, mais le but qu'elle se proposait a été atteint; la route de Zanzibar est ouverte au commerce égyptien; les tribus sauvages peuplant ces contrées ont été soumises et la domination du Vice-Roi ne tardera pas à être reconnue sans conteste sur ces vastes étendues de territoires longtemps réputées désertes et sauvages et qui, d'après les rapports des voyageurs, sont au contraire d'une fertilité et d'une richesse incalculables.

Courrier De Paris

Il est des délicats, même en bon nombre, qui ne veulent point souffrir qu'on leur parle encore du shah de Perse. Le nom seul de Nassr-ed-Din leur irrite les nerfs. Quelques-uns ferment les yeux, d'autres se bouchent les oreilles. «Passons à un autre incident,» disent-ils. Toute comparaison blessante mise de côté, ce serait à peu de chose près ce qui s'est passé, il y a cent ans, à propos d'un homme qu'on avait roué en place de Grève. Paris ne s'occupait plus que de ce roué. Portrait du roué à toutes les vitres, relation de la mort du roué vendue dans les rues par les crieurs publics, conversations sur le roué, bons mots du roué. Tout cela rendait furieux l'auteur de Candide.

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