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L'Illustration, No. 0072, 11 Juillet 1844
by Various
Language: fr269 downloads on Project Gutenberg
Subjects
In: L'Illustration·French Literature·History - European
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #48259.

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L'ILLUSTRATION, JOURNAL UNIVERSEL.
N° 73. Vol. III.--JEUDI 11 JUILLET 1844 Bureaux, rue Richelieu, 60.
Ab. pour Paris.--3 mois, 8 f.--6 mois, 16 f.--Un an, 30 f. Prix de chaque N°, 75 c.--La collection mensuelle br., 2 f. 75 c.
Ab. pour les Dép.--3 mois, 9 f.--6 mois, 17 f.--Un an, 32 f. pour l'Étranger, -- 10 -- 20 -- 40
SOMMAIRE.
Histoire de la Semaine. Le Conseil de l'Ordre des Avocats devant la cour royale.--Courrier de Paris. Mademoiselle Rachel dans Phèdre et le Dépit Amoureux; les Ménestrels de la Virginie; la plus belle moitié du genre humain à la Cour d'Assises.--Un voyage au long cours à travers la France et la Navarre, par A. Aubert. Chap. VI et VII. _Neuf gravures, par Bertall._--Romanciers contemporains. Eugène Sue.--Revue comique de l'exposition de l'Industrie. Dix-huit gravures, par Cham.--Une soirée à Saint-Pétersbourg. Statue de la Néva.--Colonie de Saint Thomas de Guatemala.--Les Forçats. (Deuxième article.) Sept gravures, d'après les dessins de M. Letuaire, de Toulon.--Bulletin bibliographique.--Incendie de la Djeninah à Alger. Une gravure.--Caricature par Seigneurgens.--Correspondances. Rébus.
Histoire de la Semaine.
Nous nous garderons bien d'aller contre le voeu de la loi en rendant compte de la séance secrète dans laquelle la cour royale, toutes chambres réunies, a fait comparaître devant elle, lundi dernier, le bâtonnier et les vingt membres composant le conseil de l'ordre des avocats. Nous ne nous aviserons pas d'imiter tous les journaux, qui ont l'indiscrétion d'apprendre à leurs lecteurs que la cour, présidée par M. Séguier, était au grand complet; que M. le procureur général, entouré de tous les membres de son parquet, occupait le siège du ministère public; qu'on est entré en séance à une heure; que M. Hébert a donné ses conclusions contre le conseil à l'occasion de la lettre écrite par celui-ci à M. le premier président et de sa résolution à l'égard de la première chambre, et que le bâtonnier de l'ordre, M. Chaix-d'Est-Ange, a répondu par une défense rédigée en commun; que la cour est entée à deux heures moins un quart en délibération, et que ce n'est qu'à six heures qu'elle a donné lecture d'un arrêt qui ordonne la suppression de la lettre du conseil et prononce contre lui la peine disciplinaire de l'avertissement. Mais la loi n'interdisant pas de reproduire la physionomie d'une audience secrète, les artistes de l'_Illustration_ peuvent donc user d'un privilège que le législateur, par oubli sans doute, a constitué au crayon. Nos abonnés profiteront de cette distraction, et seront peut-être portés à penser que le silence de nos lois sur la presse est plus libéral que leurs prescriptions. Ce qu'il nous est permis de dire, parce que ces résolutions sont postérieures au huis clos, c'est que les membres du conseil ont été unanimes à penser et à décider que, malgré les termes favorables d'un des considérants, où le loyal concours que le barreau prête à la justice est reconnu, leur situation, contre laquelle ils avaient protesté, était aggravée encore par la peine disciplinaire qui venait de leur être infligée; que ce qui n'était auparavant qu'un conflit avec M. le premier président semblait en devenir un avec la cour tout entière, alors que, par le prononcé d'une peine, elle sanctionnait les procédés contre lesquels le conseil avait cru avoir le droit de réclamer; que la conséquence logique devrait être pour les membres de l'ordre, de s'abstenir de plaider devant toutes les chambres de la cour; mais qu'il était plus convenable de maintenir la détermination première, c'est-à-dire l'abstention de paraître devant la chambre présidée par M. Séguier, et de se pourvoir en cassation contre l'arrêt de la cour. Ces résolutions ont été prises à l'unanimité, et le conseil, pour les faire sanctionner par l'ordre tout entier, vient de donner sa démission et de se soumettre à une réélection à laquelle il sera procédé samedi 13. On se demandait, il y a huit jours, comment cela finira t-il? Aujourd'hui, on se demande si cela finira.
C'est aussi la question que les députés impatients s'adressent en voyant la session se prolonger indéfiniment. Les ministres ne seraient pas moins désireux de venir lire l'ordonnance de clôture; néanmoins ils paraissent appelés à monter plus d'une fois encore à la tribune avant d'y faire entendre cet ite missa est parlementaire. Les succès leur deviennent rares, et la fin de la tâche est pour eux laborieuse. M. le ministre de la guerre a, cette semaine, éprouvé le premier échec. La chambre des pairs, cédant à son désir, avait rétabli à huit années la durée un service militaire, ainsi fixée par le projet primitif de la nouvelle loi sur le recrutement mais réduite à sept ans par la chambre des députés lors de la précédente discussion qui a eu lieu cette année au palais Bourbon. Le projet y étant rapporté de nouveau, un nouvel amendement a été présenté pour que la Chambre maintînt son premier chiffre, et ne rendît pas obligatoire pendant un plus long temps, et sans profit pour la constitution d'une réserve sérieuse à laquelle on ne veut pas songer, ce service qu'on a appelé l'_impôt du sang_. A ces mots M. Dupin l'aîné a paru pris d'une animation très-grande. Il a combattu vivement cette expression d'un défenseur de l'amendement; en revanche il a soutenu vivement l'amendement lui-même; enfin il a fait une pointe jusqu'il Versailles, et a trouvé moyen d'exalter la liste civile pour l'emploi national et bien entendu de ses revenus, comme, quelques jours auparavant, il l'avait malmenée pour l'insistance et l'âpreté de ses réclamations pécuniaires. On n'est jamais sûr, sans doute, avant le départ, de se rencontrer avec M. Dupin; mais quand on sait qu'il est allé par la rive gauche, on peut être certain qu'il reviendra par la rive droite. L'amendement et le terme de sept ans ont été adoptés malgré les efforts du ministre, dont l'autorité sur la Chambre avait faibli dans cette question, par suite des opinions contraires qu'il a émises à différentes fois, en invoquant toujours une expérience que personne ne conteste, mais devant laquelle on s'incline plus volontiers quand elle se montre conséquente avec elle-même.
M. le ministre des finances, dont le but était de faire prendre patience à la Chambre sur la question de la conversion de la rente, sans engager le cabinet, n'a pas su conjurer un vote qui, en bonne logique financière, peut être regardé comme les prémisses dont la réduction du 5 pour cent est la conséquence. L'intérêt payé par l'État aux dépositaires de cautionnements était jusqu'ici de 4 pour cent. Sur la proposition de M. Havin, et malgré tous les efforts de M. Lacave-Laplagne, il sera réduit, à partir du 1er janvier prochain, à 3 pour 100. Puisque c'est là la valeur véritable que la Chambre assigne à la location de l'argent, elle ne peut longtemps encore allouer 3 pour 100 aux rentiers. C'est, du reste, une impatience que ne partage pas le ministre, car, avant l'adoption de la mesure proposée par M. Havin, il avait répondu à une interpellation de M. de Saint-Priest sur la conversion, qu'il en reconnaissait le droit et les avantages, mais qu'il ne pouvait prendre aucun engagement pour l'exécuter, ni préciser l'époque à laquelle elle serait opportune. C'est, depuis 1836, le langage qui se tient, la déclaration qui se renouvelle chaque année; mais on comprendra bientôt que cela ne fait pas avancer la question d'un pas, et que celle-ci veut être enfin résolue.
M. le ministre de la justice et des cultes a eu aussi ses luttes à soutenir. Une réintégration, au moins prématurée, d'un chef de parquet, que l'on s'était vu forcé de destituer par suite de la part scandaleuse qu'il avait prise à des menées électorales mises en lumière par la commission de la chambre des députés, a, dès l'ouverture de la discussion sur le budget de ce double département ministériel, amené un débat très-vif. Il n'y avait pas là de vote possible, et comme les propositions financières du ministre étaient la reproduction de celles de l'an dernier, la mauvaise humeur de la Chambre n'avait pas matière à s'exercer. Cependant, dans un tout petit coin du budget des cultes, M. Martin (du Nord) proposait de modifier une disposition de la loi organique de l'an X, et d'accorder à M. l'archevêque de Paris quatre vicaires généraux au lieu de trois. Cette création était motivée en partie sur l'accroissement d'occupation que nécessite l'examen des livres nouveaux. MM. Dufaure, Dupin aîné et Isambert ont combattu successivement la proposition. On a dit que c'était tout simplement la censure ecclésiastique que l'on arrivait à sanctionner ainsi, et que pour modifier la loi qui a donné force et vigueur au concordat, ce n'est point un article inaperçu de budget qu'il faut, mais, si la nécessité en est reconnue, une loi ostensiblement présentée, examinée, rapportée et discutée. La proposition ministérielle a été repoussée.
M. le ministre des affaires étrangères a eu son tour. Le ton de discussion de la presse et même des tribunes anglaises, à l'occasion de notre affaire du Maroc; les espèces de menaces qu'on à lait entendre contre la sécurité de nos possessions d'Afrique; les interpellations annoncées à la chambre des communes, par M. Sheil, sur la question de savoir si le consul d'Angleterre en Algérie exerce ses fondions en vertu d'un exequatur du gouvernement français, ou en vertu d'une autorisation du gouvernement précédent, et sur la situation des relations de l'Angleterre avec la France en ce qui concerne l'Algérie; tout donnait un à-propos nouveau à une question qui n'est cependant pas nouvelle, celle précisément que M. Sheil posait de son côté, M. Crémieux a reproduit à M. Guizot l'interrogation des précédentes années. Pourquoi, alors que tous les consuls et vice-consuls des puissances étrangères en Algérie ont demandé depuis 1830, l'exequatur de la France, l'Angleterre seule s'en est-elle cru dispensée? M. Guizot a pensé sortir de la difficulté en reproduisant la réponse qu'il avait faite les années précédentes, à savoir, que l'_exequatur_ une fois donné à un agent lui sert pendant tout son exercice et malgré tous les changements de gouvernement qui peuvent survenir; que le consul anglais à Alger s'y trouvant depuis plus de quatorze ans, il n'avait pas eu d'_exequatur_ nouveau à solliciter après la chute du dey. Mais M. Crémieux, qui s'attendait à cette réponse stéréotypée, et qui avait échelonné ses moyens d'attaque, a fait observer à M. Guizot qu'en admettant qu'on dût se contenter de cette explication pour le consul général d'Alger, il resterait à expliquer comment les vice-consuls anglais de Bone, d'Oran, de Bougie se trouvent également tous sans exequatur, et comment notamment il se fait que dans cette dernière ville, où un même personnage est tout à la fois vice-consul de Sardaigne, de Toscane et d'Angleterre, cet agent ait demandé et obtenu l'_exequatur_ du gouvernement comme représentant de la Sardaigne et de la Toscane seulement? M. Guizot laissait voir l'embarras le plus mal dissimulé et la crainte de se mettre en contradiction trop ouverte avec ce qu'il se disait, sur le même sujet, peut-être au même moment, de l'autre côté de la Manche, quand M. Fulchiron s'est montré à la tribune, et un mouvement d'hilarité a distrait la chambre et laissé respirer le ministre.
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