
Public-domain ebook
Le Feu sous la Cendre
by Henri Ardel
French425 downloads on Project GutenbergDownload EPUB
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #67273.

Public-domain ebook
by Henri Ardel
French425 downloads on Project GutenbergDownload EPUB
Public-domain ebook sourced from Project Gutenberg #67273.
The opening · free to read
--Hors de Paris, toutes les résidences se valent pour moi!... Mais cela me fera du bien, évidemment, d’être un peu au vert!
--Mon pauvre papa!... Vous avez la villégiature résignée!... Je vous en supplie, dès que la Bretagne vous deviendra trop à charge, abandonnez-moi, sans scrupule. Je resterai facilement ici avec mes poussins. Il faudra bien qu’un jour ou l’autre, je m’habitue à ne compter que sur moi-même...
--Le plus tard possible, ma chérie, dit M. Dabrovine, avec une douceur dans sa voix un peu brève.
Et son regard se posa, plein d’une compassion tendre, sur cette femme si jeune--elle avait à peine vingt-quatre ans--que la guerre avait faite veuve, près de dix-neuf mois plus tôt.
D’un geste d’affection, Mireille effleura la main de son père, de ses doigts minces, que, seul, l’anneau de mariage enserrait, avec la grosse perle des fiançailles.
--Je sais que vous me gâtez toujours... autant que lorsque j’étais enfant. Mère, êtes-vous bien installée?... Votre chambre vous plaît-elle?
--Oui... elle est assez grande... Elle donne sur la place où est l’église. Je vois des arbres... des passants... C’est très gentil...
--Tant mieux, maman, si vous êtes satisfaite!
Mireille, connaissant les goûts mondains de sa mère, son besoin de société, ses habitudes d’élégance et de confort, s’était effrayée de la voir résolue à venir aussi passer le mois d’août sur la tranquille plage bretonne où elle-même cherchait l’apaisante solitude.
Elle avait tenté de l’en dissuader. Mais Mᵐᵉ Dabrovine avait été, de vieille date, habituée, par un mari très épris et fier de sa beauté, à faire toujours ce qu’elle avait décidé; et il était dans ses vues actuelles de ne pas laisser sans elle Mireille et ses deux petits: Jean, un garçonnet de six ans bientôt, et le bébé, Françoise, dite France, née pendant la guerre, après la mort du père.
Aussi, elle était venue à Carantec, sans écouter aucune objection; quitte à en repartir et à en faire repartir les siens, si l’ennui l’y prenait.
C’est pourquoi Mireille eût bien préféré aller seule à la mer. Mais c’était là chose impossible à laisser même soupçonner; et elle avait, délicatement, tu son désir. D’ailleurs, par nature, elle se livrait peu; et son malheur avait encore avivé ce besoin inné de silence sur elle-même. Elle redoutait si fort les consolations banales, les vaines lamentations, les sympathies où il entrait beaucoup de curiosité! En silence, elle prétendait souffrir.
Toute à sa favorable impression d’arrivée, Mᵐᵉ Dabrovine poursuivait, son regard expérimenté enveloppant les hôtes de la vaste salle:
--La société de l’hôtel paraît très bien composée... J’ai remarqué plusieurs femmes vraiment chic... En somme, si ton frère a enfin son congé de convalescence, il me semble que dans ce joli trou, notre mois de mer pourra s’écouler agréablement, avec les relations que nous y avons... Ton père y a rencontré, tantôt, un de ses collègues du Conseil d’État, un homme charmant, le baron de Survières...
--J’en suis contente pour lui! Vous n’avez pas de lettre de Bernard, aujourd’hui, maman?
--Non, rien... Mais dans son mot d’hier, il disait que sa sortie de l’hôpital était imminente, sa blessure, prétend-il, étant bien cicatrisée.
--Mais il doit «prétendre» justement, remarqua M. Dabrovine, puisque, par bonheur! l’éclat d’obus ne l’a atteint que d’une façon légère.
--C’est pourquoi j’en suis arrivée à bénir la blessure qui a sorti, un moment, mon cher grand de la fournaise et va me procurer sa présence durant quelques semaines! s’exclama Mᵐᵉ Dabrovine, avec tant de conviction que son mari se mit à rire.
--Ah! Gabrielle, que vous avez donc peu l’âme romaine!
--Vous pouvez dire que je ne l’ai pas du tout... Ces tueries me font horreur!... Autant que les belles phrases sur la gloire de ceux qui pérorent bien à l’abri du danger!... Je ne songe qu’à la paix... Peu m’importe en quelles conditions... Si elle dépendait de moi...
--Chut!... chut! intervint M. Dabrovine avec une indulgence ironique un peu.
Il était habitué à ces sorties; mais il ne les supportait que dans le huis clos; et, pour détourner le cours périlleux de la conversation, il dit à Mireille qui, distraitement, entendait les diatribes de sa mère:
--Nous ne parlons que de nous... Mais toi, ma chérie, es-tu contente de ton gîte?
--Oh! oui. De ma chambre, j’ai une admirable vue de pleine mer... Celle-là même que je souhaitais tant retrouver...
Elle ne poursuivit pas et ses dents nacrées mordirent les lèvres, coupables d’avoir laissé échapper l’inutile confidence, que ne relevèrent ni son père ni sa mère, craignant d’effleurer sa blessure.
En effet, deux ans plus tôt, pendant une permission de son mari, alors au Dépôt, en Bretagne, elle était arrivée à Carantec au hasard d’une excursion sur la côte bretonne; et elle en avait gardé un si lumineux souvenir qu’après son malheur, longtemps, il lui avait semblé que jamais plus elle n’y pourrait revenir seule...
Et cependant, voici que cet été, volontairement, elle s’y retrouvait; amenée par le mystérieux besoin, ardent comme une soif, d’y revivre ce passé, que l’impitoyable fuite des jours refoulait déjà, si loin derrière elle...
Donc, sous l’égide de ses parents, elle était arrivée le matin même à Carantec; et toute la journée s’était passée en installation. Elle n’était pas logée dans l’hôtel, car elle avait voulu plus de tranquillité pour ses petits et plus de liberté pour elle-même; mais dans une grande villa, dressée au milieu d’un jardin un peu fruste, d’où la vue enveloppait un immense horizon de mer et de rochers fauves.
Elle avait hâte de se retrouver chez elle; et cependant, sans en témoigner rien, elle attendait, le dîner fini, que M. Dabrovine eût achevé de prendre son café. Mais son regard tomba sur Jean qui commençait à s’agiter sur sa chaise; et alors, elle dit, se tournant vers sa mère:
--Maman, je vous demande la permission de vous quitter; il faut que je conduise coucher ce jeune personnage!
--Certes oui, chérie... Va vite... Tu viendras ensuite nous retrouver...
--Pas ce soir. Je me reposerai aussi de notre nuit de voyage. Bonsoir, mère.
Elle se levait, et ses lèvres se posèrent sur le front sans ride de Mᵐᵉ Dabrovine.
Vers elle, les regards glissèrent, où luisait une curiosité sympathique et admirative. Partout, Mireille Noris éveillait cette même impression; et constamment, elle était qualifiée de «créature délicieuse». «Une Tanagra!» disaient les connaisseurs; et, en effet, l’harmonieuse finesse du visage et de la silhouette rappelait le type grec de certaines femmes d’Arles,--dont sa famille maternelle était originaire,--Arles, jadis colonie phocéenne.
Elle était svelte, pas très grande, avec de souples cheveux noirs, moirés de larges ondes; la peau d’une pâleur chaude que heurtaient le rouge éclatant--sans artifice--des lèvres, la ligne sombre des cils.
La main du petit garçon dans la sienne, elle traversa la salle où le reflet du couchant rosait la blancheur des nappes.
Indifférent, son regard effleurait les visages étrangers qui se levaient vers elle, touchante dans sa robe de deuil dont les doigts de Jean intimidé serraient les plis...
Elle sortit de l’hôtel et se trouva sur la place où se dressait l’église. Seuls, à cette heure de dîner général, dans les hôtels et les villas, y passaient des promeneurs attardés, ou les fervents du coucher de soleil qui se hâtaient pour aller contempler, sur la plage et sur la falaise, la féerie du ciel en flammes, derrière les clochers aigus de Roscoff, et le Creitzker de Saint-Pol de Léon.
Jean bondit de plaisir en se trouvant dehors; et, avide de mouvement, il lâcha la main de sa mère et se mit à courir devant elle, comme un chevreau qui s’échappe. La brise les enveloppait d’une senteur saline. A pleines lèvres, Mireille l’aspira; et son être jeune tressaillit d’une sorte d’allégresse.
Vraiment, pour quelques minutes, elle oubliait la misère de sa vie dévastée, désormais sans avenir; elle ne sentait plus le regret douloureux, pareil à un cilice, qui enserrait son cœur; le regret des joies finies, de la chère présence à jamais perdue...
The book keeps going
Reading is free forever. Sign up and watch scenes appear while you read.



Scenes Storieta drew for other classics.
New illustrated classics
Once or twice a month: the latest books to get full character casts, scene art, and free comic editions. No account needed.