
Public-domain ebook
L'amour prodigue
French403 downloads on Project GutenbergDownload EPUB
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #64222.

Public-domain ebook
French403 downloads on Project GutenbergDownload EPUB
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #64222.
The opening · free to read
«Ce n'est que ça, la mer?» s'écria Flossie Joy qui s'était élancée sur les coussins du landau et, agenouillée, n'écoutait plus les dernières recommandations que lui faisait à mi-voix le prince de Santa Venere.
Le cocher déambulait, à pas lourds, près des chevaux, les réveillait par instants d'un claquement de langue, chassait, du manche de son fouet, les mouches plates qui se collaient, avides, à leurs flancs creux couturés de cicatrices.
Dans la chaleur accablante de l'après-midi s'épandait, humide et imprégné de sel, le vent du large.
La gaze souple que la voyageuse avait enroulée autour de ses cheveux et de son cou pour les préserver de la poussière se gonflait comme une voile de bateau.
Les champs de colza en fleurs ondoyaient, veloutés et dorés. Des ormes tordus, brûlés aux revers de la route, glissaient de tremblantes ombres violettes. Et derrière la ligne majestueuse des falaises, par delà les enclos de pommiers, les jardins, les toits des villas et des chaumières, palpitait, sous un dôme de nuées, une immense nappe d'eau d'un vert trouble d'absinthe.
«Vrai, mon p'tit, je m'attendais à quelque chose de plus bath!» reprit la voyageuse avec une moue de désillusion.
Elle se rassit, préoccupée de soi, leva à hauteur des yeux la petite glace de sa «boîte à beauté», arrangea son chapeau de paille bise en forme de cloche qu'enguirlandaient des grappes de raisin, écrasa du rouge contre ses lèvres fraîches, duveta ses joues de poudre de riz, et, se sentant désirable et jolie, roucoula, les narines vibrantes, l'âme légère:
«Alors, le gros chou chéri à la dame, on va se gondoler?»
Ettore fronça les sourcils, ajusta son monocle et murmura d'un ton de gronderie ennuyée:
«Voyons, voyons, Floflo, de la tenue!... Je ne peux cependant pas vous seriner votre rôle cinquante fois par jour!»
Elle éclata de rire, ironique, telle une midinette qu'aborde un fâcheux sur le trottoir.
«Non, tu es à encadrer, miniature, quand tu te mêles de faire de la mousse!... Ne te frappe pas!... On t'en sortira, du maintien, et du meilleur!... J'ai travaillé deux mois les femmes du monde dans la classe de m'sieur Le Bargy, ma crotte en sucre.»
Elle avait des intonations grasseyantes et gouailleuses de voyou, des attitudes d'instinctive comédie.
«Mais, dis donc, continua-t-elle taquine, pour que je ne gaffe pas, depuis quand le maire m'a-t-il épinglée à vous, m'sieur?
--Depuis trois semaines... Trois semaines, as-tu compris?
--Et comment!
--Et nous faisons notre voyage de noces!
--Chic! Est-ce qu'on a des lardons, nous deux, dans le programme?
--Des lardons?
--Des gosses, quoi! Tu ne sais donc pas le français à ton âge?
--La ferme!»
Le gars était remonté sur son siège, rajustait soigneusement sa blouse bleue.
«Nous v'là tout de suite à Fontenailles, madame et m'sieur, fit-il obséquieux, songeant déjà à quelque pourboire opime. Sans me flatter, les bêtes auront bien gagné leur avoine.»
Il cingla l'attelage, qui descendit la côte en tanguant de droite et de gauche.
Des troupes bruyantes d'enfants couraient par les ruelles étroites du bourg, criaient, sifflaient, tels des vols de martinets dans la splendeur d'un soir d'été. De ridicules baigneuses, aux bonnets de caoutchouc, aux longs peignoirs rayés, se hâtaient vers la plage, où apparaissaient, alignées, des tentes roses et blanches. De vieilles femmes en haillons, des pêcheurs de crevettes courbaient l'échine sous de lourds haveneaux dont les mailles humides retenaient des touffes de goémons.
La monotone rumeur du ressac se perdait dans ce tumulte de dimanche.
Un manège de chevaux de bois, des baraques foraines, des boutiques de camelots, des confiseries à tourniquets encombraient la place de l'église, sur quoi de vénérables tilleuls formaient de leurs branches entrelacées une voûte lumineuse de charmille. Les murs, les palissades, les troncs des arbres donnaient de loin l'impression d'une mosaïque aux couleurs vives, étaient tapissés d'affiches, de journaux, d'images démesurées, de placards et de papillons.
Sur une large bande de calicot, entre deux mâts, à l'entrée de la grand'rue, s'étalaient une main indicatrice et ces mots: «_Attention! On trouve tout chez Eudoxe Leguidecoq, au bazar du Progrès!_»
Cependant les fenêtres s'ouvraient, les têtes se retournaient.
«Connaissez-vous ces gens-là? questionnait l'un.
--Sûr, ça débarque de Paris! opinait l'autre.
--Pas mal, la petite dame!
--Un jeune ménage, peut-être, qui cherche un coin tranquille?
--Ou autre chose, ma chère... Ce bec fardé ne me dit rien qui vaille!
--Tu vois partout des cocottes!
--Elles nous laissent les petits trous pas chers!
--Est-ce qu'on sait?... Tout le monde a des hauts et des bas!
--Cette vieille fouine de Leguidecoq nous renseignera.
--S'il y trouve son profit!»
La théâtreuse respirait un bouquet d'oeillets et dévisageait les curieux d'un vague regard impertinent.
The book keeps going
Reading is free forever. Sign up and watch scenes appear while you read.



Scenes Storieta drew for other classics.
New illustrated classics
Once or twice a month: the latest books to get full character casts, scene art, and free comic editions. No account needed.