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Ab. pour Paris.--3 mois, 8 f.--6 mois, 16 f.--Un an, 30 f. Prix de chaque N°, 75 c.--La collection mensuelle br., 2 f. 75 c.

Ab. pour les Dép.--3 mois, 9 f.--6 mois, 17 f.--Un an, 32 f. pour l'Étranger, -- 10 -- 20 -- 40

Courrier de Paris. _Illuminations des Champs-Élysées._--Académie des Sciences. Histoire naturelle. Six Gravures.--Théâtres. Diegarias (Théâtre-Français); Satan (Vaudeville); le Miracle des Roses (Ambigu). _Une scène de Diegarias._--Le Tir fédéral de 1844. (Suite et fin.). _Vue extérieure du Stand: Vues extérieure et intérieure de la Cantine._--Maroc. (Suite.) _Murs de Tanger; Vue de Tanger; Costumes maures._--Histoire de la Semaine. _Portrait de M. Cunin-Gridaine, ministre du commerce et de l'agriculture; Distribution des récompenses faite par le roi aux Exposants de 1844, dans la salle des Maréchaux._--Projet d'un Hôpital nouveau, à Paris. _Une Gravure._--Exposition des Produits de l'industrie. Distribution des récompenses. _Portraits de douze membres du jury._--Bulletin bibliographique.--_Les Exposants heureux et les Exposants malheureux; Vol à main armée, Trois Caricatures par Cham._--Rébus.

Courrier de Paris.

Les fêtes de juillet, interrompues pendant deux anniversaires, ont été célébrées cette année avec éclat: la mort si fatale du duc d'Orléans avait causé cette interruption; il n'avait pas semblé convenable de donner le spectacle de réjouissances éclatantes et publiques si près d'une tombe. Et cependant, les trois jours anniversaires de la révolution de Juillet 1830 ne sont pas tous consacrés aux vives splendeurs d'une fête: la première de ces trois journées mémorables invite au recueillement et au culte des morts; ce jour-là, dès le matin, les églises sont tendues de deuil, les chants pieux retentissent; l'orgue y mêle sa voix plaintive et funèbre; l'église prie pour les citoyens qui ont succombé, les armes à la main, en prenant la défense des lois. Le second jour est le jour réservé à l'aumône: des secours à domicile sont distribués aux indigents et aux malades; il est juste que dans une solennité commémorative d'une révolution populaire on donne quelque chose aux souffrances du peuple. Le fait est donc louable en lui-même; on doit regretter seulement que les pouvoirs publics ne consacrent pas à cette bonne action une somme plus considérable. Ne pourrait-on pas, si la rigidité du budget s'oppose à de plus amples largesses, économiser sur les lampions et sur les fusées volantes, pour soulager plus d'infortunes ou doubler le bienfait? Si je ne me trompe, le sentiment que nous manifestons ici a été exprimé plus d'une fois, et s'est fait jour à la Chambre des députés: des voix sensées et philanthropiques ont fait entendre le voeu de cet honorable et utile emploi des fonds annuellement consacrés au souvenir de la révolution de Juillet. Et certes, quoiqu'on parle toujours de l'amour du peuple pour les lampions et les soleils tournants, ce n'est pas le peuple qui réclamerait contre cette sage destination des deniers publics. Le peuple, chaque jour, devient sérieux et rangé; il est bien loin de ressembler à ce populaire ignorant et frivole que les gouvernements passés amusaient par des pyrotechnies et par des jeux d'enfant. On peut s'en convaincre en voyant le calme, l'ordre, la tenue régulière et convenable qu'il apporte actuellement dans la célébration des solennités publiques.

La troisième journée, c'est-à-dire la journée du 29, a été, comme par le passé, la journée éclatante et joyeuse; on avait séché les pleurs donnés aux morts, pour ne plus penser qu'à la victoire conquise par leur courage et scellée de leur sang. Les lampions éclataient aux fenêtres des maisons et au fronton des édifices, les orchestres dispersés sur la surface des Champs-Élysées emplissaient l'air d'harmonie, le mât de cocagne s'élevait dans l'espace, les marchands forains et les jeux de toute sorte attiraient la foule par leurs bruits nombreux et variés; vers neuf heures du soir, les mille fantaisies d'un magnifique feu d'artifice ont enchanté la foule qui affluait de toutes parts en flots pressés; fusées, girandoles, feux de Bengale, gerbes étincelantes, prodigieux soleils, palais de flamme, rien n'y manquait: beaux et bons écus de France jetés au vent!

L'illumination des Champs-Élysées a particulièrement étonné par son étendue et par son éclat, il faut avouer que cette magnifique promenade semble avoir été créée tout exprès pour servir à la pompe des fêtes nationales; c'est un spectacle vraiment magnifique que de voir cette immense avenue qui commence à la place Louis XV et aboutit à l'Arc-de-Triomphe par une route ascendante, de la voir, dis-je, hérissée de deux lignes de feux parallèles qui la sillonnent dans toute sa longueur, véritable et merveilleux palais de flamme. Placez-vous sur une des terrasses des Tuileries qui dominent l'espace immense, pour bien jouir de cette vue fantastique; la foule innombrable, les palais illuminés, les arcs de triomphe, les jets d'eau, les masses de verdure diversement éclairées par les feux qui les environnent et mêlent leur éclatante lumière à la splendeur du ciel: tout cela vous saisit, vous étonne, vous éblouit, et vous êtes tenté de croire aux magiciens et aux fées.

Du reste, les Champs-Élysées accroissent leur importance et leur beauté de travaux et de richesses plus durables que ces merveilles de feux splendides qui s'allument et brillent le soir, pour s'éteindre au bout de quelques heures et disparaître; de jour en jour les Champs-Élysées s'enrichissent d'habitations élégantes; ce n'est plus cette immense solitude dont on se défiait encore il y a dix ans à peine, et où l'on n'osait guère s'aventurer à une heure un peu avancée de la nuit. Du côté qui côtoie le faubourg Saint-Honoré, les Champs-Élysées ont rejoint la ville par des rues nouvelles et des constructions dont le nombre augmente sans cesse. Paris, comme un assiégeant qui avance d'heure en heure dans sa conquête, a poussé jusqu'à cette dernière limite sa population et ses demeures.

La partie qui s'adosse au cours de la Seine semblait, par sa position même, condamnée à un long abandon. De malheureuses tentatives faites, il y a quelque quinze ans, sur le terrain appelé quartier François 1er, semblaient confirmer cette espèce de prédestination fatale; mais voici qu'à son tour, ce côté, qui semblait jusqu'à présent maudit, se peuple et commence de meilleures destinées; la finance et l'aristocratie y jettent les premiers fondements de leurs maisons de plaisance; on peut voir déjà les vastes et élégantes murailles de plus d'une riche habitation sortir de dessous terre comme par enchantement: ici, c'est M. Mosselman qui fait élever un hôtel; là, M. de Morny; plus loin, madame la marquise de Praslin, et d'autres encore. Avant dix ans, ce côté des Champs-Élysées rivalisera avec celui qui lui fait face, et le désert de terrain en friche qu'il montre encore à l'oeil des passants sera peuplé de riantes villas. Chemin faisant, Paris pourrait bien alors donner la main à Passy et étreindre Auteuil lui-même dans ses vastes bras qui s'allongent d'année en année.

C'est aux Champs-Élysées que M. Berlioz va donner le festival monstre dont il a publié lui-même le prospectus dans le feuilleton du Journal des Débats, ou plutôt à cette heure même où l'Illustration paraît, c'est-à-dire aujourd'hui 1er août 1844, la grande voix de ce concert colossal retentit et fait tressaillir le double écho du faubourg Saint-Honoré et du faubourg Saint-Germain. M. Berlioz a enrégimenté pour cette gigantesque expédition musicale, sans précédent à Paris, tout ce que la ville a pu lui fournir d'artistes un peu en crédit et expérimentés, soit pour le chant, soit pour la partie instrumentale. Il va sans dire que cet immense corps d'armée dont le total s'élève, pour les chanteurs, à plus de deux cent cinquante voix, et pour les instrumentistes à un chiffre à peu près pareil, a pour généraux en chef les virtuoses les plus habiles et les plus renommés. C'est le vaste bâtiment élevé pour abriter l'exposition des produits de l'industrie que M. Berlioz a choisi pour champ de bataille. L'industrie, rentrée depuis un mois dans ses magasins et dans ses fabriques, a cédé la place à l'invasion musicale de M. Berlioz. L'Illustration ne manquera pas de donner prochainement le bulletin authentique de cette campagne entreprise à grand renfort d'harmonie pour centre de bataille, et de mélodie à l'avant-garde.

La police correctionnelle va gagner ses lettres de noblesse; on annonce qu'un grand seigneur du nom de Montmorency doit bientôt comparaître devant la sixième chambre. M. de Montmorency-Robecq, hâtons-nous de le dire, n'aura à s'expliquer avec la police correctionnelle que sur le fait de distribution d'écrits légitimistes et de portraits du prétendant; je crois même que la cour d'assises jouera aussi son rôle dans cette affaire, et que M. de Montmorency n'échappera à une juridiction que pour retomber dans l'autre. Ce n'est pas la première fois que le glorieux et vaillant sieur de Montmorency figure dans nos guerres politiques; témoin le vieux connétable des derniers Valois, et le jeune et infortuné vaincu du combat de Castelnaudary. On mourait un jour de bataille ou sur un illustre échafaud, en ce temps-là. Aujourd'hui on se bat avec la police correctionnelle et l'on se retire de la mêlée avec quinze jours de prison pour toute blessure, qu'on va faire panser dans une maison de santé; cela vaut-il bien la peine de s'appeler Montmorency?

Mademoiselle Rachel a terminé ses représentations au Théâtre-Royal de Bruxelles. Chaque soirée a été pour elle un triomphe; or, mademoiselle Rachel a triomphé six fois, et ces six ovations se sont résumées en un total de 40,000 francs de recette. La ville de Bruxelles, dans son enthousiasme, voulait retenir mademoiselle Rachel à toute force, et lui demandait encore quelques coups de poignard et quelques imprécations pour achever de combler sa joie; peu s'en faut même qu'elle ne se soit jetée à la tête de ses chevaux pour arrêter la calèche de notre illustre tragédienne et l'empêcher de partir. Mais Bruxelles a eu beau faire, Lille, qui avait engagé mademoiselle Rachel, a été la plus forte; mademoiselle Rachel s'est mise en route pour y donner deux représentations, et tenir ainsi sa parole. On ne dit pas encore que Bruxelles ait mis sa milice sur pied pour aller revendiquer à Lille Roxane et Hermione, et, en cas de refus, établir devant ses murs un siège en règle. Mais tel a été l'enthousiasme de Bruxelles pendant le séjour de mademoiselle Rachel, et tel son désespoir en la voyant partir, que la nouvelle de ce coup de main de Bruxelles sur Lille pourrait bien nous arriver par le prochain télégraphe. Que deviendrait cependant le système de la paix partout et toujours?

Les nourrissons des collèges de Paris sont dans la jubilation. Voici les vacances qui approchent; dans quinze jours, tous ces oiseaux gazouillants sortiront de leur cage et iront becqueter aux vitres de la maison paternelle, en poussant des cris joyeux. Heureux jour! et que ne sommes-nous encore au collège!

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