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AUTRES ÉDITEURS.--HACHETTE: Musiciens d’autrefois, 1 vol; Musiciens d’aujourd’hui, 1 vol; Voyage musical au Pays du Passé, 1 vol.; Vies des Hommes illustres, 3 vol. in-16 (Vie de Beethoven, 1 vol.; Vie de Michel-Ange, 1 vol.; Vie de Tolstoï, 1 vol).--FONTEMOING, Histoire de l’Opéra en Europe avant Lully et Scarlatti, 1 vol. in-8º, (épuisé).--ALCAN: Haendel, 1 vol. in-8º.--PLON: Michel-Ange, 1 vol. in-8º.--ÉDITIONS LUMIÈRE, à Anvers: Les Vaincus, 4 actes, 1 vol.--STOCK, Mahatma Gandhi, 1 vol.

Copyright 1924 by Dalamain, Boutelleau et Cie Paris

A la terre de gloire et de servitude, des Empires d’un jour et des pensées éternelles, Au peuple qui défie le Temps, A l’Inde ressuscitée.

Pour l’anniversaire de la condamnation de son Messie.

(18 mars 1922).

Au début de cette étude, j’adresse mes remerciements affectueux à ma fidèle collaboratrice, ma sœur, et à mon ami Kalidâs Nâg, dont le grand savoir et l’infatigable obligeance ont guidé mes pas dans la forêt de la pensée hindoue.

Je remercie égaiement l’éditeur S. Ganesan, de Madras, qui a mis à ma disposition une grande partie de ses publications.

Il est l’Un lumineux, le Créateur de Tout, le Mahâtmâ, Toujours dans le cœur des peuples établi, Révélé par le cœur], par l’intuition, par l’intelligence. Celui qui le connaît, il devient immortel.

Tagore, visitant en décembre 1922 l’Ashram (retraite favorite de Gandhi), cita ce beau verset, en l’appliquant à l’apôtre.

I

De tranquilles yeux sombres. Un petit homme débile, la face maigre, aux grandes oreilles écartées. Coiffé d’un bonnet blanc, vêtu d’étoffe blanche rude, les pieds nus. Il se nourrit de riz, de fruits, il ne boit que de l’eau, il couche sur le plancher, il dort peu, il travaille sans cesse. Son corps ne semble pas compter. Rien ne frappe en lui, d’abord, qu’_une expression de grande patience et de grand amour_. Pearson, qui le voit en 1913, au Sud-Afrique, pense à François d’Assise. Il est simple comme un enfant[2], doux et poli même avec ses adversaires[3], d’une sincérité immaculée[4]. Il se juge avec modestie, scrupuleux au point de paraître hésiter et de dire: «Je me suis trompé»; ne cache jamais ses erreurs, ne fait jamais de compromis, n’a aucune diplomatie, fuit l’effet oratoire, ou mieux n’y pense pas[5]; répugne aux manifestations populaires que sa personne déchaîne, et où sa chétive stature risquerait, certains jours, d’être écrasée, sans son ami Maulana Shaukat Ali, qui lui fait un rempart de son corps athlétique; _littéralement malade de la multitude qui l’adore_[6]; au fond, ayant la méfiance du nombre et l’aversion de la Mobocracy, de la populace lâchée; il ne se sent à l’aise que dans la minorité, et heureux que dans la solitude, écoutant la still small voice (la petite voix silencieuse), qui commande[7]...

[2] C.-F. Andrews, qui ajoute: «Il rit comme un enfant, et il adore les enfants».

[3] «Peu d’hommes peuvent résister au charme de sa personnalité. Ses plus violents adversaires sont rendus courtois par sa belle courtoisie».

(Joseph J. DOKE).

[4] «Tout écart de la vérité, même en passant, lui est intolérable».

(C.-F. ANDREWS).

[5] «Il n’est pas un orateur passionné; sa manière est calme et lente; il s’adresse surtout à l’intelligence. Mais sa tranquillité place les sujets sous le jour le plus limpide. Ses inflexions de voix sont peu variées, mais d’une sincérité intense. Jamais il n’agite les bras, il remue rarement un doigt en parlant. Sa parole lumineuse, qui s’exprime par sentences nerveuses, emporte la conviction. Il ne lâche aucun point, avant d’être sûr qu’il est bien compris».

(Joseph J. DOKE).

[6] Young India, 2 mars 1922. (Les dates citées au bas des pages de cette Étude se réfèrent aux articles de Gandhi publiés dans le vol. Young India).

[7] Ibid.

Voici l’homme qui a soulevé trois cent millions d’hommes, ébranlé le British Empire, et inauguré dans la politique humaine le plus puissant mouvement depuis près de deux mille ans.

De son vrai nom, Mohandas Karamchand Gandhi. Il est né dans un petit État semi-indépendant, au nord-ouest de l’Inde, à Porbandar, la ville blanche, sur la mer d’Oman, le 2 octobre 1869. Race ardente, remuante, hier encore agitée par les guerres civiles. Race pratique, ayant le sens des affaires, et rayonnant pour son commerce d’Aden à Zanzibar. Son grand-père et son père furent tous deux premiers-ministres, tous deux disgraciés pour leur indépendance, forcés de fuir, et leur vie menacée. Il sortait d’un milieu riche, intelligent, cultivé, mais non de la caste supérieure. Ses parents appartenaient à l’école Jaïn de l’Hindouisme, dont un des grands principes est l’_Ahimsâ_[8], qu’il devait victorieusement affirmer dans le monde.

[8] A: privatif, Himsâ, faire du mal. Non-injure à toute vie. Non-violence. Un des plus anciens principes de la religion hindoue, particulièrement affirmé par Mahâvira, fondateur du Jaïnisme, par Buddha, ainsi que par les champions du culte de Vishnu, qui eut beaucoup d’influence sur Gandhi.

Pour les Jaïnistes, l’amour plus que l’intelligence est la voie qui mène à Dieu. Le père du Mahâtmâ n’attachait aucun prix à l’argent, et en laissa peu aux siens, ayant presque tout dépensé en charités. La mère, sévèrement religieuse, était une Sainte Elisabeth hindoue, jeûnant, faisant l’aumône et veillant les malades. On lisait régulièrement le Râmâyana, dans la famille. Sa première éducation fut confiée à un Brahmane, qui lui faisait répéter les textes de Vishnu[9]. Mais plus tard, il s’est plaint de n’avoir jamais été grand clerc en sanscrit: une de ses rancunes contre l’éducation anglaise, qui lui fit perdre les trésors de sa langue. Il est cependant très instruit des Écritures hindoues; mais il ne lit les Vedas et les Upanishads que dans des traductions[10].

[9] Il étudia jusqu’à sept ans à l’école élémentaire de Porbandar, puis à l’école publique de Rajkot; après dix ans, à la High School de Katyavar, enfin à dix-sept ans à l’Université d’Ahmedabad.

[10] Il a raconté son enfance, dans un discours familier, à la Conférence des classes intouchables (parias), le 13 avril 1921.

Il passa par une grave crise religieuse, tandis qu’il était encore à l’école. Par révolte contre l’hindouisme idolâtre et dégénéré, il fut--il crut être--pendant quelque temps un athée. Avec des camarades, il alla, dans son impiété, jusqu’à manger de la viande en cachette (le plus affreux des sacrilèges, pour un Hindou!) Il en faillit mourir d’horreur et de dégoût[11].

[11] Plus tard, il fit part de ses transes à Joseph J. Doke. Il en perdit le sommeil; il se croyait un meurtrier.

Marié encore enfant[12], il alla, à dix-neuf ans, compléter ses études en Angleterre, à l’Université de Londres et à l’École de Droit. Sa mère ne consentit à le laisser partir qu’après lui avoir fait prendre les trois vœux Jaïns qui obligent à l’abstention du vin, de la viande et des relations sexuelles.

[12] Fiancé à huit ans, marié à douze ans. Par la suite, il combattit les mariages d’enfants, où il voit une cause de ruine pour la race. Cependant, il ajoute qu’exceptionnellement une telle union pour la vie, commencée avant que le caractère soit formé, peut produire entre les époux une merveilleuse unité d’âme. Son propre mariage en a été un exemple admirable. Mme Gandhi a partagé toutes les épreuves de son mari, avec une fidélité et un courage qui ne se sont jamais démentis.

Il arriva à Londres, en septembre 1888. Après les premiers mois d’incertitude et de déceptions--il avait gaspillé naïvement beaucoup de temps et d’argent, pour devenir, dit-il, un gentleman anglais,--il s’astreignit à une vie stricte et à un travail sévère. Des amis lui firent connaître la Bible; mais l’heure n’était pas encore venue pour lui de la comprendre. Il fut lassé par les premiers livres, et n’alla pas plus loin que l’Exode. Au contraire, ce fut à Londres qu’il découvrit la beauté de la Bhagavad Gîtâ. Il en fut enivré. Elle était la lumière dont avait besoin le petit Indien exilé. Elle lui rendit la foi. Il reconnut que «pour lui, le salut était possible seulement par la religion hindoue[13]».

[13] Discours du 13 avril 1921.

Il retourna aux Indes, en 1891. Triste retour. Sa mère venait de mourir, et on lui avait caché la nouvelle. Il devint avocat à la Haute-Cour de Bombay. Quelques années plus tard, il devait renoncer à sa profession, qu’il jugea immorale. Même aux temps où il la remplit, il se réservait le droit d’abandonner une cause, quand l’injustice lui en apparaissait.

Déjà à cette époque, de grandes personnalités indiennes éveillaient en lui des pressentiments de sa mission future: «_le roi sans couronne_» de Bombay: le Parsi Dadabhai, et le professeur Gokhale, tous deux brûlant d’un religieux amour pour l’Inde: Gokhale, un des meilleurs hommes d’État de sa patrie, et des premiers à restaurer l’éducation indienne; Dadabhai, fondateur du nationalisme indien (au témoignage de Gandhi)[14]; tous deux aussi, maîtres de sagesse et de douceur. Ce fut Dadabhai qui, contrôlant l’ardeur juvénile de Gandhi, lui donna en 1892 sa première leçon pratique de Ahimsâ dans la vie publique: la passivité héroïque, s’il est possible de joindre ces deux mots, l’élan passionné de l’âme qui résiste au mal, non par le mal, mais par l’amour. Nous reviendrons sur cette parole magique, sublime message que l’Inde adresse au monde.

[14] Ces Précurseurs, dont la hardiesse politique a été bien dépassée, ont souffert de l’ingratitude et de l’oubli des générations nouvelles. Mais Gandhi leur est resté fidèle, particulièrement à Gokhale, avec qui il était lié par une pieuse affection. A diverses reprises, il impose son nom et celui de Dadabhai à la vénération de la Jeune Inde. (Voir Hind Swarâj, la Lettre aux Parsis du 23 mars 1921, et la Profession de foi du 13 juillet 1921).

C’est en 1893 que commence l’action indienne de Gandhi. Elle se divise en deux périodes. De 1893 à 1914, elle a pour champ l’Afrique du Sud. Depuis 1914, elle s’exerce sur l’Inde.

Que cette action de vingt ans au Sud-Afrique n’ait pas eu plus de retentissement en Europe, est une preuve de l’incroyable étroitesse d’horizon de nos hommes politiques, de nos historiens, de nos penseurs et de nos hommes de foi: car c’est une épopée de l’âme, sans égale en notre temps, non seulement par la puissance et la constance du sacrifice, mais par sa victoire finale.

En 1890-91 se trouvaient installés dans l’Afrique du Sud, principalement au Natal, 150.000 Indiens. L’afflux de ce peuple étranger provoqua dans la population blanche une xénophobie, que le gouvernement se chargea d’interpréter par des mesures d’ostracisme. Il voulut interdire l’immigration des Asiatiques, et forcer à partir ceux qui étaient établis dans le pays. Des persécutions systématiques leur rendirent la vie intolérable: taxes accablantes, humiliantes obligations de police, outrages publics, et bientôt lynchages, pillages et destructions, sous l’égide de la civilisation blanche.

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