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L'Illustration, No. 1599, 18 Octobre 1873
by Various
Language: fr274 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: L'Illustration·French Literature·History - European
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #47514.

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Le général Pourcet, commissaire spécial du gouvernement près le conseil de guerre appelé à juger le maréchal Bazaine, porte gaillardement ses soixante automnes. La moustache et les cheveux sont blancs, mais bien fournis et bien plantés; la chevelure est fine et soyeuse, la moustache et la mouche coupées court, selon l'ordonnance. Les traits du visage sont d'une grande ténuité, seul le front a un certain développement; la bouche, le nez, les yeux vifs et noirs sont petits. Le teint indique que le général a été brun; sa taille est un peu au-dessous de la moyenne des officiers; mais avec sa tournure droite et élancée, le général n'en a pas moins fort bon air en uniforme. Dans sa jeunesse, avec sa figure fine et distinguée, il a dû passer pour fort joli garçon.
Au repos, l'aspect du général Pourcet est toujours charmant; mais quand son esprit est tendu et qu'il darde les yeux sur le maréchal Bazaine afin de saisir au passage ses impressions en même temps qu'il écoute ses paroles, ses traits prennent une sévérité, une dureté qui ne nous rassurent que médiocrement sur l'attitude du ministère public, qui ne s'est encore manifesté que par quelques monosyllabes, de même du reste que la défense.
Le général est entré à Saint-Cyr en 1832; deux ans après il passait à l'école d'état-major, et nommé lieutenant au commencement de 1835, il ne tardait pas à partir pour l'Afrique, où il allait faire un séjour de près de trente ans.
Le général Changarnier, qui l'avait distingué pendant ses expéditions, le prit pour aide-de-camp en 1841, pour ne se séparer de lui qu'en 1850, époque à laquelle le général Régnault d'Angely osa renverser l'idole des Parisiens.
Pourcet retourna aussitôt en Afrique, où il remplit pendant plusieurs années les fonctions de chef d'état-major de la division d'Oran, sous un chef exigeant et difficile, le terrible Pélissier. Le subordonné n'ayant pas un caractère beaucoup plus souple que le supérieur, nous croyons savoir que leurs rapports laissèrent à désirer et que les torts n'étaient pas du côté du colonel Pourcet.
Nommé général de brigade, Pourcet fut désigné pour l'emploi de chef d'état-major du grand commandement de Toulouse. Son avancement, très-rapide au début, s'était singulièrement ralenti; chef d'escadron en 1848, il ne devenait divisionnaire qu'en 1869, malgré ses beaux services de guerre, son zèle et son instruction pourtant très-appréciés. Il avait eu les bénéfices des aides-de-camp d'un général en vue; il en connut les inconvénients, toujours nombreux et souvent graves dans les pays qui changent souvent de gouvernement et où les influences sont comme les branches d'une girouette. Pourcet ne voulant pas, comme tant d'autres, devenir un indicateur des vents, resta fidèle au souvenir de son vieux général, et marqua invariablement le nord, signe de froid.
La guerre le trouva général de division du 24 février 1869 et commandant de la province d'Alger. Maintenu dans la colonie au début de la campagne, il évita ainsi d'être pris à Sedan ou à Metz. En octobre, M. Gambetta le rappela en France pour lui confier un commandement digne de son incontestable valeur militaire, celui du 16e corps d'armée alors en voie de formation derrière la Loire.
Avec ses habitudes de sévère discipline et de commandement sans réplique, le commandant du 16e corps ne put supporter les nombreux actes d'indiscipline qui se commettaient dans ces amas de recrues auxquelles manquaient les soins matériels et la direction morale, faute de temps et de cadres.
Lorsque M. Gambetta, à la suite de la capitulation de Metz, fit sa célèbre proclamation, le général Pourcet manifesta son indignation en termes éloquents. Un de ses meilleurs divisionnaires, le général Barry, le surpassa encore par la véhémence de son langage.
Le général en chef d'Aurelles raconte, dans son Histoire de l'armée de la Loire, la scène émouvante qui eut lieu, le 1er novembre, à Marchenoir, lors de la réunion des officiers généraux, commandants de régiments, les membres de l'intendance et les chefs des divers services du 16° corps. «Au fond du coeur; dit le général d'Aurelles, je partageai l'indignation de mes officiers; mais, comme général en chef, j'avais des devoirs à remplir, et je m'efforçai de faire entendre des paroles d'apaisement.»
Très-peu de jours après, le général Pourcet envoyait sa démission, qui était acceptée. Cependant, cinq semaines plus tard, touché des malheurs de la France, il accepta le commandement du 25e corps, en voie de formation dans le Cher, et destiné à couvrir le grand vide qui allait s'élargissant entre les armées de Bourbaki et de Chanzy. En quelques jours, le nouveau commandant en chef sut faire preuve de coup d'oeil et d'audace dans l'exécution.
Décidé à gêner les communications des Prussiens, il dirigea sa première division, Bruat, sur Nevers, et se porta avec la seconde dans une direction tout opposée, vers Blois, par Romorantin. Ce mouvement fut exécuté avec un mystère et une célérité bien rares chez nous à cette époque, et le 29 janvier il refoulait brusquement les avant-postes prussiens en avant du faubourg de Vienne, sur la rive gauche de la Loire. Chassé de leurs embuscades et maisons crénelées, l'ennemi se rejeta en désordre dans Blois, abandonnant à Pourcet une centaine de prisonniers, désarmés et des munitions. Pour arrêter la poursuite, ils brûlèrent le tablier provisoire en bois établi par eux sur l'arche du pont, détruite lors de la retraite de Chanzy sur le Mans.
C'est sur ce beau fait d'armes que l'armistice arrêta le général Pourcet. A la paix, il fut appelé au commandement de la 12e division militaire à Toulouse, et nous ne serions pas étonné de le voir appelé à remplacer prochainement le doyen de nos commandants de corps d'armée, après l'accomplissement de la tâche difficile qui lui a été confiée dans le procès du maréchal Bazaine.
A. Wachter.
L'événement de la semaine a été la quadruple élection du 12 octobre. Il faut le reconnaître le succès des candidatures républicaines a été écrasant.
En effet, dans la Loire, M. Reymond a été élu par 59,886 voix contre 24,588 données à son concurrent, M. Faure-Belon. Dans la Nièvre, la différence en faveur de M. Turigny a été de 11,617 voix. Dans les élections du 27 avril dernier, où les mêmes candidats s'étaient déjà trouvés en présence, l'écart n'avait été que de 1,150. L'Assemblée avait cru devoir alors annuler l'élection de M. Turigny et mettre le suffrage universel en demeure de faire connaître avec plus d'éclat ses préférences: le suffrage universel a répondu. Dans le Puy-de-Dôme, où le parti monarchique n'avait point tenté d'opposer une candidature à celle de M. Girot-Pouzol, celui-ci a été élu par 79,825 voix. Enfin, dans la Haute-Garonne, où le parti monarchique avait produit la candidature de M. Niel, et paraissait nourrir quelque espérance de succès, M. de Rémusat l'a emporté de 39,577 voix.
Ne semble-t-il pas que l'on doive conclure de ce quadruple échec infligé par les électeurs aux candidats du parti monarchique que le pays, partout où il est appelé à faire connaître ses désirs, se prononce pour la république, et que c'est encore sa parole qui seule peut trancher la grave question de la forme du gouvernement? Cependant les journaux de la fusion y trouvent des raisons impérieuses de conclure dans un sens tout différent et de marcher avec plus de résolution que jamais dans la voie où tente d'entraîner la France la majorité du 24 mai. Le Français parle de la nécessité de ne pas prolonger d'un seul jour les retards qui ont fait battre son parti aux élections du 12 octobre. De même la Patrie «appelle l'attention des promoteurs de la restauration monarchique sur les inconvénients qu'offrent la prolongation de l'incertitude touchant les conditions de cette restauration».
Pour l'_Univers_, c'est «la révolution qui a triomphé partout», et il conclut: «Pour arrêter le radicalisme il faut la monarchie». Et l'_Union_: «Voyez et jugez, parti conservateur, écrit-elle; voyez où est l'opinion en France, jugez s'il est temps d'y apporter remède.» Le Journal de Paris conclut également au rétablissement de plus en plus indispensable d'une monarchie: «L'heure des résolutions viriles va sonner, dit-il. Il s'agit du salut même de la patrie. En vérité, si vous ne rétablissez pas la monarchie par le légitime souci de rejeter la révolution hors du gouvernement; si, après avoir rétabli la monarchie, vous ne vous pourvoyez point d'une loi municipale qui permette à l'autorité de gouverner, six mois ne se passeront pas avant que l'on n'acclame le général qui réprimera l'audace des nouvelles couches sociales, comme Tarquin le Superbe faisait des pavots de son jardin.» Enfin, car il faut en finir, toutes semblables sont les conclusions de l'_Assemblée nationale_: «Les élections du 12 octobre, écrit cette feuille, sont le suprême avertissement qui nous est donné. La logique des faits est marquée d'avance: c'est la monarchie immédiate, quelles qu'en soient les conditions; ou bien c'est, avec des étapes qui paraissent devoir être rapidement parcourues, retomber en Thiers, et de Thiers en Gambetta, et de Gambetta en Turigny, et de celui-ci en Pyat, Vermesch et Gaillard.»
Nous ne saurions voir, quant à nous, les choses sous une couleur si foncée, et il nous semble qu'entre le drapeau blanc et le drapeau rouge, il y a encore une place pour le drapeau tricolore. Au fond, ce qui est en cause ici, comme le fait remarquer le Journal des Débats, ce n'est plus la république, c'est le suffrage universel. Après le 24 mai, on se faisait fort de ramener le pays le plus facilement du monde et de dompter le suffrage universel en le «moralisant». L'expérience a prouvé qu'il y avait beaucoup de présomption dans cet engagement. Le ministère du 24 mai n'a rien ramené, et chaque jour le suffrage universel témoigne qu'on avait trop compté sur sa docilité. En présence de cette déconvenue, il serait téméraire d'espérer qu'un changement dans la forme du gouvernement serait plus efficace pour modifier les tendances bien connues de l'esprit national. Veut-on modifier ces tendances par la force? Qu'on le tente. Il nous semble toutefois qu'au lieu de montrer le poing à son temps avant de lui tourner le dos, il serait plus sage de s'accommoder avec lui, afin de tirer de ses nécessités, au profit des intérêts sociaux, tout le parti et le meilleur parti possible.
En attendant, tandis que le comité Changarnier délibère dans l'ombre et le mystère, les députés fusionnistes continuent leurs tentatives auprès de M. le comte de Chambord. Un membre du cercle des Réservoirs est parti ces jours derniers pour Salzbourg, où se trouve en ce moment le prétendant, auprès duquel il déploie les plus grands efforts pour l'amener à certaines concessions capables de grouper la majorité de l'Assemblée en un seul faisceau. A-t-il réussi? je ne sais. D'après les bruits qui courent, M. le comte de Chambord se montrerait disposé à céder sur le drapeau, mais en insistant sur son droit supérieur et inhérent, et sur la nécessité pour la France de le reconnaître avant tout. Quoi qu'il en soit, nous ne tarderons pas à être renseignés et édifiés à cet égard, et il est probable que la réponse de M. le comte de Chambord sera connue quand paraîtront ces lignes.
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