
Public-domain ebook
L'Illustration, No. 1603, 15 novembre 1873
by Various
Language: fr286 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: L'Illustration·French Literature·History - European
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #47740.

Public-domain ebook
by Various
Language: fr286 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: L'Illustration·French Literature·History - European
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #47740.
The opening · free to read
Nous sommes en pleine crise, car il semble que chaque réunion de l'Assemblée nationale doive avoir pour effet immédiat de nous faire subir une crise nouvelle. La proposition de prorogation des pouvoirs du maréchal Mac-Mahon, présentée le jour même de la rentrée avait été accueillie, nous l'avons dit la semaine dernière, par une majorité de 14 voix. Or, la commission parlementaire chargée d'examiner cette proposition, nommée, comme on le sait, par les bureaux de l'Assemblée, s'est trouvée, par suite de la répartition des voix dans ces bureaux, être en majorité hostile aux projets du cabinet actuel. Sept membres seulement de cette commission, sur quinze, se sont montrés favorables à cette proposition. Huit s'opposent à son adoption, du moins dans sa teneur actuelle.
Le différend porte toujours sur les lois constitutionnelles, que l'opposition voudrait, comme le demandait M. Dufaure, faire discuter conjointement à la question de prorogation, tandis que le cabinet et la droite désireraient ne les faire venir qu'en second lieu.
Nous n'en finirions pas s'il nous fallait enregistrer toutes les manoeuvres de stratégie parlementaire auxquelles a donné lieu cet imbroglio; constatons seulement que, comme la commission est maîtresse de présenter son rapport quand elle le juge convenable, et que l'opposition, qui y prédomine, a intérêt à faire traîner les choses en longueur, la situation serait sans issue sans des concessions importantes venant d'un côté ou de l'autre.
La commission s'est présentée à M. le maréchal de Mac-Mahon et lui a demandé, par l'organe de M. de Rémusat, son président, de trancher les difficultés pendantes par une déclaration en faveur du vote immédiat des lois constitutionnelles; le maréchal a répondu qu'il devait s'en rapporter à ses ministres, à l'Assemblée elle-même, et la commission a dû se retirer sans être guère plus avancée qu'auparavant. En attendant, nous sommes revenus, sauf l'interversion des rôles, à la campagne fameuse de la commission des Trente. Espérons que celle-ci sera moins longue et plus féconde en résultats pratiques.
ALLEMAGNE.
Les élections au Landtag ou Chambre des députés de Prusse, qui ont eu lieu le 2 novembre, ont eu pour résultat de laisser, comme par le passé, une grande majorité au prince de Bismark et au ministère qui représente sa politique. Cependant, la lutte a été très-vive, et cette majorité, tout en restant prépondérante, s'est affaiblie de manière à donner à réfléchir aux hommes politiques allemands, qui n'ont pas craint de froisser les croyances d'une partie notable de la population par des réformes prématurées dans les rapports de l'État avec le clergé. Voici, du reste, comment s'exprime à l'égard de ces élections la Correspondance provinciale, organe officieux du cabinet.
«D'après les communications reçues à ce jour, il ressort,--à l'égard de la lutte qui donnait principalement leur caractère aux nouvelles élections,--que les efforts du parti ultramontain ont réussi à augmenter le nombre des membres de la fraction centre (de 63 à 86), mais non pas néanmoins dans la proportion que les cléricaux pensaient pouvoir espérer. L'accroissement de ce parti s'est fait d'ailleurs aux dépens des fractions les plus rapprochées de lui.
«Le centre de gravité de la Chambre des députés se trouvera indubitablement dans le parti libéral.»
AUTRICHE-HONGRIE.
L'empereur François-Joseph a ouvert en personne, le 5 novembre, la session du nouveau Reichsrath, le premier qui ait été nommé par voie de suffrage direct de tous les électeurs et non plus, comme autrefois, par les dix-sept Diètes.
Jamais aussi assemblée n'a peut-être été aussi complète que celle qui vient de se réunir, les quarante-deux députés tchèques de la Bohème et de la Moravie seulement s'étant abstenus de prendre leurs sièges et persistant dans leur résistance passive au constitutionalisme allemand.
L'opposition n'est pourtant pas désarmée dans cette Chambre, à laquelle vont être soumises des mesures de grande importance. Elle ne pourra pas, en conséquence de l'absence des Tchèques, s'opposer aux réformes constitutionnelles, qui exigent les deux tiers des voix, mais elle sera en situation, dans des circonstances données, de peser sur les délibérations.
Le ministère actuel dispose d'une majorité considérable: 228 voix. On est donc en droit d'attendre qu'il obtiendra sans difficulté et sans troubles l'adoption des mesures annoncées par S. M. François-Joseph. La situation politique et financière de l'empire austro-hongrois ne pourra donc que s'améliorer pendant et après la session qui vient de s'ouvrir.
ESPAGNE.
Nous devrions être habitués aux fausses nouvelles qui nous arrivent d'Espagne presque chaque jour. Cependant la mystification qui a défrayé, cette semaine, les commentaires de la presse européenne pendant deux jours, était de proportions tellement inusitées que nous lui devons au moins une citation. D'après une dépêche arrivée le 9 novembre et datée de l'agence carliste de Bayonne, une grande bataille avait eu lieu entre les carlistes et les troupes du gouvernement; celles-ci avaient été mises en déroute complète, laissant aux mains des carlistes leur général, Moriones, et quatre canons. Deux jours après, on apprenait que la fameuse bataille n'avait pas eu lieu et que, sauf quelques engagements partiels, la situation était toujours à peu près la même au nord de la péninsule.
On annonce de Carthagène que les élections pour le renouvellement de la junte ont eu lieu le 8 novembre. Le pouvoir suprême a été laissé aux intransigeants les plus décidés: le journaliste Roque Barcia, le général Contreras, le député Galvez ainsi que les citoyens Carceles et Lacalle, entre autres révolutionnaires, ont été élus. C'est donc la continuation de la lutte.
Il y a eu des premières représentations coup sur coup à trois théâtres, suivies de trois succès. On a constaté à quatre églises quinze mariages dans le beau monde. Les courses d'automne ont servi à inaugurer l'hippodrome d'Auteuil. Nous avons tous un peu rencontré sur notre chemin un pauvre-aveugle, qui est notre ami, parce qu'il a été dépouillé par les mêmes voleurs qui nous ont mis à nu. Cet aveugle n'est autre, notez-le, que Georges V, ex-roi de Hanovre, auquel les Prussiens ont pris son domaine. Deux cent mille pieds de dahlias ont paru sur les trois marchés aux fleurs. La Bourse a un peu baissé, parce qu'un baron hébreu l'avait fait trop hausser, un soir. On a vu neiger un peu partout les innombrables et curieux almanachs de la maison Pagnerre. Avec la première décade de novembre ont commencé les premières soirées, les premiers concerts, les premiers repas de corps.
Tout cela est pour vous recommander de ne pas prendre à la lettre ce que disent les oiseaux de mauvais augure. Savez-vous qu'à distance un galant homme peut supposer que tout est sans dessus dessous par ici? Tel provincial s'imagine qu'on ne doit plus s'aventurer sur l'asphalte qu'un revolver à la main. Nos promenades seraient toutes parsemées de chausses-trappes ou de pièges à loups. Comment exprimer décemment que ce ne sont là que contes noirs forgés comme les romans d'Anne Radcliffe pour donner la chair de poule aux imbéciles? Jamais Paris n'aura été plus calme. Les riches étrangers reviennent. Les belles toilettes reparaissent. De temps en temps, lorsque feu Mathieu (de la Drôme) permet qu'il ne pleuve pas, une lumière soudaine éclaire la ville en l'égayant. Le soleil si doux et si doré de ce qu'on appelle l'été de la saint Martin donne pour quelques heures un faux air de Florence ou de Naples à la longue ligne des boulevards.
Paris, effaré par la politique! Eh! mon Dieu, oui, c'est vrai, il existe parmi nous une vingtaine d'intrigants, plus douze cents têtes à l'envers, mettez en quinze cents, si vous voulez, qui cherchent sans cesse à communiquer aux autres le virus de leurs transes et de leurs colères. Ce fait-là, je n'entends pas le nier. Ceux dont je vous parle se regardent entre eux comme des chiens de faïence. Il est hors de doute que si chacun d'eux avait le pouvoir de remuer le fameux bouton de J. J. Rousseau, «il tuerait le mandarin». Mais, après tout, je le répète, il n'y a de ce côté qu'une imperceptible minorité. Ces hommes bizarres, la masse de la population les regarde d'un mil tour à tour compatissant et étonné. On a presque l'air de dire en les voyant:
--Quand donc seront-ils guéris de la fièvre qui les agite?
Pour le reste, les affaires et les plaisirs sont la grande préoccupation, le souci unique. Si cette vérité avait besoin d'être démontrée, l'histoire de la semaine serait là comme une preuve que nul ne saurait récuser. On a voulu voir si les actrices à la mode se sont maintenues à leur niveau de l'hiver dernier. On a mesuré des yeux le nouveau champ de courses. Pour le dire en passant, il est bien dessiné et présente tous les avantages que n'avaient pas les boulingrins un peu étranglés de la Marche, mais que voulez-vous? le trajet n'aura pas de sitôt l'agrément qu'on trouvait à parcourir la grande et magnifique avenue des Acacias. De la porte Dauphine à Auteuil, le bois de Boulogne a été coupé sans intelligence comme sans pitié. On n'a plus devant soi, tout le long de ce parcours, que de frêles baguettes plantées en terre. C'est dire qu'on y grillera l'été prochain. Eh bien, après? L'amour du cheval avant tout.
Je vous l'ai dit, il pleut des almanachs. La seule librairie Pagnerre vient d'en jeter 500,000 dans la circulation. Il y en a de toutes les couleurs. Satinés, illustrés, coloriés, ils ont, en apparence, ce qu'il faut pour plaire. On me permettra pourtant de leur faire un reproche, c'est de ne porter la marque d'aucune originalité. Vous pourriez aisément mettre à l'un la couverture de l'autre sans que l'oeil du lecteur en fût en rien choqué. Si l'on en excepte le vénérable Double Liégeois, toujours imprimé sur papier à chandelles, avec des têtes de clous, invariablement historié de l'éternelle vignette qui est censée représenter Mathieu Laënsberg, on ne voit en eux que les divers tomes d'un même petit recueil auquel a été soudé le calendrier de l'année.
Almanachs nouveaux! Les plus menteurs sont les plus beaux! s'écrient les colporteurs à travers les campagnes. Heureux quand ils s'entendent à mentir, car, pour le moins, ils amusent leur monde; c'est toujours ça de gagné. Mais non, l'almanach aussi est devenu grave, sentencieux, dogmatique. Durant quarante années, un préjugé d'école consistait à penser que le peuple apprend à lire dans les almanachs; Jérémie Bentham avait mis cette supposition-là à la mode. S'appuyant là-dessus, on s'arrangeait pour faire, chaque année, un peu avant la saint Sylvestre, de petits livres savantasses et secs auxquels il fallait donner le plus possible un faux nez d'encyclopédie. Les plus beaux génies ne dédaignaient pas de mettre leurs plumes au service de l'entreprise, idée trompeuse comme tant d'autres. Dans les almanachs, le peuple ne cherchera jamais que les foires et marchés et des fariboles pour le faire rire. Néanmoins on fit, sous la direction de M. Charles Blanc, l'_Almanach du mois_, petit livre qui paraissait douze fois l'an, conformément aux douze signes du Zodiaque; Lamennais y donna des pages magnifiques; Cormenin y enseignait la science du droit; F. Arago y racontait la marche désastres; David (d'Angers), quittant le ciseau, y écrivait la vie de Thorwaldsen. Il s'y trouve une élégante et sublime rêverie de Georges Sand sur les souffrances du jeune Hamlet, prince de Danemark, dont l'illustre femme, sans grand souci de l'histoire, faisait un noble et fier chevalier de la démocratie. Hélas! tout cela, c'était un tas de perles jetées au nez des pourceaux! Le peuple n'y mordait pas. Il préférait de beaucoup l'_Almanach astrologique_ d'Eugène Bareste, ou Barestadamus, qui ne lui disait que des calembredaines.
The book keeps going
Reading is free forever. Sign up and watch scenes appear while you read.



Scenes Storieta drew for other classics.
New illustrated classics
Once or twice a month: the latest books to get full character casts, scene art, and free comic editions. No account needed.