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«En abordant M. le comte de Chambord, M. le comte de Paris déclara ne pas seulement venir saluer en sa personne le chef de la maison de Bourbon, mais reconnaître le principe monarchique dont Monseigneur était, à ses yeux, le seul représentant. Le prince ajouta qu'il apportait l'assurance que Monseigneur ne trouverait, parmi les membres de sa famille, aucun compétiteur.

Cette loyale déclaration donna immédiatement à cette première entrevue le caractère cordial qu'elle devait conserver, et M. le comte de Chambord voulut se rendre le lendemain au palais de Cobourg, à Vienne, chez M. le comte de Paris.

Nous sommes heureux de le constater avec la plupart des journaux: ce grave événement et les conditions dans lesquelles il s'est produit a toute la valeur d'un fait politique. Ce n'est pas une simple union de famille, c'est l'acte, depuis longtemps désiré par nous, d'un prince affirmant, au milieu de nos malheurs, la nécessité du principe héréditaire dans l'ordre monarchique. C'est un exemple qui, nous n'en doutons pas, sera suivi par ceux dont nous fûmes longtemps séparés et que nous espérons trouver désormais à nos côtés et parmi nous.»

Ainsi donc, l'accord est complet entre les princes, et le principe royaliste n'est plus représenté en France que par une seule famille, réunie tout entière sous l'autorité de son chef naturel. Reste à savoir quelle sera la marche à suivre pour achever entre les deux partis royalistes l'accord dès à présent établi entre leurs représentants et pour former, grâce à la fusion de ces deux partis, une majorité suffisante pour donner à cet accord tous les résultats qu'il comporte en rétablissant la monarchie comme gouvernement définitif du pays.

Le Soir a donné à ce sujet tout un programme, presque aussitôt démenti, il est vrai, mais qui pourrait bien, cependant, n'être pas absolument dénué de fondement. Voici, dit ce journal, les informations que nous avons recueillies, dans des cercles politiques généralement très-bien renseignés, sur le plan adopté par les députés de la droite et du centre droit pour arriver à la restauration de la monarchie fusionnée. Nous ne les donnons, bien entendu, que sous toutes réserves:

«Dès à présent,--comme il avait été fait avant le 24 mai,--les trois groupes de l'extrême droite, de la droite et du centre droit ont donné pleins pouvoirs aux membres de la commission de permanence, qui les représentent, pour prendre toutes les mesures nécessaires afin d'arriver au rétablissement de la monarchie.

«L'adhésion de ces trois groupes, d'après les initiés, donnerait déjà 280 signatures; maintenant que la réconciliation est faite entre le comte de Chambord et les princes d'Orléans, il ne s'agirait donc plus que de s'assurer de nouvelles signatures; c'est là, assure-t-on, ce dont on s'occupe en ce moment.

«Une fois que la majorité serait garantie, la commission de permanence--immédiatement après l'évacuation--réunirait l'Assemblée nationale, et là, déclarant que le moment de sortir du provisoire est venu, on prendrait le plus rapidement possible les décisions suivantes:

«1° La monarchie est le gouvernement légal de la France;

«2º Une commission de trente membres est nommée pour rédiger la Constitution;

«3º L'Assemblée nationale se proroge pour deux mois afin de laisser à la commission le temps d'achever son travail;

«4º M. le maréchal de Mac-Mahon continuera à exercer, comme lieutenant-général du royaume, les pouvoirs à lui précédemment conférés.

«Le maréchal se bornerait à notifier immédiatement aux préfets la résolution prise par l'Assemblée, en déclarant que rien ne sera changé dans la façon de gouverner et d'administrer le pays, et ferait appel au dévouement de tous les hommes d'ordre et de tous ceux qui respectent la loi pour maintenir la paix publique.

«La Commission de constitution se mettrait immédiatement à l'oeuvre, et alors le comte de Chambord, se trouvant ainsi appelé sans condition par le seul fait du rétablissement de la monarchie, ferait spontanément les concessions auxquelles il s'est refusé jusqu'à ce jour, déclarerait à l'armée qu'elle gardera le drapeau tricolore, et que ce qu'il entend fonder, c'est la monarchie constitutionnelle avec toutes ses garanties.

«Voilà le plan dans son ensemble. Nous ne l'apprécions pas; nous le donnons, bien entendu, sous toutes réserves; mais les informations émanées des groupes légitimistes et orléanistes sont trop concordantes pour que nous puissions négliger de les mettre sous les yeux de nos lecteurs.»

Démentie presque aussitôt que publiée, comme nous l'avons dit, la nouvelle donnée par le Soir pourrait bien n'avoir eu d'autre tort que d'être arrivée trop prématurément; elle n'est, en tous cas, pas absolument dépourvue de vraisemblance, et c'est à ce titre que nous avons cru devoir l'enregistrer.

Notons du reste que les journaux orléanistes, tout en affirmant que ce plan d'action est purement chimérique, ne donnent aucune information sur les intentions réelles du parti; répondant à l'article du Soir et à cette autre nouvelle que les députés de la droite étaient sur le point de se rendre à Frohsdorf pour engager le comte de Chambord à faire quelques concessions sur les principes exposés par lui dans ses lettres, le Français se borne à ajouter que: «Sans doute, on annonce que les membres importants de la droite ne reviendront pas à Versailles avant d'avoir conféré avec le comte de Chambord; mais on ne croit pas que rien d'important se passe avant la réunion des conseils généraux.

Or, la session des conseils généraux s'ouvre lundi prochain, 18 août, et durera environ quinze jours. Ce serait donc dès la première quinzaine de septembre que, d'après le Français lui-même, on pourrait s'attendre à voir se produire «quelque chose d'important».

En attendant, quelques députés de la gauche, dans des lettres adressées à leurs électeurs, publient sur la situation des réflexions qui prouvent qu'ils ne s'en rendent pas un compte bien exact, car ces réflexions sont empreintes d'une confiance peut-être bien optimiste en l'avenir de la République.

Selon M. Marcel Barthe, par exemple, l'Assemblée, quand même elle se considérerait comme ayant le droit de restaurer la monarchie autrement qu'en recourant à des élections générales, ne pourra jamais enfanter une majorité par l'accouplement de la légitimité et de l'orléanisme.

«La doctrine de l'orléanisme, ajoute M. Barthe, est l'opposé de celle de la monarchie légitime, car la révolution de Juillet n'a été qu'une réaction libérale contre l'application des principes professés aujourd'hui par le comte de Chambord.»

GRANDE-BRETAGNE.

La session du Parlement britannique a été close le 5 août par le discours suivant de la reine:

«Milords et Messieurs,

«Je suis maintenant délivrée de la nécessité de vous demander de continuer vos pénibles travaux. En me séparant de vous, je croîs que mon premier devoir est de vous remercier de la promptitude toute dévouée avec laquelle vous avez pourvu à la dotation de mon fils, le duc d'Édimbourg, à l'occasion de son prochain mariage. Cette union raffermira, j'en suis sûr, l'amitié qui règne entre les deux empires: l'Angleterre et la Russie.

«Les meilleurs rapports continuent d'exister entre mon gouvernement et toutes les puissances étrangères.

«Je puis vous annoncer que la mission de Zanzibar a été menée à bonne fin; des traités ont été conclus avec Mascate et d'autres États indigènes, qui prendront des mesures pour réprimer avec plus d'efficacité la traite des esclaves à la côte orientale d'Afrique.

«Il m'a été possible de déterminer d'une manière satisfaisante les négociations commerciales que mon gouvernement avait entamées, il y a quelque temps, avec la France. Le traité a été signé le 23 juillet, et, en attendant la ratification, les traités de 1860 ont été remis en vigueur.

«Les deux pays se sont engagés à se traiter mutuellement sur le pied de la nation la plus favorisée, et la taxe différentielle sur le pavillon anglais a été supprimée, D'autres dispositions contenues dans le traité règlent la question des huiles minérales, et aident à l'extension des relations commerciales.

«J'ai également conclu des traités d'extradition avec l'Italie, le Danemark, la Suède et le Brésil; les ratifications de ces deux derniers traités n'ont pas encore été échangées; mais on les a cependant déjà mis en pratique. Il n'y a eu aucune difficulté dans cette démarche finale, et je suis engagée dans des négociations en vue de conventions d'un caractère semblable avec d'autres États de l'Europe et ailleurs.

«Je continue de me préoccuper du soin d'assurer l'effet des clauses du traité de Washington relatives aux réclamations des nationaux britanniques contre l'Amérique et aux intérêts de nos possessions de l'Amérique septentrionale.

«Messieurs de la Chambre des communes, je suis très-sensible à la libéralité avec laquelle vous avez pourvu aux diverses charges de l'État, et grâce à laquelle vous m'avez permis, en même temps, de satisfaire promptement aux obligations qui m'ont été imposées l'an dernier par les arbitres réunis à Genève.

«Milords et Messieurs,

«J'ai remarqué avec satisfaction le progrès que vous avez pu réaliser dans la voie de la diminution des charges publiques en réduisant les droits sur le sucre et l'_income-tax_ (impôt sur le revenu) à un chiffre plus bas que cela n'avait pu se faire jusqu'à ce jour.

«L'acte pour l'établissement d'une cour suprême de justice forme un chapitre notable de votre travail persévérant. J'espère que sa mise en pratique en fera apprécier les bienfaits par le pays, au point de vue de l'expédition moins dispendieuse de certaines affaires urgentes qui ressortissent à l'administration de la justice. Ses actes pour l'amélioration de l'éducation (acte de 1870) et pour l'installation des écoles (acte de 1869) tendront, je l'espère, à accélérer, pour le plus grand bien du pays, la diffusion de l'instruction dans la classe moyenne comme dans la classe populaire. L'acte relatif à la régularisation des chemins de fer et des canaux promet de conduire à un système plus harmonieux en ce qui concerne notre réseau national de voies ferrées.

«J'ai sanctionné avec plaisir l'acte relatif à la navigation marchande rédigé par la commission récemment désignée à cet effet.

«Je compte sur une diminution des risques auxquels est exposée la classe des navigateurs.

«Les revenus ont, jusqu'ici, répondu aux estimations, et bien que l'activité du commerce ait été moins considérable dans certaines branches, pour différentes raisons, la situation du pays continue à s'améliorer visiblement. J'ai la confiance que ces résultats et tous les autres bienfaits de la divine Providence trouveront dans nos paroles et dans nos coeurs la reconnaissance qui leur est due.»

Courrier De Paris

Ceux qui aiment à faire un tour au Jardin des Plantes ont recueilli de ce côté-là une rumeur des plus inquiétantes. On a d'assez mauvaises nouvelles de l'hippopotame. Si l'amphibie n'est pas positivement malade, il est bien près de l'être. On peut le comparer à l'un de ces viveurs du jour dont les élégants du boulevard disent, un soir, en hochant la tête: «Un tel est en train de remercier son boulanger.» L'hippopotame n'a pas de boulanger attitré. Il a bien mieux. Il est l'objet de la plus tendre sollicitude de la part de l'honorable M. Chevreul, directeur général du Jardin. Or, depuis cinq ou six jours, sans se soucier du chagrin qu'il peut causer à l'illustre savant, l'hippopotame s'obstine à refuser toute nourriture.

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