Storieta
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About this book

Ce recueil se présente comme une anthologie d’anecdotes et de bons mots tirés de conversations et de lettres de figures illustres de la Renaissance italienne. L’auteur, Lodovico Domenichi, ouvre son ouvrage par une méditation sur la nature humaine, la nécessité du repos et le rôle des plaisanteries comme remède aux fatigues de la vie publique. Il justifie alors son choix de compiler « Facecies et motz subtilz » en s’appuyant sur l’exemple de savants tels que Scipion, Lélius, Socrate ou Saint Augustin, qui, lorsqu’ils se retirent des affaires de la République, se livrent à la lecture de petites œuvres spirituelles. Le texte se poursuit avec une série de dialogues savoureux, où se mêlent références à la cour de Médicis, à des ambassadeurs siennois et à des personnages mythiques, le tout ponctué d’échanges en français et en italien, témoignant de la richesse culturelle du recueil.

Le ton oscille entre la gravité philosophique et la légèreté satirique, typique du style humaniste du XVIᵉ siècle. La langue, riche en archaïsmes et en constructions syntaxiques complexes, reflète une époque où la rhétorique était un art de conversation. Les lecteurs qui apprécient les jeux de mots, les portraits de courtisans et les réflexions sur la morale et le divertissement trouveront du plaisir à parcourir ces pages, tout comme les amateurs d’histoire intellectuelle de la Renaissance et de dialogues polyglottes.

Characters in this book

  • ScipionRoman general in 16th‑century garb, dignified beard, laurel wreath, marble bust background
  • SocrateClassical philosopher depicted in Renaissance attire, bald head, flowing robes, thoughtful expression
  • Saint AugustinHoly bishop in ornate 16th‑century habit, mitre, holding a book, serene visage

The opening · free to read

Par le Roy, M. Ian Nicot, maistre des requestes de l'hostel, present.

Epistre.

A Tresmagnifique et noble seigneur, Sebastien Cruz.

Loys Dominique.

Nul est entre nous qui doute, la nature humaine auoir esté tellement creée de Dieu tresbon et tresgrand, qu'elle ne puisse (aueq vn si debile corps subiet à diuerses infirmitez et passions) souffrir les continuelles fatigues. Et tout ainsi que dieu par vne supreme prudence, ordonna dés le commencement du monde (aueq vne certaine douce harmonie) que ores resplendist le Iour serain, commode aux trauaux, par lesquelz s'acquierent les nourrissemens de la vie: ores suruient la nuit obscure, aymant le repos, et reparant les forces perdues, semblablement aussi au cueur des hommes, lors que le perseuerant estude, leur apporte melancholie, on void l'heure qu'il est opprimé de la machine et pesant faiz de diuers pensemens, et l'heure qu'il est plein d'allegresse, et toutellement deliure de trauail: pourautant qu'en nous sont, par vn certain moyen plantez, la tristesse et douleur, comme aussi la liesse & contentement, mais c'est aueq vne douce temperance et egal contrepois des choses. Il est donques besoin, que la pensée humaine, aucunefois se procure, quelque peu de recreation aggreable, pour ne succomber souz les continuelz desplaisirs, ou bien pour ne mourir entre les perseuerantes fatigues. Attendu mesmement que, selon les prophetes l'esprit triste deseiche les os. Et celuy qui ne prend repos, ne pourra longuement durer. A ces causes se trouue par escrit, que les plus sages pour se recreer, en quelque sorte, et pour n'anichiler la vertu, souuentefois ont discontinué les affaires de la Republique, se retirans en lieux delectables & de repos. Lon lit de Scipion, et Lelius, que quand ilz se trouuoyent lassez des manimens publiques, s'occupoyent à recueillir des coquilles, et des petites pierres sus le sablon du riuage de la mer. Et Sceuola pour se recreer iouoyt quelquefois à la paume: Socrates aussi, homme tresgraue, mettant vne canne entre ses iambes, simuloit de piquer vaillamment vn cheual entre les petis enfans. Saint Augustin consoloit son amy Licencius, luy persuadant de se retirer en l'habitation des Muses. Or en suiuant les mieux renommez, pour me deliurer en partie de mes plus molestes pensemens, ces Iours fascheux, à l'occasion du temps d'esté (durant lequel assez proufité, et apprend, qui se conserue en sa santé) ie me suis addonné à lire vn petit liure de Facecies, et motz exquis, extraitz de plusieurs tresnobles et excellens espritz: lequel ie recouuray de tresciuil & gentil mon honnoré amy M. Ian Massuoli de strata, autrement nommé l'Estradin, habitant de Florence. A la courtesie et diligence duquel sont grandement attenuz les hommes doctes et vertueux. Pourautant que durant le temps de toute sa vie, en allant par diuers païs, n'ha iamais espargné, ny sa poine, ny sa course, pour reassembler de toutes les parties du monde, les plus antiques, et plus exquis liures qu'il ha peu trouuer, en langue Tuscane: de sorte que faisant harnois de telz bons liures seulement, en ha congregé plus ensemble, que non seulement dans Florence, ains aussi, en toute l'Italie ne s'en pourroit trouuer si grand nombre. De ces tresors, se monstre tant liberal et amiable dispensateur, que sans attendre aucune priere, souuentefois ha preuenu le desir des hommes curieux. Apres donques que i'ay receu ledit liure de ses mains, et que i'en ay retiré le plaisir que ie desirois le plus, i'en ay bien voulu faire part à vostre Seigneurie, à celle fin que se trouuant quelquefois deliure de ces solicitudes (que ie say estre de plus grande importance, que ces soulacieux propos, et Ioyeuses fables) puissiez recouurer quelque plaisir delectable. Et ne vueille s'esmerueiller icelle vostre Seigneurie, si I'ay prins hardiesse de ce faire. Car ayant ces iours passez (par le moyen de mon trescher et honnoré amy M. Marco Anthonio Passero de Naples) prins amitié et demeurance domestique, aueq mon tresnoble seigneur Messire Leonard vostre frere, et sachant que comme vous estes coniointz de sanguinité, ainsi l'estes vous par charité et bon amour, pour reconnoistre en partie la debonaireté d'iceluy vostre trescordial frere: et pour ne mesconnoistre la beniuolence, qu'il me porte, i'ay voulu enuoyer à vostre Seigneurie, ces parolles recreatiues, lesquelles neantmoins me semblent estre vn petit don, et peu de cas: mais c'est pour faire quelque moyen de tesmoignage, de l'affection que ie porte à l'un et à l'autre, qui est la cause pourquoy i'y ay adiousté plusieurs autres plaisanteries, en partie par moy recueillies de diuers autheurs, partie entendues d'aucuns mes amis. Et par ainsi i'espere par vn mesme don conseruer l'amitié du seigneur Leonard, et aussi acquerir la vostre: estant certain que la rare concorde regnant en voz espritz et pensemens, (tout ainsi qu'aux ieunes enfans de Leda) egalement estime son propre, ce qu'est en la puissance d'autruy, Au moyen de quoy telle est vostre bonté, que ie me pourray vanter d'auoir esté agreable à tous deux, faisant vn petit seruice à l'vn de vous. Et à vostre Seigneurie ie baise la main aueq honneur et reuerence.

Facecies, et motz subtilz, d'aucuns excellens espritz et tresnobles Seigneurs: En Francois et Italien.

Laurens de Medicis fut requis de fauoriser en l'election des seigneurs, Ie ne say quel citadin, aucunement suspect à l'estat, pourautant qu'il estoit homme à qui plaisoit le suc de la vigne: et disant celuy qui luy parloit, Tu luy feras faire, aueq vn verre de vin, tout ce qu'il te plairra, respondit Laurens, Et si vn autre luy en donnoit vn flascon, ou me trouuerois ie?

Lorenzo di Medici fu richiesto di fauorire nella electione di signori non so chi alquanto sospecto allo stato, perche era huomo a cui piaceua il succo della vitte, e dicendo gli chi gliene parlaua, Tu gli farai fare ciò che tu vorrai con vn bicchiere di vino: Rispose, che se vn altro gliene desse vn fiasco, doue mi trouerai io?

Cosme de Medicis Pere et gouuerneur du païs de Florence, grand pere d'iceluy Laurens, requis de l'arceuesque Antonin, de luy donner faueur, quant à vne prohibition qu'il vouloit faire, pour empescher les prestres de iouër aux cartes, ny aux dez, respondit, commencez à faire quelque peu par vous, premier que les meschans dez soyent iettez.

Cosmo di Medici padre de la patria Fiorentina, auo di predetto Lorenzo, richiesto de l'Arciuescouo Antonio de gli far fauore, circa vna prohibitione che voleua fare, che i preti non giocassero a li carte ni dati, gli disse, Cominciate a fare vn poco prima da voi, che si mettano cattiui dati.

Laurens filz de Pierre qui fut filz d'iceluy Cosme, deuisant entre plusieurs prestres dont l'vn dit, que les hommes ne peuuent se deffendre d'eux, dit Il, ne s'en faut point esmerueiller: pource que les prestres qui ont les accoustremens longs, ont plustost baillé vn coup de pied, que les autres ayent veu remuer la iambe.

Lorenzo di Pietro di Cosmo predetto ragionando in vna compagnia di preti, e dicendo l'vn, che l'huomo, non si potea guardare di loro, disse, non esser marauiglia: perche hauendo essi i panni luonghi, hauean datto prima il calcio, che altri vegga loro muouere la gamba.

Braccio Martelli voulant donner à connoistre que René de Passi estoit paureux et de petit courage, pourautant qu'il n'auoit voulu iouster à vnes ioustes lors ordonnées, dit, que la cause pourquoy il absentoit, estoit qu'il auoit peur dans son armet.

Braccio Martelli volendo mostrare che Rinato de Pazzi era pauroso, non hauendo egli voluto giostrare ad vna giostra ordinata, disse, che lo faceua per che egli haueua paura nell'elmo suo.

Puccio d'Antoine Pucci confortant vn ie ne say quel citadin pour accepter l'office de Gonfalonier de la iustice, en temps d'importance et respondant Iceluy, qu'il ne se connoissoit assez sauant pour exercer tel office, luy demanda, s'il luy suffisoit point estre autant sauant comme Cosme. Il me souffiroit (dit il) de la moitié, pour bien y satisfaire. Or ie t'enseigneray dit Puccio, à estre plus sage que luy. N'as tu point d'entendement, de toy mesmes? Ouy dit il, i'en pense auoir quelque peu. Apres, dit Puccio, fay donques ce que Cosme te dira, & par ce moyen tu auras en cest endroit tout son sens et tout le tien. Parquoy tu en auras plus que luy.

Puccio di Antonio Pucci, confortando non so che cittadino ad accettare l'vfficio del Gonfaloniere di Iustitia in tempo importante, e rispondendo egli, che non gli pareua esser tanto sauio quanto a quello vfficio s'aspectaua, gli domandò se gli bastaua esser sauio come Cosmo. E dicendo gli che se fusse la metà sauio, che egli crederebbe assai bene sodisfare. Oh io t'insegnero, disse Puccio, ad esser piu fauio di lui. Non hai tu punto senno da te? E dicendo che pur credeua hauere ne qualche poco, subiunce Puccio, fa dunche cio che Cosmo ti dice, e harai a questo modo tutto il suo, e cossi ad essere piu sauio che Cosmo.

Matthieu Franco, estant à voir vne dispute qui se faisoit à Pise, laquelle auoit esté desia poursuiuie iusques à la nuit, & assez tard, dit aux disputans, qu'ilz feroyent bien de la laisser, pource qu'en ne voyant point de lumiere, leur argument se pourroit verser dehors, ou à tout le moins qu'ilz se tinssent assis, de crainte que leurs argumens ne tombassent au bas par le fondement de leurs chausses.

Matteo Franco stando a vedere a Pisa vna disputa, laqualle era già condutta a tardi, disse, che farebbeno bene a lasciar la stare, che non si vedendo lume, l'argumento si verserebbe fuori: e che al meno sedessero accio che l'argumenti sen'andesseron giù per le calze.

Laurens de Medicis susnommé, estant à Florence. Bernard Benuolenti, Ambassadeur Senois, en le rancontrant vn certain iour par son chemin, luy print le bras & luy tasta le poulx, luy demandant comme il se trouuoit, touchant sa disposition. Lors Laurens escoust le bras, & l'empoigna par le poulx, en luy disant, C'est à moy de sauoir comment vous portez. Car ie suis des Medecins, et vous estes des malades.

Lorenzo de Medici predetto, essendo in Firenze Bernardo Benuollenti, Ambasciadore Senese, il quale trouatolo per vn certo andamento, gli tocco il polso, domandando come si sentisse. Scosso il braccio Lorenzo, riprese il polso di detto Bernardo, dicendo, Questo tocca a me, che sono de Medici, e voi siete de gli Infermi.

Ambroise Pannochi deuisant aueq Laurens de Medicis du gouuernement des Sienois, dit, ie croy qu'ilz sont saintes gens, en qu'ilz viuent de miracles.

Ambrosio Pannochi, ragionando con Lorenzo di Medici del gouerno de Senesi, gli disse, io credo che sono tutti santi, e che viuono de miracoli.

Vn Paisan des montaignes auoit vn iour disne aueq Laurens et en sa table: despuis reuenu en sa maison, dit à sa femme. I'ay auiourd'huy plus fait, que iamais ne feit Iesus Christ. Et interrogué d'elle par quel moyen, luy respondit, Iamais Dieu ne mangea, aueq plus grand seigneur que soy, et i'ay auiourd'huy mange aueq le seigneur Laurens, qui est mile fois plus grand seigneur que moy.

Vn Contadino de gli Alpi haueua vn giorno magnato nella tauola di Lorenzo, e con esso lui: dapoi venuto in casa, disse à la donna sua. Vedi moglie, io ho hoggi fatto piu che mai non fece Christo, e domandatogli in qual modo, rispose: Mai Christo non ha magnato con piu gran Signor di se, e io ho magnato hoggi con il Signor Lorenzo, il quale è mileuolte piu gran signor di me.

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